MEMOIRES PRÉSENTÉS PAR DIVERS SAVANTS A L'ACADÉMIE DES SCIENCES DE L'INSTITUT NATIONAL DE FRANCE Ci o. îôU' D.tk' MEMOIRES PRESENTES PAR DIVERS SAVANTS A UACADÉMIE DES SCIENCES DE L'INSTITIJT NATIONAL DE FRANCE ET IMPRIMES PAR SON ORDRE SCIENCES MATHÉMATIQUES ET PHYSIQUES TOME ONZIÈME s.^ ^^'-,T;i^^-• La réponse à ces ques- tions est tout anatomique et physiologique. La présence de ces corps étrangers pourrait servir à soutenir l'opinion que certaines tortues d'eau (les Eniydes, par exemple) absorbent feau par l'anus , et que cette eau passe dans la vessie , qui poiurait être considérée comme un organe de respiration acces- soire, n'ayant pas entièrement perdu cette partie essentielle des fonctions de fallantoïde, ou de ce poumon -vessie du fœtus', dont elle est la suite permanente. On conqirendrait facilement comment ces courants d'eau , de l'ex- térieui- à l'intérieur, entraineraieut et introduiraient dans la vessie des fragments de coquilles, ou d'autres corps, qui s'y mêleraient aux concrétions calculeuses, et y deviendraient même leur noyau. Ces courants sont probablement plus actifs chez les Emydes, qui ont des vessies lombaires ou accessoires, indiquées par Perrault, figurées par Bojanus, sur lesquelles M. Lesueur a particulière- ment fixé l'attention de l'Académie, dans sa séance du 7 octobre ' Suivant les observations de Towson, confirmées par M. Dumérjl, les tortues J'eau douce absorbent et rejettent des courants d'eau par le vestibule gdailo-cxcrimentiticl. (Espélo\oijie générale, par MM. Dumcril et Bibron, t. I, p. lyS et 4i5.) DES REPTILES ET LEURS PRODUITS. 7 1 889 (voir les Comptes rendus, 1. IX, p. 4i 6 et suiv.), et que j'ai décrites en détail dans la nouvelle édition des Leçons d'anatomie comparée (t. VII, p. 698 et suiv.). Mais ces vessies manquent, ainsi que Ta remarqué M. Lesueur chez les Trionix , qui vivent cependant au fond des eaux douces. Pour concevoir le mécanisme de l'introduction de ces corps étrangers dans la vessie de ces anunaux, A faut donc étudier les rapports de l'orifice de ce réservoir de l'urine dans le cloaque, et l'organisation du vestibule génito-excrémentitiel. Dans l'exemplaire femelle dont j'ai extrait le petit calcul, ce vestibule est im boyau cylindrique, à parois musculeuses et élas- tiques, dont la structure mérite d'êlre décrite particulièrement. La muqueuse est marbrée d'im pigment noir dans toute la par- lie du cloaque qui renferme le clitoris, et un peu au delà. Plus en dehors, elle devient blancho. Cette membrane forme des plis longitudinaux nombreux, serrés les uns près des autres , plissés eux-mêmes en travers et en zig- zag, dont les angles saillants entrent dans les angles rentrants du pli voisin. Cette muqueuse est doublée par un tissu cellulo-élastique as- sez épais, dont l'organisation, observée au microscope à un gros- sissement de 260 diamètres, est très-remarquable. Il se compose de filets très-flexueux, très-contournés, qui ne se divisent pas en rameaux, qui se réuniraient pour former une sorte de réseau, comme les filets des tissus élastiques ordinaires, mais qui forment comme mi feutre, soit entre eux, soit avec les filets beaucoup plus fins du tissu cellidaire. Cette organisation du tissu élastique, poiu" le dire en passant, est très-différente de celle que j'ai découverte dans la poche sous- mandibulaire du pélican. Ici ce tissu se compose de cordons prin- cipaux dirigés dans le'même sens, desquels se détachent des filets plus petits, qui se réunissent aux filets des cordons principaux les plus rapprochés. Ce dernier type, très -analogue à ceux que M. Mandl a fait 8 SUR LES ORGANES GÉNITO-URINAIRES connaître dans son Anatomie microscopique , en est cependant une modification ', qui aurait pu servir à compléter cet exposé des tissus élastiques que la science a mentionnés. La longueur de ce boyau est encore de o", i lo, quoiqu'il soit tronqué du côté de l'anus. Les orifices des oviductes se voient de chaque côté, un peu plus en arrière que celui du rectum. Ils sont bordés par un prolongement de la muqueuse et de la cellulo-vasculaire qui la double, lequel prolongement est singu- lièrement plissé autour de chaque orifice, afin de le préserver de l'entrée des substances excrémentitielles qui passent par le cloaque. L'orifice du rectum est aussi bordé d'un prolongement de la muqueuse et de la celluleuse, formant dans le cloaque une sailhe circulaire, plissée en manchette. Cette disposition doit empêcher de même le reflux des ma- tières fécales du cloaque dans le rectum. Rien de semblable n'existe autour de l'orifice du col de la vessie, qui est percé au-dessous de celui du rectum; mais, un peu plus en avant, cet orifice donne immédiatement dans un sillon qui se prolonge sm- toute félenduc de la face dorsale ou supérieure du chtoris, dont la longueur excède o™,o6o. Il y est divisé en deux par une cannelure médiane, et chacun de ces sil- lons latéraux finit par se bifurquer à la surface du gland, cl ils continuent leurs branches dans deux appendices du gland. Cette disposition de l'issue de la vessie dans le cloaque fait comprendre que des débris de coquilles qui arriveraient dans le vestibule génito-excrémenliliel par le rectum, avec les excréments, ou qui y pénétreraient du dehors avec feau, que Ton suppose pouvoir être pompée par ce vestibule, pourraient, dans des cas rares, être refoulés dans la vessie par les contractions des parois de ce vestibule. L'absorption de feau extérieure par le cloaque est admise par ' Pfemifere série, ii° livraison. DES REPTILES ET LEURS PRODUITS. 9 plusieurs naturalistes , d'après une expérience de Thomson , qui a vu uneEmyde, qu'il avait placée dans une eau colorée, rendre de cette eau, par l'anus, en quantité notable, et d'après les ob- servateurs, qui ont vu les torlues d'eau rejeter ce liquide par l'anus. M. Duméril compare ce flux et reflux de l'eau dans le cloaque de certaines tortues à ce (|ui a lieu chez les larves de libellules ', pour la respiration, dont les premiers organes sont dans le rectum de ces Insectes. Les Holothuries présentent un mécanisme analogue, également pour la respiration. Il serait donc possible que les corps étrangers que nous avons signalés dans ces calculs eussent pénétré dans le cloaque et de là dans la vessie lu-inaire, avec l'eau du dehors. On pourrait aussi supposer qu'ils ont été déposés avec les fèces alimentaires dans le vestibule génito-excrémentitiel et refoulés dans la vessie. Dans cette première partie de mes fragJiients, je n'ai été, pour ainsi dire, que simple historien. C'est à M. Lesueur qu'est due la découverte des calculs lu-inaires des Trionix, el à M. Lassaiene leur analyse chimique, dont je viens de faire connaître les résul- tats; mais cette connaissance se lie naturellement à ce que je vais dire sur les lu-olithes des Reptiles. DEUXIÈME FRAGMENT. SUR L'EXISTENCE DES UROLITHES FOSSILES ET SUR L'UTILITÉ QUE LA SCIENCE DES FOSSILES ORGANIQUES POURRA TIRER DE LEUR DISTINCTION D'AVEC LES COPROLITHES, POUR LA DETERMINATION DES RESTES FOSSILES DE SAURIENS ET D'OPHIDIENS. Je ne veux pas parler, dans ce second fragment, des consé- quences qu'il est possible de tirer des faits énoncés dans le pre- mier, c'est-à-dire de Yexistence possible des pierres vésicales fos- ' Erpétologie générale , par MM. Duméril et BibroD, t. 1, p. 4 13. 11. 10 SLU LES ORGANES GÉNITO-URIN AIRES siles des Cliéloniens, et du moyen qu'où aurait de les reconnaître, malgré rabseuce de l'acide urique; moyen fourni par l'analyse de M. Lassaignc, celui de Ictat neutre du pliosphale de chaux qu'ils renferment, et qui diffère en cela de celui des os. Mais je me propose de démontrer l'existence des fèces urinaires de certains Reptiles parmi les restes fossiles, et que ces fèces ont été conlondues mal à propos avec les fèces alimentaires, qui sont, à la vérité, beaucoup plus nombreuses. L'urine des Sauriens et des Ophidiens est une pâte ductile, bien dillérente de ce liquide limpide, très-peu coloré, qui constitue l'urine des Chélouiens et des Batraciens anoures. Cette pâte se durcit promptement à l'air, et prend la consistance de la craie. Celte singulière urine devrait prodmre souvent des pierres vésicales chez ceux des reptiles sauriens qui ont une vessie, ou des concrétions obstruant les uretères chez les Ophidiens pro- prement dits, qui sont tous privés du réservoir de furine. Cepen- dant, il n'en est rien; jusqu'à présent, on n'a pas découvert, que je sache, de concrétions urinaires chez ces animaux. Mais l'étude de la forme et de la consistance que prend cette pâte ductile en sortant du cloaque, et la possibihté de la conser- vation de ces fèces urinaires parmi les restes fossiles, tout aussi bien que les fèces alimentaires, m'a paru devoir attirer l'attention des géologues. M. Dufrénoy, dans le rapport qu'il a lu à l'Académie le 29 mai i8d3, sur deux mémoires de géologie de M. le docteur Robert, s'exprime ainsi : « La présence de ces corps singuliers (les coprolithes) parmi les fossiles est une des découvertes les plus remarquables de M. Buckland. -. Le but de cette note est de faire comprendre que, si les con- séquences géologiques qu'on a tirées de cette découverte, relati- vement aux terrains de sédiment, semblent incontestables; il était nécessaire de la compléter sous le rapport zoologique, afin d'arriver à une connaissance plus précise des animaux auxquels DES REPTILES ET LEURS PRODUITS 1] ces fèces ont appartenu , et qu'il fallait, pour cela, cjue i'anatomic et la physiologie vinssent au secours de la géologie. Dès le mois de décembre )83/i et le mois de janvier i835, j'ai fait deux communications à la société d'histoire naturelle de Strasbourg, dans Icsfjuolles j'ai manifesté l'opinion que, selon toute apparence, on avait confondu avec les coproLithes ou les fèces alimentaires, des urolithes ou des fèces urinaires, et que la manière dont on avait expliqué la forme spirée de quelques-uns des premiers, et les conséquences qu'on en avait tirées pour dé- terminer la forme de l'intestin des animaux qui les avaient ren- dus, no me paraissaient pas rigoureusement déduites, sous le double rapport analoniique et physiologique. Voici comment je suis parvenu à cette manière de voir sur l'existence des urolithes, qui n'était alors pour moi qu'une simple présomption, et qui est devenue une certitude depuis la décou- verte de M. Robert et le rapport de M. Dufrénoy, dans lequel l'honorable rapporteur annonce l'existence d'une quantité no- table d'acide urique dans ces prétendus coprolithes. En décembre i834, j'avais, depuis cinq mois, un caméléon dont j'observais avec soin les allures. Il vivait perché sur un petit myrte planté dans un pot de terre que j'avais la facilité de placer dans les parties de mon cabinet les plus convenables pour mes observations. Je remarquai enti'ajirtres qu'il rendait les fèces alimentaires sous une forine cylindrique, de consistance variée, suivant la na- ture de ses aliments, dont elles renfermaient ordinairement quel- ques débris reconnaissables : c'étaient des pattes, des fragments d'ailes ou d'autres parties dures et cornées des insectes qui étaient devenus sa proie. J'aperçus encore, outre ces fèces, des excréments d'un blanc jaunâtre, contournés en spirale comme une coquille de petit buccin, ayant la consistance de la craie, que je ne tardai pas à reconnaître pour l'urine de cet animal, qu'il rendait séparément de ses fèces alimentaires. 12 SUR LES ORGANES GÉNITO-URINAIRES La comparaison que j'eus l'occasion de faire de ces concrétions, avec celles qui se vendent chez les droguistes sous le nom d'ex- crémenls de boa, et qui sont presque entièrement composées d"a- cide urique, me confirma dans cette opinion. Enfin, l'analyse que M. Persoz , professeur à la faculté des sciences de Strasbourg et mon collègue à cette époque, voulut bien faire, à ma demande, de ces excréments blancs du camé- léon, me fixa définitivement dans ma première détermination. Il les trouva composés d'une très-gi-ande proportion dacide uri- que, avec une faible quantité de pbosphate et de carbonate de chaux. Je compris en même temps la cause de la forme contournée en spirale que prend cet excrément à l'instant même de son ex- pulsion. Il n'était plus possible , au moins dans cette circonstance, d'en attribuer la cause à l'existence d'une valvule spirale de l'intestin. L'anus extérieur, chez ce caméléon, ou l'orifice commun des excréments et des produits de la génération, est une fente trans- versale, comme chez tous les autres Sauriens proprements dits et chez les Ophidiens, tandis que chez les Crocodiliens cette fente est lon SUR LES ORGANES GÉMTO-URIN AIRES complètement formés dans leurs capsules génératrices, prend une couleur blanc de lait; tandis que celle où ces capsules ne renfer- ment encore que des granules et des gouttes d'huile est gris de perle ; elle a ses vaisseaux sanguins très-injectés. Cette partie n'est donc pas une glande particidière, comme' l'avait cru du Fay. Elle devient semblable aux autres par suite de son développement, et renferme, à son tour, des spermato- zoïdes, contrairement à l'opinion des physiologistes qui avaient pensé qu'elle n'en renfermait jamais. 9° J'ai découvert l'existence d'un épididyme considérable chez les Tritons à crête, alpestre et ponctué, et dans la Salamandre noire et la commune, et j'ai reconnu et aécrit les canaux sémi- nifères qui s'y rendent , sa structure vasculaire et sa terminaison dans le canal déférent. .Ce sont autant de faits nouveaux pour l'anatomie comparée. Ce corps intermédiaire entre les testicules et le défèrent, paraît donc exister chez toutes les espèces de Tritons et de Salamandres ; mais il devient surtout bien évident à l'époque du rut : du moins, est-il constant qu'il est plus développé à cette époque. On peut en conclure que la glande spermagène est aussi com- pliquée chez ces amphibies que dans les animaux supérieurs; seu- lement la partie de la glande chargée de la sécrétion se compose de capsules au lieu de canaux. 1 0° La découverte que j'ai faite d'un amas de spermatozoïdes dans la vessie urinaire de deux tritons à crête, à l'époque du rut, qui y paraissaient en dépôt comme dans leur réservoir naturel , et conservaient dans l'un de ces animaux, que j'avais eu vivant, toute l'activité de leurs mouvements; constate de nouveau l'in- nocuité de l'urine pour ces machines animées, et montre à la fois les rapports plus ou moins intimes qui existent entre les organes génitaux et les organes urinaires. DES REPTILES ET LEURS PRODUITS. 37 DEUXIÈME PARTIE. DU VESTIBULE GENITO - EXCRÉMENTITIEL DES VERTÉBRÉS EN GENERAL; DES CARACTÈRES QUI LE DISTINGUENT CHEZ LES MÂLES ET CHEZ. LES FEMELLES DES SALAMANDRES ET DES TRITONS, ET PLUS PARTICULIÈREMENT DES GLANDES ACCESSOIRES DE LA GÉNÉRATION QUI LUI SONT ANNEXÉES. S l. DD VESTIBULE GÉNITO-EXCRÉME.MITIEL EN GENEK.1L. Lorsque ia fécondation s'effectue avant la ponte, ie vestibule génito-excrénientiliel des femelles reçoit en premier lieu la li- queur fécondante du mâle pour la trausnietlre aux ovides. H donne ensuite issue aux produits de la génération. Chez les mâles , c'est par l'intermédiaire du vestibule génito- excrémentitiel que la semence pénètre dans celui de la femelle; il recèle leur verge quand ils en sont pourvus. Des glandes, plus ou moins considérables, y versent, dans quelques cas rares, une humeur abondante, qui s'y mélange à la semence. Les fèces urinaires et alimentaires ne font cjue le traverser et n'y séjournent pas; il n'en est donc pas le réservoir. Aussi, est-ce très-mal à propos qu'il a été désigné sous le nom de cloaque , ainsi que l'a très-bien fait observer, dès 1828, M. Geoffroy Saint- Hilaire, dans sa Philosophie anatomique'. Selon nous, il appartient plus particulièrement à l'appareil générateur, par plusieurs cai'actères sexuels de son organisation. Cette proposition deviendra surtout évidente, par ce que nous allons dire des différences qu'il présente chez les mâles et chez les femelles des Salamandres et des Tritons. Ce vestibule y fait une saillie ovale ou spliérique, immédiate- ment en arrière du bassin, sous l'origine de la queue. Sa cavité débouche au dehors par une fente médiane longitudinale, bor- dée de deux lèvres rentrantes, colorées comme la peau, lisses ou hérissées de tubercules ou de papilles , siège probable d'une ' Page 3j3. 38 SUR LES ORGANES GÉNITO-URINAIRES grande sensibilité. Ses parois intérieures sont tapissées par une muqueuse très-déliée, et parcourues en tous sens par de nom- breuses ramifications vasculaires qui sont fortement injectées à l'époque du rut et les colorent en rouge. Cette congestion sanguine doit contribuer à en augmenter à Ja fois les sécrétions et la sensibilité. Elle montre, à notre avis, avec d'autres caractères qui vont être indiqués, que ce prétendu cloaque a des fonctions plus nobles à remplir; c'est un organe de copulation pour les deux<«exes ; c'est une vulve pour les mâles comme pour les femelles, analogue à celle des femelles de Mam- mifères. Ces analogies, cpii nous ont frappé dans fhistoire géné- rale des organes de la génération, que nous avons rédigée pour le huitième volume des Leçons d'anatomie comparée, nous ont déterminé à désigner la vulve des Mammifères, le cloaque des Oiseaux, celui des Reptiles, des Amphibies et des Poissons, quand il existe, par la dénomination commune, plus exacte, de vesti- bule génito-excrémentitiel , indiquant à la fois les rapports orga- niques et fonctionnels de cette partie, chez tous les animaux ver- tébrés. Qu'il me soit permis de rappeler, à ce sujet, que dans mon Mémoire sur fhymen , lu à la classe des sciences mathématiques et physiques de l'Institut, le 3 thermidor an xni ( en août 1 8o5), et inséré parmi ceux des savants étrangers , on trouve déterminées pour la première fois, d'une manière précise, les limites de ce vestibule et celles du vagin, dans la classe des Mammifères; limites qui avaient été confondues par les anatomistes, entre autres par Daubenton. Je montre, dans cet ancien travail, cpie la membrane de fhymen chez un certain nombre de Mammifères, comme chez la femme, sépare le vestibule du conduit génital, et que la pré- sence de cette membrane n'est pas un caractère exclusif de l'espèce humaine, comme l'avaient cru Linné et Haller. J'ajoute qu'elle est remplacée , chez le plus grand nombre de Mammifères , par un an- neau resserré qui indique tout aussi bien la séparation de ces deux parties. DES REPTILES ET LEURS PRODUITS. 39 C'est cette juste détermination qui m'a conduit à celle des rap- ports que je viens d'indiquer dans tous les animaux vertébrés. Ces ressemblances dans le plan d'organisation des animaux d'un même type, qui paraissent tout à coup comme des traits de lumière , comme des révélations de la science, à celui qui la cultive avec ardeur et persévérance , appartiennent aux notions les plus élevées de cette science, à cette partie pbilosophiquc qui s'efforce de soulever le voile qui couvre les mystères de la créa- tion, et semble mettre en rapport notre faible intelligence avec l'Intelligence Suprême. Ces réflexions montreront, du moins, que les sujets en appa- rence les plus infimes dans l'histoire de l'organisation peuvent être singulièrement élevés par l'esprit synthétique qui les ob- serve et qui lixe ses méditations sur leurs rapports. Le vestibule génito-excrémentitiel, très-simple chez les femelles des Salamandres et des Tritons, se complique chez les mâles des deux genres d'un appareil glanduleux très-remarquable, et de plus, chez ceux des Tritons seulement, d'une verge fort singu- lière. Nous le décrirons d'abord dans son état de simplicité, puis avec ses complications successives. S 2. VESTIBULE GÉNITO-EXOKÉMENTITIEL CHEZ LES FEMELLES DES SALAMANDRES ET DES TRITONS. Nous l'avons étudié dans la Salamandre couunune et dans la Salamandre noire, dans les Tritons à crête, alpestre et ponctué. Il forme dans ces cinq espèces une saillie ovale sous l'origine de la queue. La peau qui le revêt est absolument lisse chez les Salaman- dres. Elle est hérissée de papilles chez les femelles des Tritons. Nous les avons vues recouvertes après la mort, chez la femelle du Triton à crête , d'une mucosité plastique , épaisse , blanche et transparente, qui avait transsudé de toute la surface de ces pa- pilles et de leurs intervalles, et formait même une fausse meni- 40 SUR LES ORGANES GÉNITO-URINAIRES brane. Ces papilles, plus saillantes encore chez le Triton alpestre que chez le Triton à créle, y forment plusieurs ovales concentri- ques, au milieu desquels se voit la fente de ce vestibule. Le mâle du Triton ponctué n'en a pas. La couleur de ce vestibule est jaune orange chez la femelle du triton à cicte, et se continue avec la bande jaune du tranchant de la queue. Elle est noire en très-grande partie chez le mâle. Son volume est toujours plus petit chez les femelles; chez le Triton alpestre, il n'a que le tiers de la lar- geur du vestibule du mâle, et sa forme est ovale; tandis que chez le mâle il est sphéricpie. Il en est de même chez le Triton à crête. Ln dedans des lèvres extérieures, qui sont colorées et ren- trantes, on peut distinguer, chez la Salamandre commune, des lèvres intérieures formant une sorte de bourrelet ou d'ourlet un peu plissé, et décoloré comparativement à la lèvre intérieure. Les femelles de Tritons ne m'ont pas montré ce bourrelet plissé ou cette lèvre interne. Entre la peau et la muqueuse qui tapisse les parois intérieures de ce vestibule, on ne trouve cpie du tissu cellulaire, et tout au plus un coussinet de graisse très-remarquable dans la Salamandre commune, et qui remplace, pour la Ogure et la position, le lobe inférieur de la prostate vestibulaire que nous décrirons chez les mâles'. L'intérieur de ce vestibule est lisse et sans papilles, sans appareil glanduleux distinct. On y remarque, chez les Salamandres, quelques plis disposés en éventail, qui semblent un rudiment de l'appareil glanduleux lamellaire des mâles. Les oviductes s'ouvrent chez le Triton à crête , très-rapprochés fun de l'autre, à la paroi supérieure du cloaque, au milieu d'un pli circulaire, qui semble la continuation de chaque oviducte. Le rectum s'y termine plutôt à la même paroi. Les orifices des uretères sont plus en dehors, et celui de la vessie urinaire en bas. Les muscles qui entourent cette cavité sont en même temps ' On ne peut s'empêcher de trouver quelque analogie entre ce coussinet et celui du mont Je Vénus dans Tespi^ce humaine. DES REPTILES ET LEURS PRODUITS. kl des muscles de la queue , qui entraîne dans ses mouvements le vestibule , qui est comme suspendu sous sa base. Un seul de ces muscles me paraît être à la fois un fléchisseur de la queue et un constricteur du cloaque : c'est un pubio-coccigien qui s'at- tache au pubis et à l'apophyse épineuse inférieure de la qua- trième vertèbre caudale. Ce muscle est renforcé par un autre , qui se réunit à lui en arrière , mais dont l'attache fixe en avant est à l'articulation sacro-iliaque. S 3. DO VESTIBULE GÉNITO-EXCRÉMENTITIEI, CHEZ LES MÂLES DES SALAMANDRES. La saillie qu'il fait sous la queue est sensiblement plus pro- noncée que chez les femelles. La peau qui le recouvre est de même lisse et sans papilles. Lorsqu'on écarte les deux lèvres extérieures qui bordent son f)uverture, on aperçoit d'abord comme deux lèvres intérieures, ou deux nymphes. Si l'on ouvre le vestibule de manière à voir ses parois intérieures dans toute leur profondeur, on les trouve garnies, de chaque côté, dans leur partie moyenne et inférieure, d'une série d'environ douze à quatorze lames, qui remontent presque verticalement de la lèvre intérieure jusque dans un sil- lon bordé d'une valvule; celle-ci est la limite entre la chambre supérieure du vestibule et sa chambre inférieure et. moyenne, occupée par cet appareil, dont nous montrerons bientôt la struc- ture glanduleuse et ses connexions avec les prostates. Qu'il nous suffise de dire ici, que ces lames sont attachées aux parois du vestibule par leur bord externe, et libres par leurs deux faces et par leur bord interne, qui n'est pas uni, mais comme frangé. On trouve le même appareil dans le vestibule des mâles de la Salamandre noire; mais ces lames sont ici plus nombreu.ses (il y en a seize) et moins saillantes. Elles tiennent entre elles par de courts replis transverses qui partagent leurs intervalles en petites cellules, excepté dans leur partie supérieure et interne. ' 1 • 6 42 SUR LES ORGANES GÉMTO-URINAIRES où elles sont détachées les unes des autres, plus saillantes et frangées dans leur bord libre ; tandis qu'il est tout uni dans le reste Je leur étendue. Ces lames sont évidemment tubuleuses. On aperçoit le canal (le ces tubes injecté jusqu'à l'extrémité des franges de leur paroi supérieiu-e. C'est surtout dans les cinq premières lames que cette paroi supérieure libre et à bord frangé, est plus prononcée. La paroi de la chambre supérieure du vestibule est lisse et forme un angle rentrant qui se continue, depuis l'orifice du rec- tum et celui de la vessie urinaire et des uretères, jusqu'à la commissure postérieure. Cette disposition semble devoir servir à la direction des fèces, et la valvule qui borde cette partie lisse et la sépai'e de l'appareil lamellaire doit préserver cet appareil de leiu- contact, au moment de leur expulsion. , En arrière, la partie lisse des parois du vestibule s'élargit beaucoup au delà des lames, et montre des séries régulières de ti-ès-petites papilles. En avant, le pli valvulaire se prolonge jus- qu'à la partie la plus avancée du cloaque; il sépare l'orifice du rectum, qui se voit en dedans et en avant, de l'orifice du déférent, qui est en dehors de ce même pli , et plus en arrière, dans une fossette couverte d'une papille. Par cette disposition , la semence se trouve immédiatement en communication avec l'humeur de la prostate. L'orifice du tronc unique des uretères d'un même côté est un peu plus en avant et en dedans, et plus rapproché de celui de la vessie urinaire, avec lequel il communique par une petite rainure. S k. DU VESTIBULE GÉNITO-EXCRÉMENTITIEL CHEZ LES MÂLES DES TRITONS. Le cloaque des Tritons est, non- seulement l'aJjoutissant des produits de la génération et des organes préparateurs de la se- mence, des fèces alimentaires et des fèces urinaires, comme celui des Salamandres; mais il recèle encore, chez les mâles, une verge considérable. DES REPTILES ET LEURS PRODUITS. 43 Chez le Triton à crête, ce vestibule a sa cavité divisée en deux chambres, l'une inférieure et antérieure, qui renferme la verge, et l'autre supérieure, qui s'étend en arrière jusqu'à la commissure postérieure. L'orifice inférieur du vestibule est une fente longitudinale bordée d'une double lè\Te de chaque côté. La lèvre extérieure, plus mince, s'étend d'une commissure à fautre. L'intérieure appar- tient à la chambre inférieure; elle est épaisse, semi-circulaire, moins étendue en arrière que la lèvre extérieure , et garnie d'un appareil glanduleux, très-développé à l'époque du rut. Cet appareil se compose d'une série d'environ douze lames qui se recouvrent comme des tuiles et garnissent, comme une couronne, tout le pourtour extérieur de chaque lèvre intérieure. Ces lames sont en foi'me de palme ou de palette, étroites par leur pédicule adhérent, élargies par l'autre extrémité qui est dentelée à son pourtour. Elles sont libres dans presque toute leur éten- due, et couvertes par une peau noirâtre. Vues au microscope, elles paraissent composées de tubes qui se prolongent dans les dentelures de leur bord et les constituent. Ces tubes, ou petits cœcums, ont leur cavité admiiablement divisée en cellules poly- gonales. C'est dans la chambre supérieure du vestibule que se termine le rectum, et que viennent aboutir les canaux déférents, les uretères et la vessie urinaire. On y voit encore, mais très en arrière et très-près de la commissure postérieure, un groupe de longues papilles, en dedans duquel sont les séries d'orifices des canaux excréteurs des prostates. Les canaux déférents s'ouvrent chacun dans une papille de la paroi supérieure du cloaque. Les deux papilles sont très-rap- prochées dans une fossette où se terminent encore les orifices des tubes courts qui réimissent les uretères. C'est précisément à l'en- droit où les plis longitudinaux du rectum finissent, et où com- mence une première division du vestibule génito-excrémentitiel, ou le cloaque supérieur, que se voient ces deux papilles. Elles sem- blent chacune avoir pour prépuce la terminaison d'un de ces plis. 6' tiU SUR LES ORGANES GÉNITO-URINAIRES Immédiatement au-dessous se voit l'orifice de la vessie uri- naire, qui aboutit aussi dans cette première partie du vestibule genito-excrémentitiel, ainsi que nous l'avons déjà dit en commen- çant cette description. Le vestibule, cliez le mâle du Triton alpestre, forme à l'époque du rut, sous l'origine de la queue, une saillie sphérique très- considérable. La peau en est papilleuse, mais ces papilles sont moins sail- lantes que cbez la femelle, excepté celles qui garnissent le bord des deux lèvres. Un peu en dedans de la commissure postérieure , se voit un groupe de longues papilles grêles, qui sont implantées dans une rainure de cette partie, comme chez le Triton à crête. Le vestibule du Triton alpestre se divise en deux chambres, l'une antérieure et inférieure, qui renferme la verge, et l'autre supérieure, dans laquelle aboutissent ou se terminent le rectum, la vessie, les uretères et les canaux déférents. Le bord de la chambre inférieure est garni en dedans, comme dans le Triton à crête, de lames membraneuses à bord frangé; ces lames se com- posent de même de tubes soudés entre eux , et les franges sont la terminaison libre de ces tubes. Cet appareil est un appendice de la glande prostate vestibu- laire, qui constitue la plus grande partie des parois du vestibule. Le vestibule du Triton ponctué se distingue par l'absence de papilles à sa surface. Il renferme une verge considérable qui est blanche avec une tache noire au milieu de son chaperon. S 5. DE LA VERGE DES TRITONS. Nous avons constaté dans les cinq espèces de Tritons dont nous venons de décrire le vestibule, que la chambre inférieure ren- ferme une verge considézable. C'est une sorte de champignon ou de clou rivé, composé d'un pédicule cylindrique et d'une tête élargie et débordant la tige par toute sa circonférence, qui est DES REPTILES ET LEURS PRODUITS. 45 arrondie en avant et un peu anguleuse en arrière. La peau du vestibule qui la recouvre est noire dans le Triton à crête ; elle n a qu'une tache de cette couleur dans le Triton alpestre et dans le Triton ponctué ; le reste est blanc. Cette verge est attachée aux pubis, comme les corps caverneux des Mammifères, par deux ligaments ; elle ne semble composée que de la substance fibreuse qui enveloppe les corps caverneux des verges érectiles. Des sections de ce corps faites dans tous les sens ne nous ont fait voir qu'un tissu homogène très-serré, dans lequel on dis- tingue à peine des mailles ou des cellules. Vers le bas d'une sec- tion transversale perpendiculaire à l'axe de ce corps, nous avons observé des tubes semblables à ceux des prostates, dont la par- tie terminée en cul-de-sac était dirigée vers la circonférence. En comprimant ce corps sur le vivant, on le fait saillir un peu entre les lèvres du vestibule. De sorte que nous ne doutons pas qu'il ne serve à une espèce de copulation, quoique ne contenant aucun tissu érectile. Du Fay, qui l'avait bien reconnu, l'a décrit comme étant carti- lagineux et en forme de mitre. S 6. APPAREIL GLANDULEUX DU VESTIBULE GÉNITO-EXCRÉHENTITIEL CHEZ LES MALES DES SALAMANDRES. Les parois de ce vestibule sont entourées de deux glandes con- sidérables, une de chaque côté, qui forment en très-grande partie la saillie extérieure de ces parois, et que la peau recouvre im- médiatement. Chacune de ces glandes est repliée sur elle-même, et divisée ainsi en deux lobes, l'un supérieur et l'autre inférieur. Elle touche, par la convexité de sa partie moyenne, ainsi pliée, à la paroi extérieure du vestibule et se continue avec cette paroi Le lobe inférieur forme avec son symétrique un cœur dont la pointe est en arrière, et au centre se voit la fente du vestibule. H est disposé horizontalement. 46 SUR LES ORGANES GÉNITO-URINAIRES Le lobe supérieur est ovale et s'élève obliquement de dedans en dehors vers la face dorsale, où les deux lobes sont séparés par les reins. En arrière, au contraire, les lobes supérieur et infé- rieur de chaque côté se rencontrent et se soudent au-dessus de la fente du vestibule. Le muscle pubio-coccigien, le seul qui agisse directement sur le cloaque , passe entre ces deux lobes et doit les comprimer dans son action. Ces masses glanduleuses, très-considérables à l'époque du ruf, se composent de tubes sinueux, très-replics sur eux-mêmes, sur- tout vers la circonférence de la glande, où Ton aperçoit leurs ter- n)inaisons en cœcums. Quelques-uns m'ont paru se ramifier en 'leux et même en trois autres tubes, avant de se terminer en culs- de-sacs. Ils sont de couleur opaque et comme laiteuse, dans la partie de la glande, qu'on pourrait appeler de sécrétion. A mesure qu'ils s'approchent du vestibule, on les voit se redrosser, devenir pa- rallèles, et ceux des deux lobes se rencontrer et se croiser, pour s'enfoncer contre les parois du vestibule. Ils m'ont paru se continuer en partie dans l'appareil lamelleux et frangé, que j'ai décrit avec les parois intérieures de cette ca- vité, et pour l'autre partie, dans la fosse semi-lunaire, dans la- quelle les lamelles tubuleuses aboutissent librement. C'est du moins à cet endroit que j'ai vu se produire le plus d'humeur prostatique par la compression de la glande. Chez la Salamandre noire, ces gkndes sont aussi étendues à proportion; elles ont de même deux lobes chacune, dont finfé- rieur seul me paraît avoir été décrit et figuré. Il se compose de tubes droits pour la plupart, du moins ceux de la face supérieure, plus souvent sinueux à la face inférieure, qui se déploient comme des rayons, depuis les parois du cloaque vers l'intérieur, sans s'anastomoser entre eux, ainsi que l'a reconnu M. J. MùUer '. Le lobe supérieur est séparé de l'inférieur, comme dans la Sa- ' De ylandularum secrementium , etc., p. 45, C pi. H. fig. 16. DES REPTILES ET LEURS PRODUITS. 47 lamandre commune, par le muscle pubio-coccigien, (jui le cache lorsqu'on dissèque l'animal couché sur le dos. C'est sans doute ce qui l'a fait méconnaître. Il est cependant très-considérable, .s'avance sur les côtés du bassin jusqu'à l'articulation de la cuisse. 11 se compose de tubes plus sinueux et conséquemment plus longs. S 7 APPAHEII. GLANDULEUX DU VESTIBULE GÉNITO-EXCRÉMENTITIEL CHEZ LES MALES DES TRITONS. 11 est encore plus compliqué et plus considérable que chez le.' Salamandres. La prostate, qui répond au lobe inférieur de celle des Salamandres, compose essentiellement la paroi en forme de calotte du vestibide, dont la concavité est ici plus grande pour renfermer la verge. Il y a ensuite deux prostates pelviennes qui répondent au lobe supérieur de la prostate vestibulaire des Salamandres. Elles occu- pent la face supérieure du vestibule et du bassin , et se divisent toutes deux, ou l'une d'elles seulement, en deux lobes allonj;és et en navette. Elles aboutissent dans la ligne médiane de la partie la plus reculée du vestibule , où l'on voit la série des orifices de leurs canaux excréteurs '. Outre ces deux prostates vestibulaire et pelvienne, il y en a une troisième de chaque côté que j'appelle abdominale. Elles s'avancent le long des parois musculaires de l'abdomen , jusqu'au delà des reins, se rapprochent et se soudent dans leur partie abdominale, qui est la plus considérable, et que le péritoine re- couvre. Leur extrême bord est échancré à l'endroit de leur union et décèle leur séparation. Composées dans cette partie de canaux blancs, extrêmement sinueux , il n'y en a plus que quelques-uns qui sont droits et parallèles dans la partie qui pénètre dans le bassin , qui forme comme un pédicide étroit, s'insinuant entre la glande pelvienne ' PI. I,fig. n,or. 48 SUR LES ORGANES GÉNITO-L'RLNAIRES et la paroi glanduleuse du vestibule Jusqu'à l'extrémité posté- rieure de celui-ci , où ces tubes se terminent ', précisément plus en dedans que les papilles qui existent près de ia commissure postérieure du vestibule, et nullement à l'extrémité de ces pa- pilles^. Les prostates abdominales sont encore plus étendues chez le Triton alpestre; elles se soudent dans la ligne médiane et forment lonimo un épais et large coussin, ajouté aux parois abdominales, entre les muscles et le péritoine, arrondi en avant et nullement échancré. Ces glandes contournent de même en arrière par leur pédicule, composé du faisceau de leurs canaux excréteurs, l'un et l'autre côté de la prostate vestibulaire, et se terminent dans la partie postérieure du vestibule. Dans le Triton ponctué, les prostates abdominales ont d'énormes proportions; leur bord antérieur atteint le niveau de l'extrémité des testicules du même côté. Elles tapissent toute la largeur des parois abdominales jusqu'au canal déférent. (PI. I, lig. i3.) Leur épaisseur est de près de d",oo2. Réunies, elles ont la forme d'un cœur, leur bord antérieiu et moyen étant rentrant. La prostrate vestibulaire externe est très-développoe dans son lobe inférieur, tandis que son lobe supérieur ou pelvien l'est très- peu ; au contraire, le pédicule de la prostate abdominale ou le faisceau de ses canaux excréteurs est très-épais. S 8. RÉSUMÉ DE CETTE SECONDE PARTIE DU TROISIÈME FRAGMENT. 1° Je traite, dans le premier paragraphe, du vestibule génito- excrémentitiel, en général, chez les animaux vertébrés. J'explique les rapports et les usages , et je montre que cette dénomination qui les exprime convient aussi bien à la vulve des mammifères, au cloaque de certains genres de la même classe , qu'à celui ' PI. 1, fig. 11, or. ' Ainsi que l'exprime M. Rathke, o. c, S lo DES REPTILES ET LEURS PRODUITS. 49 des oiseaux et des reptiles, et même des poissons qui en sont pourvus. Je rappelle, d'ailleurs, que si les usages du vestibule génitu- excrémcntitiel tiennent indirectement aux fonctions d'alimen- tation , ils sont bien plus intimement attacbés aux fonctions de la génération. J'exprime enfin que j'ai été conduit à cette nomenclature syn- thétique, dans l'bistoire générale que je viens de rédiger des organes de la génération pour' le huitième volume des Leçons d'anatomie comparée, par la découverte des limites précises qui séparent, chez les Mammifères, le vagin de la vulve. Cette dé- couverte était comprise dans celle de l'hymen, chez un certain nombre de Mammifères, qui a fait le sujet d'un mémoire que j'ai lu à la classe des sciences physiques et mathématiques de l'Ins- titut, au mois de juillet i8o5-, mémoire qui a eu les honneurs de l'insertion parmi ceux des Savants étrangers, t. 1, après un rapport favoraljle de M. Cuvier. 2" Je décris ensuite le vestibule génito-excrémentitiel dans son état de plus grande simplicité, tel qu'on le voit chez les femelles des Salamandres et des Tritons, S 2; puis dans les complications successives qu'il montre chez les mâles des unes, S 3, et des autres, § /(. Ces descriptions comprennent les détails principaux de sa structure, parmi lesquels j'insiste sur les rapports des embou- chures des uretères, de la vessie urinaire du rectum et des défé- rents chez les mâles, ou des oviductes chez les femelles. Ces rapports , y compris ceux des orifices nombreux des diverses prostates chez les mâles, donneront la clef des mélanges pos- .sibles entre les diverses humeurs qui sont versées dans ce ves- tibule. 3° Les mâles des Tritons, qui sont ovipares, ont une verge considérable, dont ceux des Salamandres, qui sont vivipares, sont privés, malgré ce qu'en dit Funcke. Ce corps se dé- velopperait beaucoup à l'époque du rut, suivant M. Rathke; 1 I. 50 SUR LES ORGANES GÉ.MTO-UUINAIRES du Fav, qui l'avait très-bien reconnu en 1729, le compare à une mitre, § 5. 4° Les S§ 6 et 7 traitent d'un appareil glanduleux extraordi- naire, annexé au vestibule génito-excrémentitiel cbez les mâles des Salamandres et des Tritons. Il se compose de plusieurs glandes symétriques qui font par- tie essentielle des parois du vestibule, ou qui s'en détachent plus ou moins, soit pour se développer au dehors de cette cavité dans le bassin , et même pour s'étendre le long des parois abdo- minales; soit pour former des appendices lamelleuses sur le bord lies lèvres internes du vestibule (dans les Tritons), ou dans l'in- térieur de cette cavité (chez les Salamandres), dans laquelle leurs canaux excréteurs aboutissent tous. 5° La structure de ces glandes se compose de tubes ou de canaux le plus souvent sinueux et longs, plus rarement droits et courts , ou en forme de petits cœcums. On distingue au microscope, à travers leurs parois, des cel- lules de différentes formes, qui divisent la cavité de ces tubes et paraissent le siège particulier de leur sécrétion. Chez quelques- uns nnême qui appartiennent aux lamelles en palmes de l'appareil intravestibulaire des Tritons, les divisions de ces cellules se mon- trent dans les franges tubuleuses des palmes et leur donnent la forme de gros intestin d'herbivore. 6° Il faut remonter des Salamandres jusqu'aux Mammifères pour trouver un appareil glanduleux analogue. Il est en effet com- parable aux prostates des Mammifères. Par sa structure et par son développement, il ressemblé même beaucoup aux prostates du hérisson. Cette ressemblance s'étend jusqu'aux produits de leur sé- crétion. Dans un Triton à crête, l'humeur prostatique, que j'ai exami- née à un grossissement de 260 diamètres, se compose de vési- cules ovales, pour la plupart; d'autres sont sphériques, oblongues; toutes sont assez grandes. DES REPTILES ET LELRS PRODUITS 51 J'ai comparé ces vésicules avec celles de l'humeur des pros- tates de ce Mammifère insectivore, observées déjà en 182^ par MM. Prévost et Dumas \ et j'ai constaté qu'il y avait une très- grande conformité entre elles. La désignation de prostate que je donne à tout cet appareil glanduleux est donc exacte, soit que l'on ait égard à sa structure intime et à la nature de l'humeur qu'il sécrète; .soit que l'on con- sidère ses rapports avec les autres organes de la génération. 7° Les prostates peuvent se distinguer chez les Salamandres en prostates vestibulaires externes, composées chacune de deu\ grands lobes, et en prostates vestibulaires internes, composées de la double série de lames tubuleuses, qui se voient de chaque côté dans l'intérieur du vestibule. 8° Chez les Tritons, qui ont une verge considérable, cette dou- ble série de lames est portée plus en dehors et est moins déve- loppée. . La portion de la prostate vestibulaire interne, qui répond au lobe horizontal de celle des Salamandres, fait plus particulière- ment partie des parois du vestibule des Tritons et prend avec ces parois la forme d'une calotte hémisphérique, tandis que l'autre portion, ou le lobe vertical, devient ici une prostate pelvienne Les Tritons ont de plus une prostate abdominale . dont l'éten- due extraordinaire démontre fimportance de cet appareil glan- duleux. Elle recouvre sous le péritoine, comme un épais bou- clier ou comme un coussin, la plus grande partie des parois mus- culeuses de l'abdomen. (PI. I, fig. i3.) 9° L'appareil glanduleux que je fais ainsi connaître en détail, comparativement chez les mâles des Salamandl-es et des Tritons, d'après deux espèces de Salamandres et trois espèces de Tritons (les cristatus, alpestris et punctatus), a été décrit, pour la pre- mière fois dès 1820, par M. Rathke- : notre prostate abdomi- ' Annales des sciences natureUes, t. 1, p. 171. ' Veber die EnUtehung und Entwickelung der Geschlechtstheile bet den Vrxideien , etc. , Dant- ùg, 1890. 52 SI R LES ORGANES GÉMTO-URINAIRES nale, sous le nom de glande pelvienne antérieure, et une partie de notre prostate veslibulaire interne, sous celui de glande pel- vienne postérieure. Dans la Salamandre commune et dans la noire, la glande anale de M. Rathke est le lobe inférieur de notre prostate vestibulaire interne. M. J. MùUer, qui l'a figurée d'après la Salamandre noire, ne me parait de même en avoir connu que le lobe horizontal, à en juger du moins par cette figure et par la courte description quil en donne'. Il observe avec raison (jue cette glande, n'existant que chez les màles, est plutôt une prostate ou une glande de Cowper qu'une glande anale. Mais déjà M. Rathke avait écrit que sa glande anale mêlait son humeur à celle des produits de la géné- ration, et il exprimait que c'était l'analogue de la prostate des Mammifères. Si l'on compare mes descriptions et mes déterminations avec la nature, on trouvera, j'espère, que ce sujet méritait d'être repris ( sur les mêmes espèces et sur plusieurs autres ) , avec les points de vue actuels de la science, la considération de la structure in- time de ces glandes et l'analyse microscopique de leur produit. D'ailleurs, les palmes frangées qui garnissent la lèvre interne du vestibule des Tritons, n'avaient pas encore été reconnues. Il était intéressant de montrer leur liaison avec les prostates qui distinguent si éminemment les mâles de ces Amphibies, et, selon toute apparence, les autres Urodèles de M. Duméril. Il l'était bien davantage encore de saisir les ressemblances sin- gulières dans leur développement extraordinaire, leur structure et leur produit, que montrent les prostates du hérisson avec celles des Salamandres et surtout avec celles des Tritons, les seuls des animaux vertébrés, hors de la classe des Mammifères, chez les- quels on ait découvert, jusqu'à présent, un semblable appareil glanduleux. ' Plaaclie II, figure i6 , de son important ouvrage sur la structure iutinie des glandes. DES REPTILES ET LEURS PRODUITS. 53 TROISIEME PARTIE. DU MODE DE FÉCONDATION DES SALAMANDRES ET DES TKITOINS. Les détails anatomiques dans lesquels je suis entré dans les deux parties précédentes de ce troisième fragment, et surtout dans la dernière, sur les organes d'accouplement de ces animaux, et ce que je vais dire de leur viviparité ou de leur oviparité, m'ont conduit à des notions entièrement différentes de celles adoptées généralement, d'après Spallanzani et M. Rusconi, sur leur mode de fécondation. Les naturalistes pensent, avec ces savants, que les œuls des Tritons sont fécondés par l'intermédiaire de l'eau, comme ceux des Poissons ovipares, au moment de la ponte ou après la ponte, et que ce véhicule spermatisé par le mâle, est absorbé sans rap- prochement intime des sexes, par l'orifice du vestibule de la fe- melle des Salamandres, qui sont vivipares, pour la fécondation intérieure des ovides. Cependant M^de Schreibers avait eu la rare occasion d'obser- ver un véritable accouplement, c'est-à-dire un rapprochement in- time des vestibules de deux individus de fun et de l'autre sexe, appartenant à la Salamandre noire. Cette observation positive détruit, à mon avis, toutes les obser- vations négatives concernant les deux espèces de Salamandres qui ont été le plus étudiées dans leurs mœurs, la commune et la noire. Elle fait comprendre f usage de ces prostates si développées, annexées au vestibule des mâles, et le véhicule abondant que la semence trouve dans leur produit, pour être versée immédiate- ment du vestibule du mâle dans celui de la femelle. Les poissons ovipares, dont le sperme est si copieux à l'époque du rut, et si remarquable par sa densité, n'ont jamais de pros- tates ; feau dans laquelle ils le répandent étant le liquide destiné à le délayer et à le porter sur les oeufs. 54 SUR LES ORGANES GÉMTO-L'RINAIRES Les Tritons, bien plus encore que les Salamandres , produisent une liqueur prostatique, en grande quantité, qui doit servir de même de véhicule à la semence du mâle, sans l'intermédiaire de l'eau. Us ont de plus une verge ou un organe d'accouplement très- prononcé, qui me persuade que cet accouplement a lieu réelle- ment pour une fécondation intérieure des ovules, comme chez les Salamandres. L'anatomie m'a donné ces convictions, malgré la grande au- torité de Spallanzani et celle de M. Rusconi. J'ajouterai encore aux considérations des organes d'accouple- ment des mâles chez les Tritons, celle de la composition des œufs complets arrivés dans la dernière partie de l'oviducte. Ils sont très-grands, ovales, et remplissent, l'un après l'autre, tout le ca- nal de l'oviducte. Leur coque est transparente et laisse voir un vitellus sphérique qui se meut librement dans la cavité de la coque, à travers un albumen moins dense. Les œufs pondus ne sont pas différents, ni pour le volume, ni pour la forme. Leur coque ne paraît donc pas propre à absorber l'eau spermatisée pour la fécondation, et à se remplir de celte es^i en se dilatant et en se séparant du vitellus, comme celle des poissons. L'albu- men liquide qu'elle renferme, déjà dans l'oviducte, le démontre. Je crois pouvoir conclure de ces diverses considérations : 1° Que la fécondation, chez ces animaux, a lieu avant la ponte dans l'ovaire ou dans le conmiencement de l'oviducte, avant que l'ovule soit entouré de son albumen et de sa coque; 2° Que les sexes se rapprochent pour cette fécondation , cl que la verge du mâle, chez les Tritons, s'introduit dans le vesti- bule génito-excrémentitiel de la femelle, et sert à un accouple- ^ment intime. Si cet accouplement n'a pu être observé par Spallanzani ni par M. Rusconi, c'est qu'il a lieu probablement pendant la nuit, ou qu'il dure peu d'instants, comme chez certains oiseaux. DES REPTILES ET LEURS PRODUITS. 55 QUATRIÈME FRAGMENT. DES BEINS ET DE LEUR STRUCTURE INTIME CHEZ LES SALAMANDHES ET LES TRITONS; DE LEURS CANAUX EXCRETEURS; DES RAPPORTS DE CES CANAUX , CHEZ LES M.\LES , AVEC LE CANAL EXCRETEUR DE LA GLANDE SPERMAGÈNE , ET DU MELANGE DE LEUR PRODUIT. $ 1. FORME DES REINS DANS L'ON ET L'AUTRE SEXE. Les reins des Salamandres et des Tritons diffèrent singulière- ment, pour la forme, d'un sexe à l'autre. Chez les mâles, ils ne font que toucher l'extrémité postérieure de l'épididyme et ne s'avancent pas au delà. Ils sont donc en ar- rière des glandes spermagènes; mais leur extrémité postérieure pénètre dans le bassin, entre les lobes supérieurs ou pelviens de la prostate vestibulaire externe, qu'ils écartent l'un de l'autre. Ils ont une forme un peu ovakire ou oblongue, plus large en arrière, quoique terminés en pointe obtuse de ce côté, et en pointe plus allongée en avant. Chez les femelles, cette forme est partout plus étroite et plus allongée ; les reins sont moins reculés en arrière et ne remplissent pas, comme chez les mâles, une partie de la cavité du bassin; ils auraient gêné, dans cette position, le passage des œufs ou des petits. Par compensation, ils se prolongent en avant, comme une bande étroite, de chaque côté de la colonne vertébrale, dans la place occupée par l'épididyme chez les mâles. Leur couleur est rouge, avec une teinte blanchâtre. Le rouge l'emporte sur le blanc jaunâtre, ou celui-ci sur le rouge, sui- vant que le système sanguin des reins est plus injecté de sang. ou que les canaux urinaires sont gorgés d'une urine plus ou moins épaisse, ce qui arrive à l'époque du rut chez les mâles. 56 SUR LES ORGANES GENITO-URINAIRES S 2. STBUCTCRE INTIME DES REINS. Cette dernière circonstance m'a fourni l'occasion rare et pré- cieuse de découvrir et de pouvoir démontrer la structure intime des reins. C'est dans un exemplaire mâle de Salamandre commune que j'ai été assez heureux de pouvoir observer cette organisation dans tous ses détails, et de constater qu'elle est aussi compliquée que chez les animaux supérieurs; que les reins de ces animaux, en un mot, se composent de deux substances, ou plutôt de deux ordres de canaux sécréteurs, comme ceux des Mammifères. Dans cet exemplaire, les canaux urinaires de toute gi-andeur, qui composent essentiellement, avec les vaisseaux sanguins el les lymphatiques, le tissu du rein, sont fortement injectés d'une urine épaisse ; de sorte que le rein , au lieu d'être rouge , par la proportion du sang qui pénétrerait ses nombreux vaisseaux, est blanc jaunâtre. Les canaux sécréteurs qui composent sa substance se dessinent à sa surface, et montrent leur arrangement avec une grande netteté. Vu par sa lace inférieure, le rein se divise en deux moitiés longitudinales assez bien séparées par une série de globules rouges à peu près spbériques. Je reviendrai sur la nature de ces globules, (jui sont les glan- dules de Malpighi. U } a, dans ces deux moitiés, quelque apparence de division en lobes plus sensibles dans la moitié interne. Celle-ci est d'un blanc assez pur, tandis que l'interne est jaunâtre. Chaque lobule, dans la première, est une espèce de rosace, composée de canaux très-fms, formant des replis sans sinuosités, ou des anses parallèles, autour d'im ou de plusieurs centres, ainsi qu'on les voit dans notre figure (pi. II, fig. i 7). Des vaisseaux san- guins très-fins se dessinent et se ramifient entre ces replis. L'autre moitié du rein se compose de canaux tout autrement disposés et d'un tout autre aspect. Ils ont généralement un dia- DES REPTILES ET LEURS PRODUITS.- 57 mètre sensiblement plus grand', des parois en apparence plu^ épaisses, ou qui contiennent une urine plus dense. Au lieu df former des anses parallèles, Us sont extrêmement ondulés, sinueux dans tous les sens, et rappellent dans leur disposition les circonvolutions cérébrales, quoique leurs sinuosités soient ù proportion plus courtes, plus nombreuses et plus irréguliére'-. On voit par-ci par-là, dans notre exemplaire, les ramilications des vaisseaux sanguins qui serpentent et se divisent dans leurs intervalles. Quelques-uns des plus superficiels de ces canaux se continuent de. la manière la plus évidente avec l'un ou fautre des canaux excréteurs de l'urine, ou de l'un des uretères, en se détachant du bord externe des reins. Cette continuité est pour moi incontestable; on la voit à la simple loupe. (jCS canaux sinueux qui composent la moitié externe du rein , du côté de la face inférieure, reçoivent f urine sécrétée par les plus petits canaux disposés en rosaces. Ils s'étendent sur presque toute la face supérieure du rein, el ils y sont enlacés de nombreuses et très-fines ramifications des vaisseaux sanguins. Nous les distinguerons par la dénomination de canaux modificateurs, et ceux repliés en anses parallèles, disposées en rosaces, sous celle de canaux sécréteurs de l'urine. I^es derniers répondent incontestablement aux canaux repliés et sinueux de la substance corticale des reins de mammifères, et la masse des canaux sinueux, à la substance dite médullaire de ces mêmes reins, ou, pour parler plus exactement, aux tubes droits de Bellini. Dans un rein de femelle de la même espèce, j'ai distingué ce^^ deux ordres de canaux urinaires par leur couleur, leur diamètre et leur arrangement^. ' Le diamètre moyen des canaux sécréteurs est de 0°*'",08 , et celui des canaux modifica- teurs de 0"",12. Les plus petits de ceux-ci paraissent n'avoir que 0"'",08 el les plus grands O'-.lô. ' Voir notre planche 2 , figure 22. I 1. 58 SUR LES ORGANES GENITO-URINAIRES S 3. GLANUULES DK MAI.P1GU1. La division que j'ai indi([uée entre ces deux ordres de canaux urinaires se montre a la face inférieure du rein , de chaque côté d'une série ou d'une ligne de glandules de Malpiglii qui parais- sent à cette surface. Je n'en compte que dix dans l'exemplaire de Salamandre commune, où la structure des reins s'est manifestée diine manière si distincte. Dans un autre exemplaire, j'en ai compté dix-neuf, également disposées dans une série à peu près médiane. J'ai pu en distinguer vingl-liuit dans une femelle dont le rein est plus étalé, plus allongé. Chez un mâle de Triton à crête, en plein rut, je lésai trouvées beaucoup plus nombreuses et disposées irrégulièrement dans toute rétendue de la surface inférieure durein. On n'en aperçoitaucune dans la face supérieure des reins de nos Salamandres, occupée uni- quement par les canaux urinaires modificateurs. Ces corps, d'après leurs usages, ne doivent en effet se trouver qu'avec les canaux sécréteurs, analogues à ceux qui composent la substance dite cor- ticale des reins de Mammifères. Partout où ils se montrent, on est certain de les voir entourés de ces canaux que j'appelle sécré- teurs; partout où ils manquent, il n'y a que mes canaux modifica- teurs. Leur diamètre moyen, dans la Salamandre commune, est d'un demi-millimètre'. Ces glandules sont d'un beau rouge dans M. Bownian les a trouvés d.iiis riiomnie de o""*,2/iJi Le lion de o ,3i8 Le cliat adullc de o ,127 lin jeune chat de o ,098 Le cheval de o ,3t>3 Le perroquet de o .009 • Une tortue de • • o ,176 Un boa de o .060 Une grenouille de o ,io3 Une anguille o ,ia3 Il résulte de celle lahle ijne les [>los grandes do ces gl.-)ndufcs sont colles des Salamandres. % DES KEPTlLE.s ET LEURS PRODUITS. 59 l'exemplaire que j'ai sous les yeux; elles se dessinent très-bien sur le fond blanc jaunâtre des canaux urinaires. Mais cette teinte n'est pas uniforme. La membrane propre du rein qui les re- couvre, comme une gaze blanche, donne une nuance rosée à la couleur du sang qui les pénètre. Ensuite il est évident qu'elles se composent d'une petite poche ou d'ime capsule qui se continue avec un canal sécréteur, qui paraît en être comme le pédicule. Nous avons vu, dans le rein d'une femelle de la même espèce, les ramuscuies d'une branche de la veine-porte rénale se bifur- quer en louchant à l'une de ces capsules, l'encadrer dans cette bifurcation, et il nous a semblé que l'un des deux petits ramus- cuies pénétrait dans cette poche et .s'y divisait. On distingue assez bien à travers ses parois, quand ses vais- seaux restent pleins de sang, par les inégalités des nuances du rouge, ces divisions pelotonnées. Quelques-unes de ces capsules sont peu colorées; d'autres sont entièrement décolorées , ta pelote des vaisseaux sanguins qu'elles renferment est vide de sang. J'ai même remarqué de petites poches à parois rentrées, comme celles d'un doigt de gant, que je prends pour ces capsules dans lesquelles le vide s'est fait par la sortie du sang, d'un côté , et df l'autre par celle de l'urine. Les unes sont en rapport, ce que je crois avoir bien vu, avec le système delà veine-porte rénale, et elles en reçoivent le sang, .le suppose que les autres restent, comme chez les Mammifères, en rapport avec les ramuscides des artères rénales. On comprendra que, dans ce cas, celles-ci seraient le plus souvent décolorées après la mort. parmi les animaux où elles ont été mesurées. {Voir .\DDale5 des sciences naturelles, deuxièine • 'érie, t. XIX, p. 108 et suiv., et 129 et suiv. , et pi I et H.) 60 srn LES ORGANKS GENITO-URINAIRF.S S i. CORPS JAUNE-ORANGE ANNEXES À I.A TAROl INFERIECRE DES VEINES APPÉRENTES DES REINS ET DE LA VEINE CAVE POSTÉRIEDHE. Nous avons observé le lonir des veines aÊFérentes des reins et contre la veine-cave postérieure, en avant des reins, de petits corps de couleur jaune-orange, ayant absolument la mcme nuance que les corps graisseux annexés aux glandes sperniagènes on ovigènes. Ces corps nous ont paru, au premier coup d'œil, semblables à ceux cpie M. Gruby a décrits, dans les reins des Grenouilles, et que cet anatomiste considère comme leurs reins succen- tiu'iés. Chez les Tritons, ces corps n'ont pas la même régularité m pour le volume, ni pour la forme, ni même poiu- la position ab- solue. Mais leur position relative, contre les parois des veines rénales afférentes est semblable. Seulement, il y en a aussi contre les parois de la veine-cave, au delà des reins, ainsi que nous l'avons déjà exprimé. Observés au microscope, à un grossissement de 260 diamètres, ils nous ont offert la même composition que dans les Grenouilles. Ce sont des agrégations de vésicules sphériques, remplies d'un contenu opaque , qui se compose de granulations extrêmement petites, également sphériques, absolument comme elles sont Figurées dans le mémoire de M. Gruby. Je l'avais prié de faire cette comparaison avec moi, afin d'être plus certain de son exac- titude. Les vésicules du corps graisseux sont de même lorme et a peu près de même volume; mais leur contenu'homogène et 'transparent a tous les caractères chimiques des substances hui- leuses, que n'ont pas les corpuscules que nous venons de dé- crire. D'après ce que je viens de faire connaître sur la structure in- time des reins chez les Salamandres et les Tritons, il paraîtra évi- DES REPTILES ET LEURS PRODUITS. 61 dent que cette structure est aussi compliquée que celle des reins des Mammifères. On pourra même trouver qu'elle l'est davan- tage , si l'on a égard à la veine-porte rénale qui s'y distribue à la manière des artères, ainsi que M. Jacobson l'a démontré le pre- mier. Il était intéressant de comparer cette glande , développant s;i structure dans un jeuneTriton encore pourvu de branchies, etdont la longueur n'était que de o™,o4o, avec la structure compliquée que le rein prend définitivement. N'ayant pas fait nous-mcme d'observation semblal^le, nou> avions mis, en regard de nos observations figurées, une copie du rein se développant , prise dans l'ouvrage sur les glandes de M. J. Millier. A cette époque de la vie, le rein se compose de plusieurs séries de vésicules pyriformes. On n'y voit pas encore de glandules de Malpighi ; sans doute, par suite d'observations d fficiles et incomplètes. S 5. -^ RAPPORTS DES CANAUX EXCRÉTEURS DES REINS ET DES GLANDES SPERMAlaiiclie 2, ligure 30. DES HEPT1LE& ET LELUS PRUDIjITS. 67 développé dans la Salamandre noire. Ses canaux, dans le mâle de cette espèce, ont encore plus de diamètre que dans celui de l'espèce précédente; leurs parois sont encore plus épaisses et leur nombre plus grand : j'en ai compté vingt-cinq. Le premier reste séparé du faisceau commun et reste annexé au cunai déférent jusqu'à peu de distance du vestibule. Us se réunissent tous un peu moins tard que dans la Sala- mandre commune, après avoir diminué de diamèti'e, et composent enfin un court uretère, ouvert comme chez l'espèce précédente et les suivantes, dans le vestibule supérieur. S 11. Chez les Tritons à crête mâles, on voit d'abord, à fépoquc du rut, cinq canaux urinaires se détacher successivement de la par- tie la plus avancée du rein, et se porter isolément vers le défé- rent, dans lequel ils se terminent; seize à dix-huit autres sortent de même de la substance du rein, plus en arrière et très-rap- prochés; se déploient au dehors, en restant parallèles; se des- sinent sous la gaze noire qui les enveloppe par leur couleur blanc de lait; se contournent par eux-mêmes en se portant obli- quement en arrière et en dedans, le long du déférent; ils se réu- nissent enfin très-près du cloaque et de l'extrémité de ce dernier canal, pour former un très-court uretère, dont l'embouchure dans le vestibule supérieur s'ouvre, ainsi que nous l'avons déjà dit, der- rière la papille du canal excréteur du sperme. Ces canaux sont remplis d'une urine laiteuse composée de granules. Ils ne se ter- minent pas brusquement au bord externe du rein, comme l'ont cru M. Rathke , et l'académicien du Fay, qui ont pris cet ap- pareil pour une vésicule séminale; mais ils se continuent avec les canaux urinaires superficiels de la substance du rgin, ainsi que je l'ai démontré (§ 2) dans la description de la structure in- time de cet organe. Hors de l'époque du rut, l'appareil d'excrétion urinaire perd 9' 68 SUR LES ORGANES GÉNITO-URINAIRES. (le son volume. Les parois des canaux qui le composent sont moins épaisses, transparentes, et l'urine reprend sa couleur lim- pide ordinaire. $ 12. Chez les Tritons à crête femelles, ces canaux sont beaucoup moins gros; ils se réunissent aussi plus tôt pour former l'uretère. Leurs parois sont d'ailleurs minces et transparentes, ce qui les rend difficiles à apercevoir. Aussi l'ui'ine de ces femelle» est-elle limpide, comme celle des mâles hors de l'époque du rut. S 13. Dans un mâle de Triton alpestre qui était à l'époque du rut , le même dont j'ai fait représenter le testicule (PI. i , fig. 3), j'ai trouvé l'appareil de canaux urinaires très-dcveloppé, et cepen- dant difficile à découvrir. Caché derrière un péritoine noir, comme du crêpe, et très-reculé, ainsi que le rein, il se compose d'un petit nombre de gros canaux, qui se déploient comme à l'or- dinaire hors du bord externe du rein, avant de se réunir en un seul uretère. (^es canaux sont tellement minces et transparents dans la fe- melle, qu'on a peine à les apercevoir, parce qu'ils ne font que donner passage à une urine limpide ; tandis qu'elle séjourne dans les canaux urinaires des mâles, à cause de sa consistance . qu'elle les remplit et les distend. Dans le Triton ponctué mâle , l'appareil des canaux urinaires esl très-considérable. Il y en a onze, dont les deux premiers, irès- déliés, se rendent dans le canal déférent. DES REPTILES ET LEURS PRODUITS. 09 Ces canaux , à proportion aussi grands que chez les Salaman- dres, sont plus développés conséquemment, soit en longueur, soit en diamètre, que dans le Triton à crête. 5 ]5. PARTIE HISTOBIQUE. Du Fav s'exprime ainsi qu'il suit , au sujet de l'appareil (jue nou^ venons de décrire : «Les déférents aboutissent vers l'anus, à l'extrémité d'un petit faisceau de filets blancs qu'on peut regarder comme les vésicules séminales. Ce petit faisceau remonte le long du canal déférent et des reins. » C'est évidemment d'après le Triton à crête que cette descrip- tion a été faite. M. Ratbke fait connaître ces canaux avec détail. 11 en indique seulement de quatre à six dans le Triton palmatas, quelques-uns de plus dans le tœniatus, de quinze à vingt dans le Triton nigei:. Il en signale un plus grand nombre dans la Salamandre terrestre. Chacun de ces canaux, ajoute cet auteur, semble sortir du rein. Leur origine a lieu tout le long du bord externe de cet or- gane. Malgré ces apparences, M. Rathke les détermine comme lavait fait du Fay : ce sont, suivant cet auteur, des annexes des déférents, les analogaes pour les fonctions des vésicules séminales. 11 est singulier qu'il n'ait pas eu l'idée de les rechercher chez les femelles, ou qu'il n'ait pu les y découvrir. Je suis persuadé qu'il y serait parvenu facilement, s'il eût repris, avec son expé- rience actuelle, ce premier travail. C'était en 1820 qu'il publiait ses intéressantes recherches sur le développement des organes de la généi-ation des Batraciens urodèles. En 1824, MM. Prévôt et Dumas déterminaient plus heureu- sement ce même appareil, sans reconnaitre toutefois sont contenu pour de l'urine, du moins à l'époque du rut et chez les mâles. 70 SUR LES ORGANES GENIT 0-UKINAIhES. Cependant, M. .T. Mûller, dans son ouvrage si instructif sur la structure intime des glandes, persistait à regarder, avec M. Ratlikc. ces faisceaux de canaux urinaires comme des vésicules séminales, et il annonçait les avoir vues, avec son ami Rathke, sur un exem- plaire d'axolotl du cabinet de Berlin '. S 16. RÉSUMÉ DU QUATRIÈME FRAGMENT. Ce quatrième fragment comprend, en premier lieu, une des- cription détaillée des reins des Salamandres et des Tritons. 1° On verra, dans le premier paragraphe, que leur forme e) leur étendue varient d'un sexe à l'autre, et que leur couleur peut iHre très -différente chez les mâles durant l'époque du rut, ou hors de cette époque, suivant la nature de l'urine plus ou moins épaisse qui distend leurs canaux sécréteurs. 2° Dans un cas rare, j'ai trouvé les canaux urinaires de la subs- tance du rein tellement injectés d'une urine épaisse, que j'ai pu reconnaître tous les détails d'arrangement et de structure de ces canaux. Ces détails sur la structure intime des reins font le sujet de mon second paragraphe. J'y montre que les reins des Salamandres et des Tritons se (omposent, comme ceux des Mammifères, de deux ordres de canaux. Les uns, que j'appelle sécréteurs, ont un plus petit ca- libre, sont blancs et forment des anses ou des replis assez longs et peu sinueux , quelquefois parallèles et arrangés en rosaces autoiu- d'un ou plusieurs centres; les autres, que j'appelle canaux inodiftcatears , reçoivent l'urine des premiers el la transmettent ilans les canaux excréteurs ou les uretères. Ils sont très-repliés , ' a In raois et bufnnihus appendices obveniunt vesiciitis seminalibus coniparatse In " salamandris ubi H. Ratbkc organa illa accuratius descripsit, appendices longiores sunt et < tubuliformes t Apte quidcni organa itla cum vesiculîs semioalibus comparantur. ... « [De glandularutiif etc. , p. i5,S 4. Leipsig, i83o.) DES BEPTILES ET LEURS PRODUITS. :i très-sinueux, et présentent l'aspect des circonvolutions cérébrales. Leur contenu est jaune. Ces derniers se voient à la surface inté- rieure des reins, du côté externe, et sur toute la face supérieure. Ils répondent cependant aux tubes de Beliini, composant ia substance des reins dite médullaire des Mammifères. Les tubes sécréteurs se montrent dans notre exemplaire de la Salamandre commune, qui est un mâle, dans une bande longi- tudinale de la face inférieure des reins, du côté de la ligne mé- diane du corps. Ils sont séparés des tubes modificateurs par une ligne ou une série de petits corps sphériques, qui sont les glan- dules de Malpigbi. 3" Ces glandules sont relativement volumineuses dans les rein.s des Salamandres et des Tritons; elles ont un diamètre moyen d'un demi-milli mètre. Leur description lait le sujet de mon troisième paragraplie. J'y montre qu'elles sont généralement superlicielles et toujours en rapport avec les canaux sécréteurs. C'est à la face inférieure des reins qu'il faut les cliercher, soit en série assez régulière dan.'^ la ligne médiane, comme cliez le mâle de la Salamandre com- mune, soit dispersées irrégidièrement siu' toute la surface de cdi côté des rems comme dans le mâle du Triton à crête. Ces glandules se composent d'une capsule dont les paiois •,( continuent avec un canal sécréteur, ainsi que M. Bowman les a décrites dans plusieurs Mammifères, dans le perroquet, le Bon constrictor, et la Grenouille'. Mais je ne trouve pas dans la distribution de leurs vaisseaux une confirmation de la figure théorique que cet anatomiste a pu- bliée, pour expliquer la circulation du sang dans les reins de< animaux qui ont une veine-porte rénale. Les vaisseaux afférents de phisieurs de ces glandules m'nni paru provenir des ramifications de cette veine et pénétrer dau'- les capsules par un ramuscule qui les contourne; il m'a paru Annules lif! sntncrs nalurellrs , deuxième siTio, I, MX , p. 108 et j 29, i!l pi. I cl II. 7-2 SL'R LES ORGANES GÉNITO-L'-RINAIRES une fois, en former la pelote vasculaire par ses ramifications, des- quelles sort le vaisseau efférent'. Ma manière de voir confirme , il me semble , la détermination de la veine-porte rénale et démontre ses fonctions; elle était d'ailleurs indiquée déjà par la marche du sang dans cette veine, (jue j'ai eu foccasion de constater, il y a plusieurs années, par (les expériences très-simples-, qui ont été répétées et multipliées par M. Martino. Dans le paragraphe 4, je décris des amas irréguliers de cor- puscides jaune-orange, annexés aux parois des veines rénales effé- rentes, et, en avant des reins, à celles de la veine-cave. Ces corpuscules ont absolument la même composition que ceux des reins de Grenouille , que le docteur Gruby regarde comme leurs reins succenturiés '. Ce sont des agrégations de vésicules sphériques renfermant un amas de granulations également sphériques, ayant un certain degré d'opacité et conservant leur forme, lorsque la vésicule qui les contenait s'est rompue. Les vésicules des corps graisseux, dont ces agrégations ont exac- tement la couleur, sont également sphériques et de même volume à peu près; mais elles ne renferment qu'une huile transparente de couleur d'ambre, sans granulations. M. Gruby a bien voulu faire avec moi ces observations com- paratives sur ces corps problématiques; elles sont indépendantes de la détermination donnée à ces corps chez les grenouilles par ce savant anatomiste. Ce quatrième fragment comprend en second lieu, dans les pa- ragraphes 7 à i4, la description détaillée d'un singulier appareil de canaux excréteurs des reins dans la Salamandre commune, dans la Salamandi'e noire et dans trois espèces de Tritons. 1° Cette description est précédée d'une introduction qui fait ' Voir les figures 18 et ig de ia planche 2, ' Leçons d'anatomic comparée, deuxième <5dit. , t. VI, p. a55. ' Annales des scienca naiarelles, t. XVII, p. J17, et pi. X, Cg. DES REPTILES ET LEURS PRODUITS 73 le sujet des paragraphes 1 à 6, clans laquelle je rappelle les rar)- ports des canaux excréteurs des reins et des glandes spermagènes dans les animaux vertébrés en général, et chez les Batraciens anoures en particulier. * Ces lapporls sont tels, chez les niàles de ces derniers, qui- l'urelère pourrait tout aussi bien être appelé canal déférent , puisque c'est à la dernière partie de ce canal qu'es! annexée la vésicule séminale de ces animaux, et que les canaux séniinifèrës vont le joindre à son origine et à tiavers le rein. Chez les femelles, au contraire, l'uretère n'a aucun rapport avec l'oviducte. 2° Une première singularité touchant les canaux excréteurs des reins, chez les mâles des Salamandres et des Tritons, c'est qu'ils se dégagent en nombre variable, suivant les espèces, du bord externe du rein, et qu'ils ont im trajet plus ou moins long hor.-- du rein, au lieu de se réunir immédiatement en un seul uretèie annexé au rein, comme chez les Batraciens anoures. 3° Trois jusqu'à sept de ces canaux se dirigent vers le déférent et ne tardent pas à s'v terminer. L'urine qu'ils versent dans ce canal excréteur doit servir, au ])esoin , de véhicule aux sperma- tozoïdes. li° Les suivants, en nombre également variable, selon les es- pèces, grossissent très-sensiblement à l'instanf où ils se dégagent du rein, se déploient au dehors, sont d'autant plus longs qu'ils sortent du rem plus en avant, forment un faisceau considérabh' et ne se réunissent en un seul canal que très-près du vestibule, dans lequel ils s'ouvrent tout à côté du déférent. Ces canaux sont distendus, à l'époque du rut, par une urine- plus ou moins épaisse et laiteuse. Leur faisceau forme de chaque côté une sorte de réservoir, « que de célèbres anatomistes ' re- gardent encore aujourd'hui comme une vésicule séminale, et siu le contenu duquel il restait de l'incertitude qu'il importait à la science de faire disparaître. « Ce faisceau singulier d'uretères ' MM. Ratlile et J. MûUer 11. 74 SIR LES ORGANES GENITO-URIN AIRES. ETC. n'a tout au plus de comparable et d'analogue, que celui des canaux excréteurs du pancréas des Pillions, que j'ai fait connaître, en i832, dans mes Fragments sur l'organisation des serpents, dont l'Académie a bien ^oulu voter l'insertion parmi les Mémoires des savants étrangers, sur le rapport de M. E. GeoJYroy-Saint-Hilaire. 5° Ces mêmes canaux excréteurs sont aussi nombreux chez les femelles, mais plus petits et transparents, par suite de la minceur dé leurs pai'ois et de la limpidité de l'urine qu'ils charrient; ils se réunissent plutôt en un seul uretère. 6° Ces différences sexuelles dans les canaux excréteurs des reins, jointes à celles que nous avons indiquées dans la forme et l'étendue de ces derniers organes, montrent incontestablement leurs rapports avec les organes de la génération chez les mâles de • es animaux. 7" En dernier résumé, ce quatrième fragment : a. Fait connaitre dans la forme des reins des Salamandres et des Tiitons, et dans l'appareil singulier de leurs canaux excré- teurs, des différences sexuelles très-sensibles. /). On y trouve démontrés, pour la première fois, des rap- ports organiques très-singuliers entre les organes mâles de la génération, chez ces animaux , et les canaux excréteurs des reins. < . On y verra que la structure intime de ces derniers organes est aussi compliquée que celle des reins chez les Mammifères, et qu'elle se compose de deux sortes de canaux sécréteurs, dont les uns sont en rapport avec les glandules de Malpighi, et dont les autres se continuent à la surface du rein avec les canaux excré- teurs de l'urine. Cette dernière circonstance organique démontre surabondam- ment que ces canaux excréteurs ne sont pas des vésicules sémi- nales; ce que prouvait déjà leur existence chez les femelles comme chez les mâles de ces Batraciens urodèics. APPENDICE. APPENDICE AUX FRAGMENTS SUR LES ORGANES GENITO- URINAIKES DES REPTlLEh ET DES AMPHIBIES , LUS À L'ACADEMIE DES SCIENCES , DANS SES SÉANCES DES 3o JUILLET, 23 SEPTEMBRE ET I 1 NOVEMBRE )8/l/t. 'XiMMLMglL A Ct[TB MEME ACADEMIE DANS SA Sf,ANt:t DL' 5 JL'IN I8'^8.] 11 y a jjrès de quatre années que j'ai eu i honneur de coniinu- mquer à l'Académie les fragments dont il est question dans le titre de cet Appendice. Ces fragments s'impriment en ce moment pour le lome XI des Savants étrangers. Le long intervalle qui s'est écoulé entre leur lecture et le mo- ment actuel de l'impression rend nécessaires quelques additions à ce travail , devenu ancien dans cet espace de temps. Je viens demander à l'Académie la permission de les lui lire et de les imprimer, avec la date d'aujourd'hui, à la suite de mes fragments. Ces additions comprennent trois parties distinctes : 1° La première concerne les pierres vésicales des Chéloniens; 2° La seconde, les spermatozoïdes des Salamandres et des Tritons; 3° La troisième a pour sujet plus particulier quelques ques- tions sur la structure et les rapports des reins et des organes gé- nitaux de ces mêmes Amphibies. 7f. APPENDICE. PREMIÈRE PARTIE. Pli:i\nE VÉ.SICALE D'U.NE TORTUE rOLYl'IlÉME [tESTVDO POI.Y PlIEMUS). Celte pierre vésicale a été recueillie à Peusacola, par ieii Lesueur, dans une Tortue polyphème. On sait que celte espèce hahite particulièrement la Floride, et qu'elle passe pour s'y nour- rir luiiquement de substances végétales. L'analyse de ce calcul avait, sous ce rapport, un certain in- térêt ; elle devait montrer jusqu'à quel point sa composition différerait des pierres vésicales des Trionix, qui sont très-carnas- sières. L'Académie me permettra de lui rappeler que ces der- nières pierres vésicales ont fait le sujet de mon premier fragment. Cette dernière analyse a été faite de même par M. Lassaigne, qui m'en a déjà remis le résultat sommaire le 19 juillet 18^7 '• Ce calcul, d'un gris cendré, très-friable, se compose de Acitle unique -2,/| Ammoniaque 1 3,o Chaux 1 ,0 Principes urinaiies solublcs dans l'eau cl sels alcalins i3,6 La grande proportion d'acide urique qui entre dans la com- position de cette pierre vésicale de Tortue herbivore, comparée à ' Voici, d'ailleurs, les délails de celle analyse sur lesquels est foiidi! le résultat somniaiic indiqué dans le texte : Uu gramme de ce calcul réduit en poudre lîne a été mis en coulact avec de l'eau distillée froide, qui s'est légèrement colorée en jaune brunâtre. Après plusieurs heures de contact, le liquide a été filtré et soumis à l'évapoialiou; il a laissé un résidu brun jaunâtre, d'une odeur urineuse et d'une saveur salée piquante. Ce résidu , dont le poids était de 0", 1 30 , sou- mis à un examen ultérieur, a présenté dans sa composition du chtorun- Jr sodium, du chlor- liyclrale d' ammoniaque , de Vuruir diimmoniaquir, un peu de sulfntc de chaux, et une muliirc or- qdnirjue azalée, hranc et incristuUisulile. Ces diverses substances, extraites par l'action de l'eau Iroide, appartiennent indidjilablement à l'urine au milieu de laquelle le calcul vésical a pris naissance , et qui se sont trouvées retenues d.ins les pores de ce dernier. J.a porliou du calcul sur laquelle l'eau était restée sans action a clé traitée .\ une douce APPENDICE. 77 l'absence totale de ce principe ininiédiiil dans les deux pierres de Trionix, qui sont carnivores, ne peut manquer d'attirer TaUenlion des savants qui s'intéressent aux questions de chimie ors^anique. Si, d'un côté, ces observations ne se rapportent pas à celles qui ont été faites sur l'urine des animaux de ces deux régimes; de l'autre, elles sont conformes aux conclusions qu'on a cherché à déduire récennnent sur la nature de leurs concrétions urinaires, du moins relativement aux mammifères et i l'espèce humaine '. Les savants qui connaissent les nombreux services que leii mon amiLesueura rendus aux sciences naturelles, n'hésiteront pas de mettre de ce nombre la découverte de ce calcul de Tortue polv- phême, que la chimie a pu analyser, grâce à l'active intelligence de ce naturaliste zélé pour recueillir tout ce (juil prévoyait pou- voir intéresser l'une ou l'autre branche de ces sciences. C'est assez longtemps après la lecture de mes Fragments à l'Académie des sciences, que M. Lcsueur retrouva dans ses col- lections cette pierre vésicale, et me la remit ])our en faire l'usage que je croirais utile. Qu'il me soit permis d'ajouter ici les regrets amers qu'a causés à tous les amis de la zoologie, et plus particulièrement à ceux chaleur par une faible solution de polas.se; ce nouveau liquide en a opf^-ré presf[ue entiôre- nieut la dissolution , en provoquant un dégagement de gaz ammoniaque, et en ne laissant qu'un léger résidu blanc grisâtre, qui, recueilli et séclié, pesait Oi^'.OlO. Mis en contact avec de l'eau acidulée par l'acide cblorliydrique , ce résidu s'est dissous avec une légère en'erve>cence . et la dissolution qui en est provenue, saturée par l'ammoniaque, a précipité ensuite assei abondammcntpar Toxalate d'ammoniaque : cette réaction dénote donc que ce résidn était formé de chaux en partie carbonatée. La solution alcaline qui contenait la baie de ce calcul a été sursaturée par l'acide acétique; elle s'est troublée en produisant un précipité blanc, floconneux, qui a diminué peu ù peu de volume, s'est affaissé en se convertissant en une poudre cristalline, blancbàtre, qui a pré- senté tous les caractères de l'acide uriijae. La proportion de cet acide s'est élevée à 0^',724. En récapitulant les faits observés dans cette analyse on est autorisé à conclure que ce calcul était composé principalement i'acidc urhjuc , en partie combiné à /'«mmoniat/uc cl ù une jieliu quantité Je eluuix. {Note communiquée par .\I. Lassaignc.) ' L'urine des herbivores ne renferme pas d'acide uriquc; mais, en place, on y trouve de l'animoniaque, de l'urée et de l'acide hippurique ou bcnzoïque, S 86, p. i48, de la Chimie organique, etc.; par Jusius Liebig, traduite par M. Charles Gerhardt. Paris, 18/12. On n'a jamais rencontré de concrétions d'acide urique chez les mamnnfiTes carnivores vivant à l'état libre ou sauvage. Ibid., p. i55 et i56. 78 APPENDICE. qui ont connu Lesueiu-, sa mort subite, arrivée au Havre, son lieu natal, au moment où il venait d'être nommé directeur du musée de cette ville, qu'il pouvait encore illustrer par l'impor- tance scientilique qu'il aurait donnée à cet établissement. Parmi les progrès nombreux que Lesucur a fait laire aux sciences naturelles, et plus particulièrement à la zoologie, comme collecteur dans les cinq parties du monde, comme modèle des peintres naturalistes, et comme savant dans la partie systématique ou classique de la zoologie , il faut surtout signaler et admirer sa liaison intime avecPéron, qu'il complétait comme naturahste, et dont l'attachement réciproque, l'amitié sainte, uniquement en -vue de la science, à laquelle ils avaient consacré toute leur exis- tence, aurait mérité des statues dans l'antiquité. DEUXIÈME PARTIE. NOUVELLES OBSEHV/VTIONS SUR L.\ VITALITE, LES MOUVEMENTS ET LA FORME OU LA STRUCTURE DES SPERMATOZOÏDES, D.\NS LA FAMILLE DES SALAMANDRES. Mes propres observations ont montré que la forme singulière dès spermatozoïdes du Triton à crête, découverte par MM. de Siebold et Dujardin, se retrouvait dans le Triton ponctué, dans le Triton alpestre, dans la Salamandre tachetée, et dans la Sala- mandre noire des Alpes. On peut en conclure que cette forme caractérise toutes les espèces de cette famille, qui se distingue d'ailleurs des autres Batraciens par plusieurs circonstances importantes dans l'orga- nisation de son appareil générateur, mâle ou femelle, et dans son mode de génération. Mais si la forme générale des sperma- tozoïdes a présenté le même caractère essentiel dans les espèces des deux genres de cette famille, chez lesquelles elle a pu être observée; elle a olTerl dans ces mêmes spermatozoïdes, suivant les espèces, quelques différences dans les proportions du corps APPENDICE. 79 et de la queue, et dans h\ disposition de la spire annexée à cette dernière partie. Ces différences, quelque l'aibies qu'elles paraissent, nous sem- blent importantes pour la théorie de la génération; elles nous montrent, dans l'élément mâle de la fécondation, et dans la prn- londeur de l'organisme, un moyen de conservation des espèces et l'un des obstacles immédiats à leur mélange fécond. J'ai parlé de l'appendice de la queue comme d'un fil contourné en spirale. C'est ainsi que je l'ai décrit en i84^ dans mon troi- sième fragment , communiqué à l'Académie dans sa séance du 2 3 septembre' do cette même année. Cependant, MM. Amlci- et Poucliet^ affirment que cet appen- dice, pris pour un fd par MM. de Siebold et Dujardin , est une crête dorsale, dont le bord est festonné et susceptible d'ondula- tions rapides, qui lui donnent cette apparence de fil tordu vu spirale. M. le rapporteur de la commission chargée cféclairer lAca- démie sur le mérite des observations de M. Pouchet, .s'est tenu prudemment dans la réserve sur ces deux manières de voir, tout eu manifestant cependant qu'il inclinait pour celle de MM. Amici et Pouchet, comme expliquant plus facilement les mouvements apparents de cet appendice. Voici, à ce sujet, les expressions du rapport : « Les résultats de nos observations ne sont pas assez nets pour que nous puissions nous prononcer d'ime manière positive sur cette question ''. » Cette incertitude, cette indécision, me laissant libre dans les convictions que j'ai acquises dès i 842-43 et 44. après des obser- vations très-multipliées, j'ai cru cependant devoir les renouveler, pour voir si je me serais fait illusion, et si les apparences mou- raient trompe sur la réalité? ' Voir le coinplc rendu de celle séance, l. XI.X, p. Sg.'i à 597. ' Voir M. Manld, Anatvmii' micioseûiûijue , catiier tlu sperme. ^ Séance de l'Académie des sciences du 5 mal 1 3^5 , t. XX des C. R., p. i34 i . ' C. R. del'Aradémie. l, XXI, p. 636-6:18. 18'iC. 80 APPENDICE. Mes .nouvelles observations m'ayanl donné des résultais inté- ressants sur la vitalité des spermatozoïdes, et ces résultats ayant été obtenus en décembre 1 846 , dans une saison qui paraîtra bien extraordinaire pour le rut de ces animaux, je commencerai par les faire connaître. S 1. VIT.ïLITÉ El .MOUVEMENTS DES SPERMATOZOÏDES DES TRITONS. 1. Obscrvaliolis du i^ décembre i846, faite."! sur un mâle de Triton à créle. L'existence d'une bande argentée sin- les côtés de la queue annonçait la persistance du rut chez cet animal, malgré la saison avancée. Chaque testicule était séparé en deux lobes par un profond étranglement; l'un et l'autre de ces lobes étaient de couleur blanc de lait, de forme globuleuse, et laissaient apercevoir, à travers leur enveloppe transparente, un grand nombre de cellules poly- gonales. Les capsules primaires contenues dans ces cellules renfer- maient des écheveaux de spermatozoïdes, qui s'y mouvaient cir- culairement, comme autour d'un axe. Les têtes, ou les extré- mités antérieures, étaient réunies du même côté, et c'était dans ce sens qu'avait lieu ce mouvement circulaire. Ces têtes, ou ces extrémités antérieures opposées à la queue, semblaient tenir à une masse granuleuse qu'elles transportaient avec elles ou pous- saient devant elles. Ces mouvements circulaires d'un écheveau de spermatozoïdes ont eu lieu hors de la capsule primaire comme dans cette cap- sule. On aurait cru voir un pacjuet de fd de fer tourner sur lui- même. On apercevait, dans ce transport de l'écheveau, cpie les mou- vements du fil qui contourne la queue avaient lieu en sens in- verse du mouvement de transport du spermatozoïde. APPENDICi 81 On remarquait un certain nombre de vésicules secondaires avec le faisceau ou les faisceaux s'agitant dans la vésicule primaire. 2. Observations du i5 décembre 18/16. Spermatoioïdes du même individu sujet des observations du li décembre. Les spermatozoïdes ont perdu leurs mouvements de transport; ils ne conservent de mobilité que dans la spire. Celle-ci, chez la plupart, ne se voit plus que d'un côté et n'a plus l'air de con- tourner la queue, ou la partie du spermatozoïde à laquelle elle est attachée. Ses mouvements sont continus, égaux, uniformes. On dirait voir une veine de liquide couler régulièrement et for- mant des zig-zag ou une corde vibrante. En effet, un côté de chaque tour de spire paraît bien plus large (épais) que l'autre, comme les ondes d'une corde vibrante. Ces mouvements de la spire ont lieu sans produire d'ébranle- ment clans le spermatozoïde. Dans un groupe de deux spermatozoïdes, leurs cjueues se croi- sent un peu. Lorsque la partie saillante de la spire de l'inférieur rencontre la partie saillante de la spire du supérieur, celui-ci est fortement soulevé; il s'abaisse subitement lorsque sa partie saillante s'en- gaîne dans la partie rentrante de l'inférieur. Ces mouvements d'abaissement et de soulèvement font fléchir alternativement et étendre la queue du spermatozoïde supérieur sans la faire changer de place. 3. Observations du 18 décembre. Quelques spermatozoïdes conservent le mouvement du fil; mais celui-ci est plus lent. Ces mouvements ont subsisté, consé- quemment, passé quatre fois vingt-quatre heures après la mort du Triton. 82 APPENDICE. i. Observations du aa décembre i84t) sur un Triton ponctué. Les spennatozoïdes furent pris sur un cadavre d'un animal mort le ig par dessiccation. Il s'était échappé d'un vase où ou l'avail placé, et fut retrouvé, deux jours après, tout sec dans un coin de mon laboratoire. Le corps fut ouvert le 2 i . Les spermatozoïdes, extraits du testicule et du canal déférent, étaient immobiles dans toutes leurs parties et paraissaient morts. Le corps du Triton fut laissé dans l'eau jusqu'au lendemain 22 décembre. ()uelle fut ma surprise lorsque je vis nombre des spermato- zoïdes, exti-aits ce jour-là des testicules ou des canaux déférents, montrer des mouvements dans leur spire. Ces mouvements n'étaient revenus, à la vérité, chez plusieurs, que dans la partie antérieure de cette spire, environ dans le pre- mier tiers ou le premier quart de sa longueur totale, jusqu'à un endroit ot'i la spire semblait adhérer à la queue du spermato- zoïde. Chez d'autres de ces machines animées, les mouvements étaient tellement rapides, qu'on ne pouvait ])lus distinguer le fil, très-facile à reconnaître dans les observations précédentes. On aurait cru voir un torrent couler rapidement le long du côté convexe de la queue, depuis l'extrémité antérieure jusqu'à l'extrémité postérieure de cette partie. !i. Observations du 28 décembre. Les spermatozoïdes du même Triton sont encore plus vivaces que le 22. Ceux qui sont détachés des écheveaux montrent, non- seulement des mouvements dans leur spire, comiue le jour précé- dent, mais, de plus, des mouvements de reptation dans leur corps. Celui-ci manifeste, chez d'autres, un ébranlement général . par .suite des vibrations du lil. APPKINDICE. ,83 Tous ces mouvements sont détruits instantanément, en ajou- tant une goutte rie solution de morphine à l'eau. 6. Observations du 24 décembre. A onze lieures du n)atin, les spermatozoïdes extraits du même cadavre manifestent les mêmes mouvements que le 22. A deux heures et demie, ils ont cessé eénéialement. Une grande quantité d'infusoires s'est développée dans l'eau où le Triton est plongé. S 2. FORME ET STRUCTURE DES .SPERMATOZOÏDES. Ces spernialozoïdes sont en forme de fii. On y distingue tou- jours une partie plus épaisse, que nous appellerons le corps, et une partie plus déliée, que nous nommerons la queue. C'est celle-ci qui doit avoir une crête dorsale ou une nageoire membraneuse festonnée, selon M. Amici , si j'en dois juger par la figure publiée par M. Mandl ', et selon M. Pouchet. La queue, au contraire, doit avoir, selon MM. de Siebold, Du- jardin, et d'après mes propres observations, un appendice en forme de fil contourné en spirale, qui lui est attaché à son origine et paraît l'être encore à sa terminaison dans la plupart des cas. Remarquons, en passant, que le corps du spermatozoïde a le tiers de la longueur totale dans le Triton à crête, et qu'il n'a guère que le quart de cette longueur dans le Triton ponctué. Voici, d'ailleurs, les raisons qui me semblent militer en fa- veur de la dernière manière de voir, dans laquelle je persiste, après mes nombreuses observations; elles sont déduites: 1° Des apparences visuelles. — On ne découvre jamais de mem- brane tenant au corps; je n'ai, du moins, jamais pu en aperce- voir, non plus que les plis en falbala figurés par M. Pouchet. ' Ânalomte microscopique , pi. II. sperme 3. Hk APPENDICE. Cette membrane, que ces plis rendraient visible dans sa lar- geur, mais qui serait surtout apparente dans son bord festonné, devrait se colorer par l'iode ou le bleu de Prusse. J'ai vainement essayé ces teintures. On n'aperçoit jamais que l'apparence d'un fd festonné ou con- tourné en spirale. Ces festons ou ces tours de spire sont assez réguliers pendant la vie dans toute l'étendue du fil; mais, après la mort, ils de- viennent plus ou moins irrégidiers et se séparent souvent du corps, en figurant des courbes de toutes sortes de formes, sans que l'on aperçoive jamais de lambeaux membraneux auxquels ils tiendraient. C'est toujours un fil apparent, différemment replié. Je dois ajouter cjue, l'automne dernier, j'ai réitéré ces obser- vations sur des spermatozoïdes de Triton à crête avec l'éclairage oblique de M. Nachet (par un prisme), adapté à mon micros- cope, qui est de G. Oberhœuser. Cet opticien était présent; je l'ai prié de me dire francbement et sans prévention aucune ce qu'il voyait; sa manière de voir a été exactement la mienne et celle de M. Focillon, mon préparateur au Collège de France. J'ai prié également M. G. Oberbœuser, qui avait apporté au congrès des naturalistes à Aix-ia-Cbapellc , au mois de septembre dernier, la modification qu'il a eu l'idée de faire subir à son mi- croscope, pour ce même éclairage oblique des objets, modifica- tion qui avait généralement paru très-importante aux naturalistes mici'Ographes réunis à ce congrès; j'ai encore prié cet opticien de vérifier avec moi, et au moyen de sa nouvelle méthode d'é- clairage, les observations précédentes. Dans ces dernières observations, nous n'avons encore pu re- connaître autre chose qu'un fil contourné en spirale, autour de la seconde partie du corps du spermatozoïde, que nous dési- gnons sous le nom de queue. Jamais ce fil ne nous a paru comme une sorte de bourrelet qui sei-ait attaché à une crête membra- neuse. Il ne nous a pas été possible d'apercevoir la moindre ap- parence, la moindre trace de cette prétendue crête. APPENDICE. «5 Ma manière de voir est encore déduite : 2° Des mouvements et de ta vitalité du Jil. — Dans les ob- servations précédenlcs , du mois de décembre dernier, nous avons vu les mouvements du fd se rétablir dans une première partie de sa longueur, seulement cliez quelques spermatozoïdes, après que le cadavre d'un Triton ponctué, duquel ils ont été extraits, eut séjourné durant vingt-quatre lieures dans l'eau. Chez d'autres spermatozoïdes, ces mouvements s^sont éten- dus dans loute la longueur du fd, mais sans qu' cm ait aperçu de mouvement de translation ou de reptation dans la partie prin- cipale du spei'matozoïde (obs. 4 et 5). Dans d'autres observations (n° 2), les mouvements du fil per- sistaient après que les mouvements do translation du spermato- zoïde eurent cessé. Cette indépendance de vie, celte persistance de vitalité du iil. est contraire, ainsi que les apparences visuelles, à l'idée d'une crête ou d'urie nageoire membraneuse , dont la vie devrait être plus dépendante de celle du corps auquel cette membi'ane serait attachée. Je persiste donc, je le répète, dans ma première manière de voir : c'est un simple fil, dont les propriétés vitales, indépendantes, jusqu'à un certain point, du corps auquel il est attaché, sont comparables, sous ce rapport, à celles des cils vibratiles. Me rappelant, en eflet, que les cils vibratiles se meuvent plus ou moins longtemps après la mort des animaux , cette persistanc de mouvement dans la spire, après la cessation de toute espèce de mouvement dans le corps et la queue du spermatozoïde, m'a lait naître l'idée que le fil dont cette spire est formée serait un lony cil vibratile, dont les vibrations plus ou moins rapides, par- tant de son point d'attache antérieur, peuvent faire comprendre toutes les apparences que ces mouvements présentent. Cette hy- pothèse me paraît la seide propre à expliquer les phénomènes que j'ai rapportés dans les observations précédentes. X6 APPENDICE. TROISIÈME PARTIE DE L'ÉPIDIDYME El DES UBEïÈKES DES SALAMANDIiES ET DES TRITONS. S I . DK I.-KPIDIOVME ET DR SES R.^PPOnT.S AVEC LE flEIN Avant décrier de l'épididyine et de ses rapports avec le rein, je dois rappeler, en peu de mots , jusqu'à quel point j'ai pu avan«- cer la connaissance de la structure intime des reins en général, par l'étude que j'ai faite de cette structure sur les reins des Sala- m.'indres et des Tritrais. Dans, l'ouvrage si remarquable sur la structure intime des glandes, publié par M. J. Millier, en i83o,où l'on trouve l'état de la science jusqu'à cette époque, il n'est pas question des reins de ces animaux à l'état adulte. Seulement, la figure lo de la planche XIV montre la .structure des reins dans une larve de Triton. Ils se conqjosent, à cette époque de la vie, de plusieurs séries de vésicules, qui deviendront plus tard des tubes, selon le texte ex!)licalif de cette figure. Les corpuscules ou les glandules de Malpighi de ces mêmes animaux n'ont point été décrits dans cet ou\Tage. \L Bowmann les passe aussi sous silence dans sa publication très-importante sur la structure et les fonctions des glandules des reins ou corpuscules de Malpighi, qui a paru en iS^a, dans les Transactions philosophiques de la société royale de Londres. Ce dernier anatomiste a étudié particulièrement cette structure dans les Grenouilles, parmi les Amphibies; il ne dit rien de celle des Salamandres et des Tritons. Il s'est surtout appliqué à faiie connaître les divisions des vaisseaux sanguins capillaires qui forment les louH'es qui entrent dans la composition des corpuscules de Malpighi et des réseaux qui entourent ces tubes ou canaux urinaires, el à déterminer APPENDICE. 8V leur nature artérielle ou veineuse , ou celle de vaisseaux aflérents et elfércnts. Quant à ceux qui forment les corpuscules de Malpiglii, il a cru pouvoir décider qu'ils sont renfermés à nu dans la capsule qui est l'origine des tubes urinifères. Mon travail sur les reins des Salamandres et des Tritons, que j'ai eu l'honneiu' de communiquera l'Académie, dans sa séance du I 1 novembre iSIili, et dont un extrait a été publié dans le compte rendu de cette séance', doit prendre date après celui de M. Bowmann, et avant les publications de i 8/i5 et de i 846, dont je parlerai tout à l'betne. J'y décris en détail les corpuscules de Malpiglii; leur plus grande dimension, qui atteint j millimètre'^; lem- position su- perficielle à la face inférieure des reins; leur disposition assez générale en séries plus ou moins régulières dans la ligne médiane de cette face inférieure; leur dispersion plus rare, dans d'autres cas sur une plus grande largeur de ce même côté du rein. J'ai compris, dans ce travail, sous le nom de glandules de Mal- piglii, non-seulement le réseau capillaire sanguin, aboutissant d'une artériole afférente, et point de départ d'ime veine efférente, qui constitue la pelote vasculaire de cliaque corpuscule ; mais encore la capsule membraneuse qui renferme ce corpuscule, ainsi que l'avait vu M. Bowmann, et qui se continue avec un canal urinaire sécréteur. J'ajoute qu'une partie des derniers ramuscules des veines affé- rentes ou de la veine-porte rénale, qui se distribue dans le rein à la manière des artères, contournent les vésicules de ces glan- dules, et cp.ie je crois en avoir vu qui pénétraient dans leur cavité. Au reste, cette pénétration n'est pas nécessaire pour leur emploi dans la sécrétion. Il sufiit que ces ramuscules de la veine- ' T. XIX. p. 955 et ip'J' ' M. Bowmann ne l'estime, daii'» les (îrenouilies, iju'a ^-|^ (ie puuce anglais pour la dimen- sion moyenne. 88 APPENDICE. porte rénale entourent de leur réseau capillaire, ainsi que je l'ai constaté et fait représenter, les capsules glanduleuses dont il est question. Les figures 18 à 19 de la planche II, que j'ai eu riioimcuj- de montrer à cette époque à l'Académie, représentent celte dispo- sition et une partie de la structure de ces glandules, telle que je l'ai observée. Dans ime autre figure (la dix-septième de la planche II), j'ai montré que les reins des Salamandres se composent de deux sortes de canaux: les uns sont la continuation des capsules qui entrent dans la composition des glandules de Malpighi; les autres se con- tinuent immédiatement le long du bord interne de chaque rein, avec de nonlbreux uretères. Plusieurs de ces cuxoustances importantes sur l'organisation intime des reins et des Salamandres et des Tritons, ont été dé- crites pour la première fois dans mon travail. . Je ne sais s'il a pu donner l'idée à M. Bidder, professeur à Dorpat, de choisir les Tritons pour les recherches qu'il a entre- prises l'année suivante et qui ont été publiées, sous forme de lettre, dans les Archives de M. J. Mûller pour i845. Cette lettre de M. Bidder, est du 2 5 septembre; elle a conséquemment près d'une année de date postérieure à ma pidjlication. Cet anatomiste annonce que la partie antérieure des reins dans les Tritons est particulièrement bien disposée pour les ob- servations microscopiques sur la structure intime de ces 01- ganes. Son but principal a été de rechercher si les corpuscules de Malpighi étaient à nu dans les capsules qui sont l'origine des canaux sécréteurs des reins, ou s'ils y seraient comme cnvaginés? L'observation directe, très-difficile dans ce cas, et des raisonne- ments que je crois fort justes l'ont décidé en faveur de cette dernière opinion. Telle est la conclusion de ces recherches, qui ramènent la structure des glandules de Malpighi à la composition générale APPENDICE. 89 des autres glandes, dans laquelle on voit toujours les vaisseaux apportant à l'organe les matériaux de sa sécrétion, sépares par une membrane de la capacité qui renferme son produit. C'est cette membrane qui est proprement l'agent intermé- diaire nécessaire de toute sécrétion. Après cet bistorique sur la structure intime des reins, je pour- rai faire comprendre ce que j'ai à dire sur l'épididynic f't sur ses rapports avec le rein et le canal déférent. J'ai constaté l'existence de l'épididyme dans la Salamandre noire des Alpes, dans la Salamandre tachetée et plus récenimenf dans la Salamandre marbrée; je l'ai observé de même dans les Tritons à crête, alpestre el ponctué. Il se présente sous la forme d'une chaînette composée de plu- .sieurs canaux séminifères très-repliés qui règne, parallèlement au testicule, depuis le rein en arrière jusqu'au delà de la glande spermagéne, en avant. Il se distingue du rein, qui est le plus souvent d'un rouge-brun, par sa couleur d'un blanc opalin, sa forme étroite el aplatie et par son peu d'épaisseur. On voit se détacher de sa partie la plus avancée un premier conduit séminifère efférent, pour se continuer, après avoir fail un coude, comme canal déférent. L'épididyme reçoit successivement des testicules plusieurs canaux afférents séminifères, le plus souvent par l'intermédiaire d'un canal commun qui lui est parallèle. Ce même épididyme envoie , non-seulement un premier con- duit séminifère qui semble constituer le canal déférent, comme dans les vertébrés supérieurs; mais encore une série de plusieurs autres, en nombre variable, qui s'en détachent dans toute sa longueur. L'existence de l'épididyme dans la famille des Salamandies les rapproche des Reptiles propres, et vient s'ajouter aux autres caractères qui séparent cette famille de celle des Grenouilles et des Crapauds, ou des Batraciens anoures. Le même M. Bidder, auteur de la lettre sur la structure 11. 12 00 APPENDICE. intime des reins, a publié, en i8/i6, un mémoire plus étendu, avant pour titre : Recherches d'onaiomie comparée et d'hislolocjie sur les organes génito-urinaires des Amphibies nus\ Je me flatte encore que mon travail pourrait bien avoir donne lieu à celui-ci, tant ce jeune aualomiste a l'air d'accepter à re- gret les découvertes que comprend ce mémoire, et cherche à dé- fendre les justes critiques des fautives déterminations que j'avais eu l'occasion d'y redresser. H m'accorde cependant , dans la partie historique de cet ou- vrage, d'avoir introduit, >< dans la description de l'appareil géné- rateur des Tritons, un organe (l'épididyme) qui était resté com- plètement inconnu aux analomistes , et d'avoir, par cette dé- couvcrlc , montré d'une manière satisfaisante la voie, encore incertaine jusque-là, par laquelle la semence passe du testicule dans le canal déférent (p. 17). » Je n'ai fail que traduire ses expressions. Mais dans la suite du texte de ce mémoire, qui compicnd les propres recherches de M. Bidder, la détermination de l'organe que j'ai reconnu comme l'épididyme, n'est pas telle que je l'ai admise. 11 appelle cet organe faux rein , attendu qu'il affirme y avoir vu un certain nombre de corpuscules ou pluiot do cap- sules de Malpighi. Disons d'abord {[ue l'espèce de Triton sur laquelle il a fail ses recherches, est le Triton iœniatus, que je n'ai pas eu à ma dispo- sition. Averti par la lecture de ces recherches, dont je n'ai eu connaissance par la librairie qu'en 18^7, j'ai revu avec soin la structure des reins et de l'épididyme de la Salamandre com- mune, de la Salamandre marbrée, des Tritons à crclc, alpestre et ponctué. Dans aucun des exemplaires de ces espèces que j'ai eus à ma disposition, excepté dans un petit nombre d'exemplaires appar- tenant au Triton à crête, je n'ai pu reconnaître ce mélange, cel ' Cet oiivrase, écrit t-n allemand. $c compose do soixante et douze pages in-V do tciU' et d» trois planches II a paru à Dorpal en iSiO. APPENDICK. 91 enclievêtrement de l'épididyme, avec les capsiiJes de la séciélion de l'urine découvertes par M. Bidder; mais j'y ai vu pyr-c'i par- là quelques rares dilatations vésiculeuscs, sphéri([ues ou obloa- gues des conduits séminifcres qui composaient exclusivement répididyme. Si Ton se i-ap pelle la structure compliquée des reins, telle que je l'ai décrite, on trouvera que cette fusion des deux organes, ainsi que M. Bidder l'admet dans l'épididynie, qui est, je le ré- pète, pom- cet analomiste, un faux rein, n'est giicrc possible ré- gulièrement, et n'a lieu, pour ainsi dire, que par accident et par suite d'un développement anormal de l'un et l'autre oigane. C'est ainsi que je comprends l'existence de quelques capsules de Malpighi que j'ai trouvées dans répididvmo d'un petit nom- bre d'exemplaires seulement du Triton à crête. Encore étaient- elles transparentes, décolorées, et ne montaient-elles pas évidem- ment du peloton artériel, en même temps que celles des reins étaient d'un rouge encore plus foncé que ces organes. Ces rares capsules de Malpighi dans l'épididyme dilïéraient encore de celles des reins par im plus petit volume, et parce qu'elles n'étaient pas encadrées dans une fossette de la même forme. Ces caractères équivoques démontrent, à mes yeux, tju'elles n'existent que par la suite d'un développement accidentel et anormal. .le demande la permission d'ajouter ici quelques-unes de mes obsei'vations particulières. Dans un premier exemplaire de Triton à crête, je n'ai pu dé- couvrir qu'une seule capsule de Malpighi dans un des deux épi- didymes. Dans un second exemplaire de la même espèce, j'ai reconnu, dans la partie de l'épididyme la plus rapprochée du rein, quatre corpuscules de Malpighi ; il n'y en avait pas dans le reste de l'é- tendue de cet organe. Le iG juillet 18/I7, "^ mâle de Triton à crête a\ail un épidi- 92 APPENDICE Jyine dont la coiileur l)lanclie conlrastait, comme à rordinairo, avec le rouge du rein. On y remarquait cependant quelques cor- puscules de Malpighi , décolorés, n'ayant qu'une légère teinte rougeàtre, tandis qu'ils étaient d'un rouge pourpre dans le rein. D'autres vésicides incolores, transparentes, paraissent appartenir au système des canaux sémiuifères. Dans un aulr-e exemplaire, observé le 19 juillet 18/17, j •'' compté dans l'épididyme quatre capsules de Malpighi ; elles étaient à peine colorées, taudis que celles du rein étaient d'un rouge foncé. Vendredi dernier (26 mai), j'ai encore examiné deux mâles de Triton à crête très-vivaces , et qui commençaient à avoir une légère teinte argentée sur les côtés de la queue , signe du rut lorsque cette bande d'argent est très-prononcée. Ils n'avaient que des granulations dans les glandes spermagènes, et le canal défé- rent était de même vide de spermatozoïdes. L'épididyme, difficile à voir à cause de son peu de dévelop- pement et de sa couleur d'un blanc opalin, n'avait pas la moindre trace de corpuscules de Malpighi; mais j'ai remarqué dans l'un de ces organes , parmi les circonvolutions nombreuses des canaux spermatiques qui le composent, deux dilatations vésiculeuses, l'une sphérique, l'autre oblongue. S 2. DES URETÈRKS J'ai dit, dans mon mémoire, que les reins étaient composés de deux sortes de canaux urinaires : les sécréteurs, qui sont la contmuation immédiate des capsules de Malpighi , et les canaux que j'ai appelés modificateurs, qui se continuent évidemment le long du bord externe du rein avec les uretères. Les premiers de ceux-ci se rendent immédiatement dans le canal déférent; les autres, plus développés, se portent en arrière, en restant, pour ainsi dire, concentriques entre eux, et se réunissent, très-près du vestibule, en un gros tronc qui s'y termine à côté de l'orilice du déférent. APPENDICE. 93 (jet appaifil existe aussi chez les femelles; mais il y est moins (léveioppé. Cette circonstance et les rapports de chaque uretère avec les canaux urinaires des reins, dans l'un ou l'autre sexe, sont déci- sifs en faveur de la détermination de ces canaux, comme excré- teurs des urines, et contre celle qui les regardait comme des vésicules séminales. Cependant M. Bidder, qui convient qu'ils sont la continuation des canaux mnnaires des reins , persiste à vouloir les appeler, avec MM. J. Mùller et Rathke, vésicides séminales, parce qu'il a découvert des spermatozoïdes dans leur contenu. Par la même raison, on pourrait appeler vessie séminale la vessie urinaire, dans laquelle j'ai trouvé t\n amas de spermato- zoïdes tros-vivaces. MM. Prévost et Dumas, dans leur travail si remarquable pour l'époque de 1826, où il a paru dans les Annales des sciences na- turelles, paraissent aussi avoir examiné avec soin ce contenu à l'instant du rut desTritons. Cette urine épaisse, blanc de lail, que je crois modifiée diez les mâles pendant le moment du rut, et qui prend alors, à peu près, les caractères de l'urine des Reptiles sau- riens ou ophidiens, avait embarrassé les auteurs de ce travail cé- lèbre. Ce n'est, ont-ils dit après son examen, et n'y ayant pas trouvé de spermatozoïdes , ni de furine , ni de la semence. J'ai souvent, quoi qu'en dise M. Bidder, examiné au microscope ce contenu des uretères, à l'époque du rut et hors de cette époque. Dans le premier cas, je fai trouvé granuleux, sans spermatozoïdes; tandis qu'il y en avait dans le testicule. Cepen- dant, je suis persuadé qu'ils peuvent pénétrer du canal déférent dans les uretères et s'y mêler à l'urine , sans. qu'on ait f ombre de raison de changer la détermination de ces uretères et de les regarder comme des vésicules séminales. Enfin , leur tronc commun , je l'ai déjà dit , a un orifice séparé du canal déférent dans le vestibule , en arrière de ce dernier, ainsi qu'on peut le voir dans la figure 9 de noire 94 APPENDICE. planche I; M. Bidder ne leur accorde qu'un orifice commun. .I"ai trouvé, enfin, dans la forme des reins des mâles et des femelles, et dans les rapports plus intimes entre les organes uii- naires et ceux de la génération chez les premiers, quelques dil- férences qui m'ont paru importantes, et dont les conséqtienres physiologiques sont,, à mon 'avis, d'un grand intérêt. L'auteur cité, prenant l'épididynie pour mi faux rem , n adopte pas que la partie étroite du rein chez les Icmelles, qui corres- pond à l'épididyine des mâles, doive être distinguée de ce pré tondu faux rein; cependant, ici il n'y a pas de traces de canaiix scminifères. La publication de ^J. Bidder a sans doute beaucoup de mérite de détails, puisque ses recherches se sont étendues sur toute la .classe des Amphibies. Cependant, les observations nombreuses que j'ai réitérées, après que j'ai eu connaissance de cette publi- cation , n'ont fait que me confirmer dans mes premières déter- minations. L'organe que j'ai regardé comme un épididyme en a tous les caractères; 11 appartient essentiellement au testicule ; il en ras- semble les canaux séminifères efférents. Ce n'est pas an rein, ni même un faux rein, selon la détermination de M. Bidder. Le canal défèrent, qui reçoit quelques canaux urinaires, est bien distinct des uretères jusqu'à sa terminaison; de même que l'ovaire l'est chez les femelles, contre l'avis et les observations de M. Bidder. Les uretères ne sont pas plus des vésicules séminales chez les mâles que chez les femelles. Les reins des femelles ont en avant une partie étroite qui tient la place de l'épididyme chez les mâles, et qui est pourvue, comme celle qui la suit, de glandules de Malpighi. En général, leur masse m'a paru moins épaisse et moins com- pacte chez les femelles que chez les mâles. J'ai déjà remarqué que si chez les femelles le rein avait en avant une partie étroite et longue qui manque aux mâles; chez ceux-ci la partie la APPENDICE. 9o jjlus épaisse du rcia se portait plus en arrière dans le bassin. Sous tous les rapports, je regrette d'être en dissentiment avec Tanatomisle dont les critiques avaient dû fixer mon attention'. ' Ses criti \l. \\1 \\ DUKS KT DKS TUrniNS ( Paalinhivcmoy,) A""adoniif des Sm-mx-s. Siiviitits l'.lrauuoi-,- , Toni XI B J.iU:kci-liiUOir ^)uiU^:U. i>l;i:\\i:s i;|..\IKi-l i; l \ \l lll'.s DKS s \l, \\I \\I)I;K< I'.T liKS ■|i;lTu\S. [ ParirW^no)- ) EXPLICATION DES FIGURES. 101 Fig. 26. Spermatozoïde de la même espèce dont ie fil a été écarté du corps par un autre individu. Fig. 37. Trois spermatozoïdes do Salamandre commune. Fig. 28 et 3 I . D'autres spermatozoïdes provenant de la même espèce, mais dans lesquels on n'a pas aperçu le fil en spirale, faute d'un grossissement suffisant. Fig. 29. Deux spermatozoïdes du Triton h crête. Fig. 3o. Spermatozoïde du Triton ponctué, dans lequel la partie anté- rieure de la spirale présentait seule des mouvements; le fil, au point où cessait le mouvement, semblait être collé au corps. MEMOIRE SUR LA REPRÉSENTATION GÉOMÉTRIQUE DES FONCTIONS ELLIPTIQUES ET ULTRA-ELLIPTIQUES; PAR M. J. A. SERRET. INTRODUCTION. On sait depuis longtemps que les arcs de la lemniscate sont exprimables par des fonctions elliptiques de première espèce, de module \/-- et, par suite, qu'ils peuvent être ajoutés ou retran- chés entre eux, multipliés ou divisés algébriquement, de la même manière que les arcs de cercle. Cette propriété remarquable, commune au cercle et à la lemniscate, n'a été constatée jusqu'ici chez aucune autre courbe algébrique. A la vérité, Legendre, qui s'est occupé de cette question, a formé l'équation d'une courbe algébrique du sixième degré, dont l'arc s'exprime par une fonc- tion elliptique de première espèce, augmentée d'une quantité algébrique, qui peut disparaître en prenant convenablement les extrémités de l'arc, mais qui , n'étant pas nulle en général, em- pêche la courbe d'offrir une représentation parfaite de la pre- mière transcendante elliptique. J'ai moi-même démontré, dans 10?i DES FONCTIONS ELLIPTIQUES ces derniers temps, que l'arc de la courbe connue sous le nom d^ ellipse de Cassini, et dont la lemniscate n'est qu'un cas particu- lier, se présente sous la forme d'une fonction abélienne, déconi- posable en une somme ou une différence de deux fonctions ellip- tiques complémentaires de première espèce, et même que cet arc est exprimable à l'aide d'une simple fonction elliptique, si l'une de ses extrémités est convenablement choisie, l'autre ayant été prise arbitrairement ; mais cette propriété est également loin d'être identique à celle de la lemniscate, qui restait toujours la seule courbe algébrique connue dont les coordonnées rectangu- laires X et y satisfissent à une équation de la forme dx' -\- dy' = - |S.- -+- yz' -t- Sz' -t- £.-' La première idée des recherches nouvelles auxquelles je me suis hvré, et que je publie aujourd'hui, m'a été suggérée par une propriété de la lemniscate, à laquelle je n'avais pas d'abord at- taché une grande importance, et qui consiste en ce que les coor- données rectangulaires de la courbe sont, par un choix conve- nable de la variable indépendante, exprimables en fonction ra- tionnelle de l'amplitude de la fonction elliptique qui représente l'arc ; on le vérifie aisément, car l'équation (a;'-f-/)' — 2a'{x'-y') = o, qui appartient à la lemniscate, est satisfaite en posant X = ay/2- '-, y = a\J2'- -: d'où l'on déduit aisément Vctx' -f- d/ = 2a V.-K." ET ULTRA-ELLIPTIQUES. 105 C'est ainsi que j'ai été conduit à étudier les différentes solutions que peut admettre l'équation indéterminée dx' + (// = Zdz\ en prenant pour x, j et Z des fonctions réelles et rationnelles de z, dont la dernière ait une forme donnée. Ce mémoire se composera de rjuatre parties. Nous étudierons dans la première la forme générale des fonctions x et y, réelles et rationnelles, susceptibles de vérifier la précédente équation; mais, n'ayant spécialement en vue que la représentation des fonctions elliptiques de première espèce, nous n'aborderons les détails de la solution que dans l'hypothèse où Z est l'inverse d'un polynôme du quatrième degré en z, et encore supposerons- nous, ce qui, du reste, semble le cas le plus important, que x et y ne puissent devenir infinis sans que Z le soit lui-même. Ces solutions de l'équation jDrécédente une fois trouvées, on con- naîtra, parmi les courbes algébriques dont l'arc s'exprime par une fonction elliptique de première espèce, quelles sont celles dont les coordonnées rectangulaires x et y sont des fonctions ration- nelles de l'amplitude z, qui ne peuvent devenir infinies sans que sjdx^ + dy^ le soit. On verra que le nombre de ces courbes, que je nommerai courbes elliptiques, est illimité; elles se distinguent naturellement en une infinité de classes, et chaque classe com- prend une infinité de courbes individuelles. L'existence des courbes de la m'""' classe dépend de ce que les racines ? d'une certaine équation, n„(n = o de degré m , sont toutes réelles et comprises entre o et i . Cette équation a pour racines les carrés des modules des fonctions ellip- tiques qui représentent les arcs des courbes de la m'""' classe : elle contient dans ses différents termes un nombre indéterminé n, que notre analyse suppose essentiellement entier; mais M. Liou- i 1. .i 106 DES FONCTIONS ELLIPTIQUES ville a reconnu que la plupart des résultais se conservent dans le cas où n est un nombre fractionnaire. Dans la seconde partie de ce mémoire , nous nous occuperons exclusivement des équations n„.(ç) = o dont il vient d'être question , et nous démontrerons générale- ment que toutes leurs racines sont réelles et comprises entre o et 1 . Dans la troisième partie, nous étudierons d'une manière spé- ciale les courbes elliptiques de la première classe, dont la pre- mière et la plus simple est la lemniscate. Nous dirons aussi quel- ques mots des courbes de la deuxième classe. Enfin, dans la quatrième partie, nous donnerons une théorie purement géométrique des courbes elliptiques de la pi-emière classe. Cette partie de notre travail est tout à fait indépendante des trois autres; elle suffit à elle seule pour introduire dans la géo- métrie les courbes remarqualjles que nous avons découvertes*. PREMIERE PARTIE. I. Avant de considérer dans toute sa généralité l'équation nous examinerons d'abord un cas simple, plus général cependant que celui d'où dépend la représentation des fonctions ellijJtiques * Nous avons cru devoir présenter ici TenseiTibie de nos travaux sur la représentation géo- métrique (les fonctions citipliques. On trouvera dans le Journal de MatLématiques pures et appliquées, t. X et XI, une rédaclion de notre Mémoire conforme k celle qui a été pré- sentée à l'Académie, avec les développements ultérieurs qui Tont suivi. ET ULTRA-ELLIPTIQUES. 107 de première espèce : nous supposerons que Z est une fraction , ayant pour nimiérateur un monôme c' z"-', et pour dénominateur un polynôme P de degré pair donné qui ne renferme pas de fac- teurs multiples ; en sorte que l'équation à résoudre sera (i) dx' + dy' = c' L^. s On voit de suite que les facteurs linéaires de P doivent être tous imaginaires, car autrement, comme ils sont inégaux, le second membre de l'équation précédente , et par suite le premier, pour- raient changer de signe; ce qui est absurde, x et j et leurs diffé- rentielles devant être essentiellement réels. Cela posé, si l'on désigne par p et w deux polynômes conju- gués ayant pour module \/F, et que l'on représente par i l'ima- ginaire \/ — 1 , conformément à l'usage adopté par les géomètres , l'équation ( i ) pourra s'écrire de la manière suivante : ils -+■ i dy (Le — I dy = 1, ff)"- (t) dz ce qui montre que les deux fonctions rationnelles dx -+~ i dy dx — i dy sont conjuguées et ont pour module l'unité; on aura donc néces- sairement, en désignant par ( et t deux polynômes conjugués premiers entre eux, par &> un angle réel et par e la base des logarithmes népériens, ax + lay = ce , dx — idy = ce~'^^ - "- — . '' ! -as l4' m 108 DES FONCTIONS ELLIPTIQUES Chacune de ces équations est une conséquence de l'autre , car elle s'en déduit par le changement de i en — i. De la première on tire (2) X -h i.v = ce"'j- — . Cette équation fera connaître toutes les solutions rationnelles et réelles de l'équation (1), en donnant aux polynômes conjugués I et T toutes les valeurs qui rendent algébrique l'intégrale i P Comme p n'a pas de facteurs multiples, il faut évidemment que tout facteur de p se trouve dans t ou dans t, pour que la précé- dente intégrale soit algébrique; or je dis que, sans altérer la gé- néralité de la solution fournie par l'équation (2), on peut supposer chaque polynôme t premier avec p, et, par conséquent, chaque polynôme t divisible par p, pourvu toutefois que fon prenne suc- cessivement toutes les décompositions possibles du polynôme P en deux facteurs conjugués p et w. Soient, en effet, p =^ p,p, et CT = CT, Wj , p, désignant le produit des facteurs de p qui se trouvent dans /, et p, le produit de ceux qui se trouvent dans t, et, de même, w, et W2 étant les produits des facteurs de ts qui se trouvent res- pectivement dans T et f; féquation {2) pourra s'écrire de la ma- nière suivante : - riz:.. = ce"' - " J T/;, Or p, •cB'i est, comme p, un polynôme dont le module est VP; d'ailleurs, ce polynôme est évidemment premier avec 7p, : si donc on mot simplement p nu lieu de /),cr, . - au lieu de —, l'équa- ET ULTRA-ELUPTIQUES. • 109 tion précédente se réduira à Téquation (2), où t sera dès lors un polynôme premier à p. Cela posé, il faut, pour que rinlégrale de l'équation (2) soit algébrique, que les polynômes i et t soient respectivement divi- sibles par p et «, et qu'ils ne contiennent aucun facteur linéaire simple. Soient ç un polynôme quelconque, > le plus grand commun diviseur entre ce polynôme et sa dérivée; le polynôme - ne dif- férera de § qu'en ce que chaque facteur linéaire y entrera une fois de plus, et représentera, par conséquent, un polynôme quel- conque, n'ayant pas de facteurs simples : on pourra donc poser f '■' T = — ' et, par suite, # = — , r et / représentant les polynômes conjugués de ç et >. D'après cela , on aura /Ir) Cette équation fera connaître toutes les solutions de l'écjua- tion (1), en ne prenant pour r et g que les polynômes conjugués respectivement divisibles par /) et w, et tels, que, pour chaque racine z„ de l'équation on ait 110 DES FONCTIONS ELLIPTIQUES Lorsque ces conditions seront remplies , l'équation (3) donnera pour X + iy une valeur rationnelle a; H- jy = -, où S désigne un poljTQÔme premier avec g; et si ct désigne le po- lynôme conjugué de 5, on aura aussi X ij r roù , par la multiplication X' -+-f = S R en appelant R et S les carrés des modules des polynômes conju- gués r et §, s et a. D'un autre côté, des expressions de a; 4- iy et X — iy on déduit pour a; et j des valeurs de la forme u V R ' y iî d'où l'on conclut aisément V H- V" S = entier. Cette équation exprime une propriété assez remarquable des fonctions rationnelles - et -- susceptibles de satisfaire à l'équa- n R * lion (]). Il importe de remarquer encore que le second membre de l'équation (3) comprend une constante arbitraire — s, en sorte que l'on pourra prendre X -+- iy = - e : ? s Au point de vue géométrique, cette constante s ne produit qu'un ET ULTRA-ELLIPTIQUES. 111 déplacement insignifiant de l'origine des coordonnées. En dési- gnant par s et §' les dérivées de s et g>, on aura, en différentiant l'équation précédente et en mettant à la place de dx -h idy sa valeur. Xr ? >' — '§') — e (^ — '?) = ce"' z'" jj; Gela posé , si 2 — Zç, désigne un facteur linéaire qui divise 6 fois le polynôme -, et si l'on prend pour e la valeur de - correspon- dante k z = Zo, l'équation précédente montre que s — ef sera divisible 6 -t- 2 fois par z — Zg-, on pomra donc poser • •; eg = (z Zo) S,, et, par suite, X -h- ly = — — Ce dernier théorème nous sera utile dans la suite de ce mé- moire. IL La marche que nous venons de suivre s'applique sans difli- culté à la détermination des formes des solutions rationnelles et réelles que peut admettre l'équation plus générale (i) dx' -\~ dy' = Zdz' M où Z désigne une fraction quelconque irréductible —, dont les deux termes sont des polynômes de degrés donnés. On voit d'abord que tout facteur réel de M ou de P doit s'y trouver un nombre pair de fois , puisqu'il est évident que la frac- M tion - ne peut changer de signe; nous désignerons donc par M' 112 DES FONCTIONS ELLIPTIQUES et P' les produits des facteurs réels qui se trouvent respective- ment dans M et P. Quant aux facteurs imaginaires, qui dans chaque polynôme sont conjugués deux à deux, nous décompo- serons leurs produits respectifs chacun en deux facteurs conju- gués; en un mot, nous poserons, Conformément à la notation du paragraphe précédent, M = M]mii, P=P>-5T, et l'équation à résoudre sera dx- H- ay' = dz-. OU dz -^ idjr dx — idy 1 . — dz ■—- dz P, p P.œ Les deux facteurs du premier membre devant être des fonc- tions rationnelles et conjuguées de module i, on aura, en dési- gnant par t et t deux polynômes conjugués premiers entre eux , I .7 ( M, m , dx -+- idy = - - — dz, dx — idy = - — ^ dz , l'une de ces équations se déduisant de l'autre par le changement de i en — i. La première donne (2) .ïH- (y = j. — rfz; on peut, sans altérer la généralité de cette équation, supposer m et /) premiers, l'un avec i, fautre avec t : en effet, désignons par m, le produit des facteurs de m qui se trouvent dans t, par Wj le produit des facteurs de m premiers à f, en sorte qu'on ait m : - m, m. ; ET ULTRA-ELLIPTIQUES. 113 désignons de même par p, le produit des facteurs de p qui se trouvent dans t, et par p^ le produit de tous les autres : on aura p = p,p^- Soient aussi f<, , f^j , «r, , Wj les polynômes conjugués de m, , m, , p,, p,; l'équation (2) pourra s'écrire de la manière suivante: dz. D'ailleurs, fi,m3 et ^^p, sont des polynômes respectivement de même module que m et p, et qui sont premiers, l'un avec le numérateur, l'autre avec le dénominateur de la fraction — — ; si donc on met simplement m et p au lieu de (JL^m, et w,/j,, - au lieu df ni) '^j |, , . 'ri I 111' ' / \ e , 1 équation précédente se changera dans i équation (2), où m et p seront dès lors premiers, l'un avec t, l'autre avec t : il est bien entendu, toutefois, que, pour avoir toutes les solutions de l'équation (i), on devra considérer toutes les décompositions possibles des polynômes — et — en facteurs conjugués. Cela posé, pour que l'intégrale de l'équation (2) soit algé- brique , il faut évidemment que le polynôme Pi ne renferme au- cun facteur simple, non plus que le dénominateur de chacune des fractions ( m - et -. p ■' supposées réduites à leur plus simple expression. Soit nzi le plus grand commun diviseur entre m et t, et posons m = m^m^, et en même temps ix = f/.f*,; le dénominateur de la fraction -. réduite à sa plus simple expres- sion, sera — et ne devra renfermer aucun facteur simple : si donc m, ' 1 1. i5 114 DES FONCTIONS ELLIPTIQUES ç désigne un polynôme quelconque, > le plus grand commun di- viseur entre ce polynôme et sa dérivée, on devra poser ?' • "^ T = m, — , et, par suite, < = f^, — . 11 faut, en outre, que le dénominateur de la fraction - ou ft, — . . . P 'p supposée réduite à sa plus simple expression, ne renferme aucun facteur simple, et comme p est premier avec fx, , il suffira de consi- dérer la Iraction - 'p Soif /), le plus grand commun diviseur à p et —, et posons p = p^ p, avec OT =: •5r,OTj ; la fraction —, réduite à sa plus simple expression, aura />, pour dénominateur : la valeur de p,, et par suite celle de w,, doivent donc être de la forme c' e' p, = — et W, = — : s 7 j et y étant les plus grands communs diviseurs respectifs entre les polynômes e, e et leurs dérivées. Enlin P, n'ayant pas de facteurs simples, nous poserons F' P, = -' H H désignant le plus grand commun diviseur entre le polynôme F et sa dérivée. D'après cela, l'équation (2) prendra la forme ■/ ET ULTRA-ELLIPTIQUES. 115 où, eu désignant simplement par m le polynôme Mif/,m,, qui a pour module yM, X H— ij = Telle est l'équation qui fera connaître les différentes solutions rationnelles de l'équation (2), et l'on devra y prendre pour r et ^ deux polynômes conjugués, respectivement divisibles paryj, et «r, , premiers avec (i et m, et tels, que pour chaque racine z^ de l'é- quation on ait & '/•. Quant aux différentes quantités que nous avons introduites, elles sont définies par les équations IF J y On pourrait de ce qui précède déduire quelques propriétés des solutions de l'équation (i); mais nous n'insisterons pas sur ces détails étrangers à l'objet principal de ce travail. in. Revenons maintenant au cas plus simple que nous avons con- sidéré dans le paragraphe I, et, conservant les notations de ce i5 • lie DES FONCTIONS ELLIPTIQUES paragraplie , nous ferons fx := o , et nous supposerons que P dé- signe un polynôme du quatrième degré dont les facteurs linéaires sont inégaux, imaginaires et conjugués deux à deux. L'équation à résoudre est alors (i) dx'- -^ df = -^, et l'on a, pour déterminer ses diverses solutions, l'équation (2) Remarquons d'abord que les fonctions rationnelles x et j, qui peuvent satisfaire à l'équation (i), ne cesseront pas d'être ration- nelles si l'on substitue à z une fraction rationnelle réelle et li- néaire, telle que .f-*-r d'ailleurs, par cette substitution, la difl'érentielle ~ se changera en une seconde différentielle elliptique ^-^, et le polynôme P', V/P' qui se déduit aisément de P, renfermera deux constantes arbi- traires / et g; or on démontre aisément que l'on peut attribuer aux deux constantes / et g des valeurs réelles, telles que chaque racine de l'équation P' = o soit égale et de signe contraire à sa conjuguée, ou bien telles que deux racines conjuguées soient égales et de signe contraire aux deux autres. Dans l'un et l'autre cas, le polynôme P' ne con- ET ULTRA-ELLIPTIQUES. 117 tiendra que des puissances paires de z; mais nous admettrons de préférence le second mode de transformation. Nous supposerons donc que, l'équation (i) ayant été ainsi préparée, on ait P= {z' — a') [z' — a.'), a et a étant des quantités essentiellement imaginaires et con- juguées. Nous ferons successivement les deux décompositions possibles du polynôme P en deux facteurs conjugués; mais nous suppose- rons, dans les dftux cas, que les polynômes arbitraires r et g ne contiennent que les facteurs linéaires qui se trouvent respective- ment dans p et «r, c'est-à-dire que les fonctions a; et j ne puissent contenir en dénominateur que les facteurs de P. Soient donc d'abord p = z--a\ r=(z — a)'"(z + a)", l~{z-a)'^-' {z + a)"-', > «r = Z*-o\ g={z — a)"'(z-f a)", > = (2 -a)"— ' (z-+-a)"-'; les équations (1) et (2) deviennent c\h'- (3) '^-'+^/-^(7-a=)(._„^)- /t\ ai r [^ — a)" [z -\- a)" , et il ne reste plus qu'à trouver la condition qui doit exister entre les entiers m et n et les quantités imaginaires conjuguées a et a, pour que l'intégrale de l'équation (A) soit algébrique : car, cette condition étant remplie, l'équation (4) fera connaître les solutions réelles et rationnelles de l'équation (3) que nous cherchons. Posons, pour abréger, .0,)"*' 118 DES FONCTIONS ELLIPTIQUES on aura (-- — a)"(r-+-a)" __ (?{<,) "'{z) sera divisible par [z-\~aY~ "'. Cela posé, faisons z =a dans l'équation précédente, et posons, pour abréger, r!(m-4_ ,1 P — " 1—"' r(m— p-(-,)r(p-<-i)r(m — 9-(-i)r(vH-i)r{n-t-m— /, — 9H-i) (4 ne)" 120 DES FONCTIONS ELLIPTIQUES on aura , , (ct-+-a)"-'"a"'_ (5) ?-(«)= , .-.:,,.^. n-- On ne peut avoir a-\-a.:=^ o, car autrement les facteurs linéaires du polynôme [z- — ci?) [z^ — a-) ne seraient pas inégaux, comme nous l'avons supposé; l'équation (p"'[a) = o se réduira donc à n„=o. 9 Il est aisé de reconnaître que cette équation est symétrique par rapport aux quantités a et a, et c'est là l'une des circonstances qui font que l'équation (4) peut fournir des solutions réelles et rationnelles de l'équation (3). La fonction n„, est, en outre, homogène et du degré o par rap- port aux quantités « et a; en sorte que si l'on pose elle se réduira à un polynôme entier par rapport à Ç, et que l'on reconnaît aisément être du degré m : nous représenterons indif- féremment ce polynôme par n„, et n„ (Ç). Les racines de l'équa- tion (6) n,„(?) = o. une fois trouvées, les quantités a et a, auxquelles on peut suppo- ser im module arbitraire, par un changement facile de variables, dans les équations (3) et (/i), seront déterminées par l'équation à a^ Mais, pour que les quantités a et a soient effectivement imagmaires et conjuguées, il faut encore que Ç soit réelle et comprise entre o et 1 ; c'est ce qui a toujours lieu, ainsi que nous le démontre- rons dans la seconde partie de ce mémoire. ET []LTI\A-ELLIPTIQUES. 121 Le polynôme n„(Ç) contienl dans ses différents termes un nombre entier indéterminé n, et l'on verra que les m racines de l'équation (6) ne cessent pas d'être réelles et comprises entre o et I , si l'on suppose n un nombre positif quelconque. Toutefois, cette extension ne se rapporte pas directement à l'objet actuel de nos recberches. La quantité que nous avons désignée par Ç est précisément le carré du module de la transcendante elliptique /: clz ramenée à la l'orme ordinaire. Si en effet on pose j =z v a « tang -■ l'intégrale précédente se réduit à 2 y ace J \/ i — ?sln- Pour une même valeur de m , et à cause de l'indétermination de l'entier n, on aura une infinité d'équations n„, (q=:0; en outre, à chaque racine Ç de l'une de ces équations correspon- dra une courbe algébrique dont l'arc sera exprimé par une fonc- tion elliptique, de module \/Ç, et dont les coordonnées rectan- gulaires seront fournies par l'équation (/i) : nous considérerons toutes ces courbes comme formant une même classe , et nous les appellerons courbes eUiptiques de la m'"" classe. On voit que le nombre de ces classes sera illimité. Revenons maintenant à l'équation (i), dans laquelle nous sup- poserons toujours P:=(2-^ — «2) (jS — a-i). Considérons le second mode de décomposition du polynôme P II- 122 DES FONCTIONS ELLIPTIQUES en deux facteurs conjugues /; et «r, et supposant, comme précé- demment que les polynômes r et § ne contiennent respectivement que les facteurs linéaires de /j et •cr, posons p =(z — a){z + a), r=:(2 — a)"-(2+a)", l—{z—a)"'''{z + !x}''-\ ^=[z — (x){z+a), ç={z—a)'" [z + a]", > = (j — a)'""' (r + a)""'; les équations (i i et (2) deviennent (o bis) dx'-hdv' — 4^15 ,r-+-iy = ce ( — ^ — —^ — dz, l'équation (3 bis) n'étant autre que l'équatiou (3). Pour que l'intégrale de l'équation (4 bis) soit algébrique, il faut et il suffit qu'en posant on ait à la fois (p"'(a) = o, ^"( — a)=.o. On reconnaîtra aisément, comme dans le premier cas, que les deux équations précédentes rentrent l'une dans fautre, à cause de l'identité on aura donc la seule condition Or notre nouvelle quantité (p [z) se déduit de celle que nous désignions d'abord par la même notation, par le changement de n en — (n -+- 1 ); d'où il suit que si l'on fait ce cliangement dans l'équation (6) , on obtiendia une équation (7)- n'„,(ç) = u ET ULTRA-ELLIPTIQUES. 123 de degré m, où l'on aura toujours et qui exprimera la condition pour que l'intégrale de l'équation (Il bis) soit algébrique. Il sera démontré, dans la seconde partie du présent mémoire, que l'équatiou (7) a toutes ses racines réelles, mais plus grandes que 1 ; en sorte que les valeurs qui en résultent pour a et a sont réelles, et, par conséquent, ne peuvent nous convenir pour l'objet que nous nous proposons. DEUXIÈME PARTIE. Nous allons nous occuper avec détail, dans cette seconde partie, des équations n„, (q=-o, qui ont pour racines les carrés des modules des transcendantes qui représentent généralement les arcs des courbes elliptiques. L'étude de ces fonctions n„, (Ç), auxcjuelles nous avons été con- duit, présente un grand intérêt, indépendamment de leur appli- cation à la solution du problème tjue nous nous sommes pro- posé. On verra, par exemple, qu'elles comprennent comme cas particulier les fonctions si remarquables qui résultent du déve- loppement de la quantité (1— -2 aÇ -H a "-)""% fonctions cpii ont été étudiées pour la première fois par Legendre, et qui ont été introduites avec tant de succès dans la Mécanique céleste. i6' 12/1 DES FONCTIONS ELLIPTIQUES La forme que l'on peut donner à l'équation n„ (ç) = G- est assez simple pour qu'on puisse reconnaître immédiatement la nature de ses racines, ce qui est essentiel dans l'analyse où nous en avons fait usage. o Rappelons d'-abord en pou de mots la formation des poly- nômes n,„ : soient $ ! ^) ^ [f^umi^^iiL ,»,-) ^ .^■.ri--^..r OÙ a et a désignent des (juaiitités ijuelconques , m et n des nombres entiers positifs; on démontre aisément l'identité r {a) _ r (_c) 1.2... m en désignant par ,{z), (z)= 3 — a r *'(«), on aura (5) 8 a' a n„,, H- 2 a N n„.^, -h- (« H- a) P n„,, — (m-I-2)(m-|- i)-^(a-»-a)-"'n,„= o. 128 DES FONCTIONS ELLIPTIQUES Dans celle équation, les quaulités N el P doivenl être rempla- cées par leurs valeurs fournies par la seconde et la troisième des équations [/^). Voici donc une relation linéaire entre quatre fonctions consé- cutives II„,, n,„^,, n„,^,, n,„^,; mais comme ces fonctions sont symélriques en a et a, on pourra former une équation qui' nVn renferme que trois. L'équation (5) ne cessera pas d'avoir heu, si Ton chanj'e les lettres a et a l'une en l'autre, et si Ton désigne par N' et P' ce que deviennent N et P; par suite de ce changement, on aura (6) 8 a a^ n„,^,, H- 2 a N' n„^, H- (a -}- a) P' H,^, — (ni-f-2) (m -t-i)2 {a-~i-ay n,„ = o, en sorte qu'on pourra, entre les équations (5) et (6), éliminer a volonté, soitn„,, soitll^^,. On trouve ainsi, en remplaçant par- (a-+-a)- tout par Ç, .1 a a '■ et n„.^,= [(n + m + 2) Ç_(n - ,„_ , )] n„^,_ {m-^ i )' Ç n,„. On voit que la première de ces équations se déduit bien de la seconde par le changement de m en m H- i ; ce qui donne une vérification parfaite des calculs assez pénibles que nous venon.s d'exécuter. V. Si, dans la dernière des équations précédentes, on change m en m — 2 , on aura (7) n„. = [ (n +• /n) ç -(«-/« + 1) ] n„.,-(,«- i)=çn„,.,. r C'est l'équation qui nous servira de point de départ dans l'élude des fonctions n„, : elle peut servir à définir ces fonctions, caries ET ULTRA-ELLIPTIQUES. 129 deux premières U„ et H, peuvent être formées immédiatement d'après la loi générale rappelée au paragraphe I". On trouve im- médiatemenl no=: 1, n, =(„-!- ,)Ç _ n. Cela posé, l'équation (7) donne pour la valeur de 11,, n. =: (n-t- 2) (n -h i) r- — 2 {n~h i) nK -h n [n — 1); on aurait de même n, = (n-i-3) («-f-2) («H-Or -3 («-f-'i) (,i-i~i)nV -1-3 (n-^-i) n {il — \)K — n (n — i) [n — 2). L'examen des valeurs de II,, II,, II, fait présumer que l'on aura généralement, en désignant toujours par T[(i) le produit des fi — 1 premiers nombres, (8) ïi^='l(—l)r n-n^^)r{n^,n-p^,) ^ ' p=o^ ' r(„-p-H.)r(m-p-^,)r(p-F,) "• et il est, en effet, facile de démontrer que si n,„_, et !!,„_, se for- ment d'après cette loi, il en sera de même de n,„. D'abord, il est évident, d'après l'équation (7), que le premier et le dernier terme den„, se formeront d'après la loi que nous venons d'indiquer; il suffit donc de la vérifier pour l'un des termes intermédiaires. On a, par hypothèse, n.„ ,^'^±~' l—i)P rWr(,.+„.-,) _^ p'^n — a r (m — 1) r (u-hm — p — ]) D'après cela, et en vertu de l'équation (7), le coefficient de ( — l)pÇ'"-^ .7 130 DES FONCTIONS ELLIPTIQUES dans n„ , sera r (m) r (n-l-m— /)-t-i ) H — m -f-i — * ' r (n — p •(„_p_t-2)r(m— p-Ki) r (p) r (m) r (n-t-m — p) , F (m— . ) f («+ m-/)) r(n— p-(-.)r(m— p)r(pH-.) ^ ' r(n_p-^j) r(m— p)r(p) où , d'après la définition des F, r (m-(-i) r (ii-+-m — /J-t-i) r („_p-4-,) r (m—p-\-i] r (p-i-i) ' ce qui démontre que la valeur de 11^ est effectivement donnée par l'équation (8). VL On peut, d'après cela, donner à la fonction n„, une nouvelle forme très-remarquable; correspondent à un changement d'axes coordonnés : nous conservons cette constante, afin qu'on puisse en disposer pour que la courbe soit rapportée dans chaque cas aux axes les plus commodes. Difiérentiant les équations (i), et ayant égard à la condition (2) (.^,).^_^ i (la. 'i-f-i ET ULïHA-Er.LIPTIQUES. 130 on trouve dx -r- idy = c/' r - (« -H a) - « (« - a) 1 '^-""^ -*-"'" dz , ' dx - idj = ce"" [~{a H- a) ^ n {a -a)] _'_~;' ''^^U ^- ' Cela posé, si r désigne le rayon vecteur ^ x^-\-y^, ds la dilîé- rentielle de l'arc \/dx'^-\-dy-, on aura, en vertu des équations (i), (2) et (3), (5) ds=^-2 c\J n aa. \/(l-t-«) (^H-oi) (-- — 0) (--- Remarquons maintenant que, les équations (3) se déduisant des équations (2) par la difîérentiation, aucun des résultats précé- dents n'est modifié , si l'on suppose n fractionnaire ou incommen- surable '. Les courbes définies par les équations (2) ne cesseront pas d'être algébriques, si n est commensurable ; seulement leurs coordonnées rectangulaires ne seront plus exprimables en fonc- tion rationnelle de l'amplitude z. Quoi qu'il en soit, nous suppo- serons désormais que « peut être fractionnaire, en sorte que les courbes elliptiques de la première classe pourront représenter toutes les fonctions elliptiques de première espèce , qui ont pour module la racine carrée d'un nombre commensurable quel- conque. IL On obtient aisément l'équation en r et s des courbes dont nous nous occupons ; si l'on élimine z et dz entre les équations (5) [k) et l'équation qu'on obtient en différentiant (4), on trouve très- aisément, en prenant pour unité le paramèti'e c, (6) ds=2\}Ti[n-h\) dr \J — r''-f- 2 ( 2 n-+- ij / - — i * Je dois cette remarque à mon iiiustre ami M. Liouvilie. 140 DES FONCTIONS ELLIPTIQUES ce qui donne ce théorème remarquable : L'arc des courbes de pre- mière classe est une fonction elliptique du rayon vecteur. Si 6 désigne la seconde coordonnée polaire, on aura pour l'é- quation difTérentielle de ces courbes, \Jdr'-+-r^d6^ = 2\/n{n " ^ ''' (7) d6 = \/ — r^ -i- 2 ( 2 n H- 1 ) r^ — i OÙ f = ( 2 H -t- 1 ) ''>■ \/ — r»-+-2(2n-|-i)r- — i '' on tire de là I \ y — r* -f-2 [2 n -t-i) f^ — 1 d'où I |H rfô- = — I \j — r*-|-2 (2n-|-i)r2 — i-h constante , ce qui montre que les courbes de la première classe sont toutes car- rables. L'équation (7) fait connaître la valeur de — - — en fonction de r; on en déduit aisément, par la différentiation , la valeur du rayon de courbure R, qui est T> 2rv'n(n^ ir' — [2n-+-i) Dans le cas de n = i , qui est précisément le cas de la lemnisrate, on a dr ds= 2 \/z V/ — r» 1- 6r» — 1 r désigne ici, comme on le verra plus loin, le rayon vecteur issu ET ULTRA-ELLIPTIQUES. 141 de i'un des foyers : on sait que si r' désigne le rayon vecteur mené du centre , on a plus simplement as = ; \J 1 — r'" mais ces deux formes se déduisent aisément l'une de l'autre par la relation qui existe entre r et r'. III. On obtiendrait facilement l'équation sous forme finie des courbes de la première classe, en éliminant z entre l'équation {!{.) et l'une des équations (i); mais il est encore plus simple de la déduire de l'équation (7) par l'intégration. On a, par l'équation (7), itr de=z "^" — (2n-|-i) \/— r> + 2 (211-1-1)1^— 1 \J—r''-]-ii(in-i->)r'—i OÙ Ton doit avoir soin de prendre partout le radical avec le même signe ; il est clair que , pour que le radical soit réel , il faut que r- et — soient compris l'un et l'autre entre 2n ~i- i — 2 yn (n-+- 1) et 2 n H~ 1 H- 2 \n (rt -f- 1). On pourra donc poser l r'- = 2 n -i- 1 -t- 2 y n (n + I ) cos 2 >v , I — =: 2n H- 1 -(- 2 y/n (n -t- 1) cos 2 (/, > et f.t désignant deux angles, qu'on pourra évidemment ne faire 142 DES FONCTIONS ELLIPTIQUES varier que de o à —, et dont, par suite, toutes les lignes trigo- nométriques seront positives; d'après cela, on trouve rdr y — r»-+-2 (21H-1) r^ — 1 dr V/ — r>-(-2 (sn-Hijr^ — 1 et l'équation (7) deviendra d6= — d'X — (2n H- i) d/x, d'où, en intégrant et désignant par 0^ une constante arbitraire, 9 = 6^ — >. — (2fl-H 1) (JL. Nous supposerons la constante 6„ ::=:-, ce qui ne fait que dé- terminer l'axe à partir duquel on compte l'angle polaire 6, et l'on aura (t-'-') e , ou (9) cos0-Hisin6=[sin (X-f-f^) +J cos (X-i-f/)] (cos 2f/ — isin2fjt)". Faisons, pour abréger, A = \J — r*-f- 2 (an-t-i) r"^ — 1; on aura, en vertu des équations (8), C0S3 f/=: / ' . Sm-ifl 2 r 'V^ n (n -4- 1) 2r'\' n{n- COS 2 X = ' ' , sin 2 > = a V" (n -t- >) 3 V^n (n-+- 1) ET ULTRA-ELLIPTIQUES. 143 d'où cos 1 fx — i sin 2 f/ =^ (OS 2 > — i sin 2 > = 2 r' yn (n-f-i) [r'-—{2n -+- 1 )] — i A 2 y/n (n -t- 1 et par suite, en multipliant, COS 2 (>-(-f/i ! Sin 2 (X-{-f/^ == — '- 11 -t- 1 r' Enfin, en extrayant la racine carrée des deux membres de cette équation, et multipliant ensuite de part et d'autre par i, on aura r-'H- l) — 1 A sin (X -(- fi) -)- i cos (A -ht^] -= D'après cela, l'équation (g) deviendra , \ û , fj [(i-'--H i) — iA] [i— (2 n-+- i)i» — , A]" (lo COS 6 -i- i sm 6 = — i 11 11-1-1 Telle est l'équation générale des courbes de la première classe en coordonnées polaires. Si x et y désignent les coordonnées rectangulaires, on aura, en multipliant l'équation (lo) par r, . [(r'-t-i) — iA] [i— (2 m-l) r»— ; A]" 2 + ' n ^ {(I -)- 1 ) ~~^' r"" Dans le cas de « entier, on en déduit pour a; et j des valeurs de la forme F et/ désignant des fonctions entières et rationnelles, la pre- mière du degré n -j- i , et la seconde du degré n. On peut conclure de ce qui précède un théorème assez remar- quable ; car, si l'on pose 144 DES FONCTIONS ELLIPTIQUES et que l'on clélermlne ies polynômes F et / respectivement des degrés n -(- i et n par la condition que a;^ — |— y" = r^, les 2 n -f- 3 coefficients de F et / seront entièrement déterminés, ainsi que ies fonctions x et y, qui satisferont dès lors à l'équation \Jdx- -H dy'^ = 2 \/ n(n -h 1) -^ • En d'autres termes, si F et /sont des fonctions entières, et si r désigne le rayon vecteur de la courbe dont les coordonnées rec- tangulaires a; et j sont données par les équations (i i), l'arc de cette courbe sera, par cela même, exprimé par l'intégrale ellip- tique Si n est fractionnaire et égal à - , l'équation ( i o) ne cessera pas d'être algébrique, et l'on aura, en élevant ses deux membres à la puissance q , (r'-Hi — l'A)' ( i — 'JLIUI r= — lA y (12) cos 96-1- ! sin 96= _ _ „ _ _\+, ' -(7)^(t-)"^-- avec A=V_r»-J-2!-t:^r'- '/ 1, et l'on en déduira, pour cos qO et sin 96, des valeurs de la forme cosqe=l^, s\n q6=Ip.^, 7 ^i p + <î ' 7 fil"!--} F et / désignant des fonctions entières, la première du degré ET ULTRA-ELLIPTIQUES, 145 p + q, la seconde du degré p + q — i . Si 9 est pair, l'axe des x et celui des y seront deux axes de la courbe, car alors la quantité ri cos qS est une fonction paire de x et de y, en sorte (jue l'équa- tion de la courbe a la forme '^ désignant une fonction entière et rationnelle. IV. On ramène aisément la différentielle de l'arc de nos courbes à la forme elliptique ordinaire, en posant, comme dans le para- graphe précédent, r- = 2 n H- I -H- 2 y «(n-l- 1) cos 2X, ou — =2 n -h 1 -+-2 \/ n {n-\- i) cos2f/. Si l'on fait cette substitution dans l'équation (6) , on trouve ds — 2\/n(n-i-i) (i>. ^' 2\/ n (n-l-i) V n-|-H-\/ n Cette forme du module est moins simple que celle qu'on avait tirée d'abord de l'équation II, = o , et qui est I 1. -'»> Jki OU ^g __ a \/ B (/i -t- 1) d^L '.i^ en faisant, pour abréger. '9 146 DES FONCTIONS ELLIPTIQUES mais il est aisé de vérifier que ces deux modules sont liés Tiin à l'autre par la relation 2V/T - k -M en sorte qu'on peut passer de l'un à l'autre par la transformation connue. V. Si l'on fait u = i dans l'équation (lo), on trouve . . . — (r»H- 4 rS— i)-t-i(r»— 1)\/— r'-t-Gr'- COS 6-\- l SU1^=: ^ , , d'où — (f'-Hir^— i) . . (rî_.)v/— r'-t-lir^- COS d = > sm " — Ces équations appartiennent toutes deux à la courbe de pre- mière classe qui correspond à n = i ; cette courbe n'est autre que la lemniscate. En effet, la première des équations qui précèdent peut se mettre sous la forme r^ (r- -h 4 r cos e -f- /i) = I , ou rr' == 1 , en désignant par r le rayon vecteur issu du point situé sur l'axe polaire à une distance de l'origine égale à 2 : ce qui démontre la proposition énoncée. Si, en second lieu, on fait n =2 dans l'équation (lo), on aura . . , (4i"-+-27r' — i2r=-Hi)-»-i( — 4r'-t-7'=— ■) \J — r'^-^ior^—i cos 6 H- 1 sm e =;= :zi d'où 4' -t- 171' — i2r'-(- 1 . ( — .'ir'-t-7'' — 1)\/ — r'-i-ior* — 1 COS 6 = — , sin S= ^z ET ULTRA-ELLIPTIQUES. 147 L'une quelconque de ces équations apparlient à la courbe de première classe qui correspond à n = 2 : de la première on tire /•■- — 3 V/Ir cos e -t- ^ = -, en sorte que si r' désigne le rayon vecteur issu du point situé sur l'axe polaire à une distance de l'origine égale à , l'équation de cette courbe entre les rayons r' et r sera L'équation qui fournit cos 6 ou sin 6 en fonction de r permet de construire assez facilement cette courbe dont l'arc s'exprime par la fonction elliptique de module v/— , et qui est du sixième degré en coordonnées rectangulaires. On a vu, au paragraphe IV, que si n est entier, l'équation géné- rale de nos courbes de première classe est du degré 2 (n -)- 1), en sorte que la courbe particulière dont nous venons de parler est la plus simple après la lemniscate; mais si l'on donne à n une vaïéur fractionnaire —, le degré de l'équation générale sera 2{p -\- q), et ce nombre se réduira à 6 pour p == 1 et q = 2 : on aura ainsi une deuxième courbe du sixième degré, tout aussi simple que la première. Dans cette hypothèse, l'équation (1 2) donne cos 2 e H- « sm 2 15 = —^ ' * '^ d'où r' H- 6 H — 2 : r' -^- 2 r'- — 2) v/ — r» -t- i H - cos 2 6 = ' s,in2 — 3r«\/3 3r»v'3 l'une ou l'autre de ces équations représente la courbe de première classe qui correspond à n = -. On voit, en résumé, que dans la première classe la lemniscate '9 U8 DES FONCTIONS^ELLIPTIQUES esl la seule courbe du quatrième degré; son arc est exprimé par la fonction elliptique de première espèce au module \/—' laquelle coïncide avec sa fonction complémentaire. Après la lenmiscate , viennent les deux courbes du sixième degré dont nous venons de donner les équations : les arcs de ces deux courbes sont ex- primés par les deux fonctions elliptiques complémentaires aux modules \/— et y-r-ï ^^ ^" général, si dans l'équation (lo) on fait successivement _p_ ) («-+-2) l'intégrale du second membre sera algébrique. Cela posé, il est évident qu'api'ès l'intégration , le dénominateur de x -+- iy sera [z — ctf (2; -|- a)", et que le numérateur ne pourra être d'un degré supérieur à celui du dénominateur : en outre, d'après le théorème déjà invoqué au paragraphe V" de cette troisième partie, on peut disposer de la constante que l'intégration introduit dans la valeur de x-t- iy, de manière que le numérateur de cette quantité soit divisible par (z -f- a)""'"'; et comme ce numérateur est du de- gré n-h 2, on pourra écrire la valeur suivante de x-{-iy, et, par suite, celle de x — iy, qui se déduit de la première par le chan- gement de i en — i, ai (z — i) (; H- a)"*' X -h ly = ce ^'^) 1 . «l(-— /3)(.--1-ti)"+' ly = ce Nous ferons ici ia remarque déjà faite lorsque nous nous sommes occupé des courbes de la première classe : c et w sont des cons- tantes réelles, mais qui n'ont pas les mêmes valeurs que dans la valeur de x-l- iy écrite précédemment. Quant aux quantités h et |3, elles sont imaginaires et conjuguées; leurs valeurs se détei- mineront immédiatement par la condition que dx -f- idy et dx — ! dy s'annulent respectivement pour 2 = a et z = a. Si l'on forme la quantité ^- et que l'on v fasse z^r=a, on tnouvera de suite o. d'où (n -H 1 ) a' — 2 (71 — 2 ) o I -(- ('i - [ik] b=a (n-{-\) 0? — 2 ( H — 2 ) a a -t- ( Il H- 3 ) a' 150 DES FONCTIONS ELLIPTIQUES. et l'on aura la valeur de 13 en changeant a et a l'un on l'autre dans celle de b, savoir: (ll-l-l ) a^ — 2 (il — 2) aa-l- (h-i-3) a' \ ' "^ (n-l-i) a- — 2 (n — 2)aa-t-(/i-(-3)a= Dlfférentiant les équations (i3), et ayant égard à la condition (a H- a)' n (n-(- i) ± 2 V^H (n -t- i) i att (n -4- 1 ) (n -H a) ainsi qu'aux équations (i4) et (i5), on trouve f dx — idy = ce [/3— (n -h i)« h- (n — 2 )aj ^^_^y^^_^^y^, dz. On voit que l'on peut supposer n fractionnaire, comme pour les courbes de la première classe, et l'on pourra évidemment ad- mettre la même extension pour les courbes des classes suivantes. Désignons, pour abréger, par c' le module des expressions ima- ginaires conjuguées ce [b — (n+i)a-h{n — 2)a] et ce "^ [/3— (n-+- i)a-+-(n — 2)a]; appelons en même temps r le rayon vecteur y' ar' -+- y'- et ds la dif- férentielle de l'arc, c'est-à-dire \/Jx^H-rfy^ : les équations (i3) et (16) donneront par la multiplication , 2 ( z-^)(.--^)lz-^-a)(I-^a) as ^=zc sj [z -^- a) (z -^ a) (-. — a) [z — a. Cela posé, observons que les équations (i4) et (i5) donnent 6|S := aa; posons 2 \ /- j3 KT ULTRA-ELLIPTIQUES. 151 et prenons à la place de z une variable a, telle que 2 = \ja a ;;^^ ; IH- V/ 1 — u' on pourra écrire ainsi les valeurs de r" et de ih: r =^ c , i\J aa \/> — u' \J\ — W on peut prendre pour unité la quantité — ^, et, en supposant que s s'annule en même temps que u, on aura = ( —zi^zi — ' d ou « sni am s. Il s'ensuit que l'équation des courbes de la seconde classe entre les coordonnées r et s sera , . (i — Xsinams) (i H- v/Ç sin am s) (17) r- :=2 c" (i — vÇsin ams) Les constantes c et > qui restent dans cette équation peuvent s'exprimer par le module y/Ç de la fonction elliptique sin ams; on trouve , !!(.-g)(>-»-t5g-3g') (9-+-34Ç-19? — i2Ç') + (9-i-7Ç— i^Dv/'-t-eï-^î' et la courbe représentée par l'équation ( 1 7) sera algébrique si la quantité \/? est telle, que i-t-3gzps/i-i-6g-Hr soit un nombre commensurable quelconque n. 152 DES FONCTIONS ELLIPTIQIKS VII. Nous avons vu, dans la seconde partie de ce mémoire, que chaque classe de rang impair comprend une courbe dont l'arc peut , comme celui de la lemniscate , représenter la fonction elliptique de première espèce au module v/-. On obtiendra l'é- quation générale de ces courbes en faisant m r=: n =r un nombre impair 2 ;/ H- i dans l'équation (4) du paragraphe III de la première partie, où l'on doit, en outre, supposer àaa Comme on peut prendre arbitrairement le produit a a, on pourra faire a' = i, a»= — i, et l'on aura x-h 1}'=^ ce"' I — — dz pour l'équation des courbes dont nous nous occupons, et que nous désignerons sous le nom général de lemnhcates du premier, second, etc., ordre. En posant z = — y/cotip, et remarquant ({ue c et w sont des constantes auxquelles on peut attribuer des valeurs quelconques, on pourra écrire les valeurs suivantes de x et j; (,8) \ ^""^ ET ULTRA-ELLIPTIQUES. 153 Si l'on fait fi = o, les équations (18) donnent X = c cosipysin 2 DE LA PREMIÈRE CLASSE. L'étude approfondie des résultats auxquels nous sommes par- venus dans la troisième partie de ce travail m'a conduit à deux propriétés géométriques remarquables, communes à toutes les courbes elliptiques de la première classe, et qui fournissent pour ces courbes un mode uniforme de génération d'une extrême élé- gance. )5/» DES FONCTIONS ELLIPTIQUES Ces propriétés peuvent servir à définir les courbes elliptiques (le la première classe, dont la tiiéorie devicMuIra d(';s lors entiè- renienl indépendante des ronsidérations analvlicpies qui me les ont lait découvrir. A ce nouveau point de vue où je nu; place, je commence par démontrer, pour la lemniscate, les deux propriétés dont je viens de parler, et la généralisation, comme on le verra, s(^ prt'senlera d'elle-même. Théorème I. Soil r le rayon vecteur issu de l'un de> foyers d'une lemniscate dont la demi- distance focale est prise pour unité, et dont le demi-axe sera, dès lors, y 2; on pourra toujours construire un Irianqle dont les côtés seront respectivement r. i et \' 2\ car le rayon vecteur ne varie qu'entre les limites y 2 — \ et \/ 2 \ i : cela posé, si a désigne l'angle de ce triangle opposé au coté y 2, et (3 celui illeurs évident que, quand le triangle décrira la courbe d'un mouvement continu, cette propriété se conservera pour toutes les positions de ce triangle. On pouvait supposer que l'inclinaison de la normale sur le rayon vecteur fût égale au supplément de a -1-/2 ; dans ce cas , on ferait tourner le triangle OMP autour de OM : on aurait ainsi un second triangle, qu'on pourrait substituer au premier poiu- engendrer la courbe , et la propriété précédente serait alors rela- tive à ce nouveau triangle. De ce qui précède résulte le mode de génération suivant pour les courbes elliptiques de la première classe: Si le Iriançjle OMP varie de telle manière que le sommet O reste fixe, et que les côtés mobiles OP et MP soient constamment égaux, le premier à \/n , le second à \/n+ \ , et que, de plus, le déplace- ment infiniment petit MM' du point M ait lieu à chaque instant, suivant la droite qui joint ce point au centre du cercle circonscrit au triangle générateur, le point M engendrera la courbe elliptique qui correspond au nombre n. On a ainsi , en particulier, la démonstration des théorèmes II et III du paragraphe I, lesquels sont relatifs seulement à la lem- niscate. On obtient aisément fexpression du rayon de courbure. Soit e l'angle que fait la normale avec l'axe polaire; on aura IGO DES FONCTIONS ELLIPTIQUES, ETC. car [a -h (3) est l'angle de la normale avec le rayon vecteur. On a, en différentiant, l'angle de contingence de, savoir: de = de — doL — d^ = , A r et pour le rayon de courbure, rfs jj 2ryn(n-i-ij ir'—[iii-\-\) MÉMOIRE SUR LES 4RTS INSALUBRES (CONCOURS DE 1841), «EMIS A L'ACADÉMIE DES SCIENCES LE 9 AOUT 1811. PAR M. H. DE RUOLZ. OBJET DU MEMOIRE. Depuis longtemps, dans l'intérêt du commerce et de la salu- brité, les savants et les industriels ont cherché avec ardeur les moyens de supprimer dans le dorage l'emploi du mercure, dont les effets déplorables sur la santé des ouvriers sont généralement connus. Ces effets consistent principalement dans la perturbation du système nerveux, la destruction quelquefois complète de l'in- telligence et la diminution notable de la durée de la vie. Chaque pas fait dans une voie nouvelle nous semble donc un service rendu aux arts et à l'humanité. PROCÉDÉS PROPOSÉS JUSQU'ICI. Plusieurs procédés ont été tentés jusqu'ici; le plus ancien, que nous nous contenterons d'indiquer, est connu dans le com- merce sous le nom de dorure au ponce ou au bouchon, c'est-à- dire par le frottement de l'or très-divisé, obtenu, soit par le sul- fate de fer, soit par incinération de linges imbibés de chlorure 162 SUR LES ARTS INSALUBRES. d'or : ce moyen ne donne qu'une dorure très-peu solide, et ne s'applique qu'à l'argent et aux surfaces polies. Leur peu de solidité a fait proscrire également les dorures pai- les solutions étliérécs de chlorure d'or, d'ailleurs trop dispen- dieuses lorsqu'on agit sur des masses. l'ROCÉDÉ ANGLO-ALLEMAND EXPLOITE PAR M. EKLINGTON. Les deu\ seuls procédés qui méritent intérêt sont : 1° Un procédé décrit dans le rapport annuel de M. Berzélius, pour 1889, comme depuis longtemps employé en Allemagne et en Angleterre. M. Eklington a obtenu pour ce procédé un brevet d'importation qui est exploité depuis\juelques années, à Paris, par la maison Elamberl. Il consiste à plonger le métal dans une solution bouillante d'aurate de potasse obtenue par des voies empiriques. INCONVÉNIENTS DE CE PROCÉDÉ. D'après les renseignements nombreux que nous avons pris dans le commerce, ce procédé donne des résultats avantageux comme apparence, mais offre trop peu de solidité. Il parait que c'est par des procédés particuliers de dérochage que l'on parvient à donner, avec ime très-faible coucbe d'or, l'aspect dune belle dorure, et que l'on ne peut donnera cette couche une épaisseur sufiisante ; du reste, ce procédé ne s'applique qu'à la petite bi- jouterie de cuivre doré: il ne donne aucun avantage, ni comme beauté, ni comme économie, sur les objets fondus, et ne peut s'ap- pliquer aux grosses pièces. 11 est donc sans résultat pour le com- merce du bron:e doré, qui occupe le plus grand nombre des ate- liers de dorure; il ne s'applique pas non plus à l'argent, et, par conséqjient, ne peut remplacer le mercure que dans une spécia- lité très-restreinte et qu'im caprice de la mode peut anmder. SUR LES ARTS INSALUBRES. 163 PROCÉDÉ ÉLECTRO-CHIMIQUE DE M. DE LA RIVE. 2° En avril i 8Ao [Annales de chimie et de pliysif/ac), dans un mémoire remarquable, M. de la Rive a annoncé être parvenu à dorer l'argent et le laiton, en se basant sur deux belles décou- vertes de M. Becquerel, savoir : i° l'action chimique des lîiibles courants électriques, d'où résulte l'arrivée de l'or, molécule à molécule, sur tous les points de la surface à dorer; 2° l'emploi des sacs de baudruche et de vessie, pour séparer la dissolution, traversés successivement par le même courant, le courant pou- vant ainsi passer sans que les di^olutions se mêlent. INCONVÉNIENTS DE CE PROCÉDÉ. Lorsque parut le beau travail de M. de la Rive, croyant le problème résolu, j'avais abandonné d'abord mes recherches, de- puis longtemps entreprises, lorsque des informations prises dans le commerce m'apprirent que les industriels qui avaient fait l'essai de ce procédé y avaient renoncé, principalement à cause de l'im- possibilité d'arriver à une couleur franche jaime d'or, et aussi par quelques motifs que je vais chercher à e.i^poser brièvement. 1° 11 est difficile d'obtenir à l'état complètement neutre la dis- solution de chlorure d'or dans laquelle plonge l'objet à dorer; et, d'ailleurs, il est évident qu'à chacpie molécule d'or c[ui se dépose sur la pièce, la partie de chlore qui tenait cet or en dis- solution, devenue libre, attaque les points non encore dorés et les noircit. On me répondra cpie le chlore , que l'oxygène ré- sultant de la déconqiosition de l'eau, est porté par le courant hors de l'enceinte à laquelle la vessie sert d'enveloppe; mais il n'en est ainsi, au moins complètement, qu'en théorie, car il est certam que les pièces se recouvrent d'une couche noirâtre qui nécessite (mémoire de M. de la Rive déjà cité) des lavages à l'eau acidulée et des frictions assez fortes avec un linge, à la suite de 16-'i SUR LES ARTS INSALUBRES, chacune des immersions, plus ou moins nombreuses, nécessaires pour dorer la pièce. Il en résulte l'impossibilité de dorer les objets très-délicats ni ceux présentant des aufractuosités où un linge, où une brosse ne peuvent pénétrer, ni les objets mats, que les frottements brillantent, ni le bronze, mais seulement des sur- faces qui peuvent se polir; de plus, la couleur (mémoire déjà cité) n'est pas celle qui est généralement recherchée : elle a tou- jours un œil noirâtre. L'emploi des sacs de baudruche ou de vessie exclut, d'ailleurs, les pièces de grande dimension. ÉTAT RÉEL DE LA QUESTION. 9 Il est une base à établir, c'est que, pour atteindre le but phi- lanthropique cherché , la suppression du mercure dans les ateliers, il faut réaliser les conditions suivantes: I" Réussir sur tous les mélau.'i employés; 2° Siu- des pièces de toutes les formes et de toutes les dimen- sions; 3° Sur le mat comme sur le poli; 4° Obtenir les diverses teintes que le commerce emploie, car les chefs d'établissements ne pouvant, sans de grands embarras, avoir des ouvriers différents, des ateliers divers pour chaque classe d'objets, ne peuvent abandonner le mercure que quand ils pourront le faire entièrement; de plus, il faut, comme con- dition sine qua non, pour déterminer un changement d'habitudes aussi complet, arriver sur tous les genres d'objets à une éco- nomie notable, avec une beauté et une solidité égales. Considéré ainsi sous son véritable point de vue, le but ne nous semble jusqu'ici avoir été atteint par aucun des procédés connus. Nous espérons que celui que nous allons avoir f honneur d'expo- ser à l'Académie lui paraîtra remplir toutes ces conditions. Après de longues recherches et l'emploi de divers procédés moins avantageux, que je ne décrirai pas ici, j'arrivai à me fixer à moi-même les conditions suivantes: SUR LES ARTS INSALUBRES. 165 Agir sur tous les métaux, à Iroirl , el en employant pour agent le courant produit par une puissante pile à courant constant. En effet, réalisant ce programme, j'obtenais les avantages sui- vants : 1° N'opérant qu'à froid, j'obtenais une économie notable, l'impossibilité de gauchir ou déformer les objets délicats, une plus grande rapidité d'exécution , plus de facilité à trouver un enduit ou réserve propre à tracer des dessins, faire sur les pièces des mélanges d'or et d'argent, etc. etc. enfin, Ja possibilité de dorer des métaux très-fusibles. 2° Par l'emploi d'une forte pile, j'étais di.spensé de l'usage des sacs ou cloisons de baudruche ou vessie, qui durent peu, sont délicates à établir, et plus ou moins sujettes à des infiltrations, soif à travers la membrane même, soit par les fissures du mastic qui la fixe. J'évitais l'emploi de ce mastic même et la construction de vases spéciaux d'une forme plus ou moins compliquée. N'étant plus astreint à une forme de vases déterminée, je pou- vais accroître facilement leurs dimensions, et , par suite, le nombre ou le volume des pièces à dorer. Par l'emploi d'une pile à courant constant , je devais obtenir une grande cgalilc dans la dorure; enfin, possédant dans la pile un instrument dont je pouvais à mon gré augmenter ou réduire l'énergie, il m'était facile de dorer un seul objet ou un grand nombre à la fois, et de réussir également sur les plus petites comme sur les plus grandes surfaces. Il y avait de grandes difficultés à vaincre : pour pouvoir plonger les deux pôles de la pile dans le même liquide, il fallait trouver une combinaison d'or dont Vêlement électro-néf/alif fût sans action possible, au moins à froid, sur le métal à dorer. Il me fut dé- montré que cet élément était le cyanogène, et fexpéricnce me conduisit aux résultats suivants. 166 SUR LES ARTS INSALUBRES. NOTRE PROCEDE. Je dissous lo parties de cyanure de potassium dans loo par- ties d'eau distillée; je filtre et j'introduis dans la liqueur une partie de cyanure d'or préparé avec soin, bien lavé, séché à l'abri de la lumière et porphyrisé avec soin dans un peu d'eau, où je l'ai laissé bien s'hydrater. Je renferme le tout dans un flacon à i'émeri, que je remue fréquemment et que je maintiens, à l'abri de la lumière, à une température de -+- \b° k -+- 2 5°. Au bout de trois jours environ, la dissolution est complète; je la filtre et l'emploie. Les dissolutions peuvent se préparer au fur et à mesure des besoins prévus : nous en avons gardé trois mois sans altération sensible. L'habitude seule peut déterminer l'énergie à donner au cou- rant, selon l'étendue de la surface que présente l'objet ou la col- lection d'objets à dorer. Le mieux est d'avoir à sa disposition une forte pile, dont on supprime au besoin le nombre d'éléments convenable. Le vase destiné à renfermer la liqueur où plongent les pièces à dorer peut être en verre ou en terre. L'objet à dorer est attaché à un fil de cuivre très-fin, allant au pôle négatif; le pôle positif est représenté par un fil de platine : il est avantageux que ce der- nier ne soit pas placé trop près des objets à dorer et se prolonge sur toute leur longueur. Voici la disposition de l'appareil: I D- D- ^^ V, vase contenant la dissolution dor; P. fil de platine allant'au SUR LES ARTS INSALUBRES. ' 167 pôle positif delà pile, enroulé sur la cheville de vene C, et des- cendant au fond du vase, où il est étendu juscpi'en D, sur une lon- gueur égale à celle de la ligne d'objets à dorer; N, fd de cuivre très-fin allant au pôle négatif enroidé sur la cheville de vei're C, et descendant au fond du vase, où il est étendu jusqu'en D'. Sur ce fil repose la série des objets à dorer. La durée de l'opération , qui ne dépasse guère la limite d'une à dix minutes, est sidDordonnée à la surface, aux anfractuosités de la pièce à dorer. Les objets polis se dorent plus vite que les ob- jets mats. Il est facile à fopérateur de suivre de l'œil les progrès du dorage et de retirer les pièces lorsqu'elles lui paraissent assez chargées. Elles doivent être avant la dorure bien dérochées par les procédés ordinaires; après la dorure, il suffit de les laver dans l'eau légèrement acidulée par facide sulfurique, de les sécher dans du son ou de la sciure de bois. Elles supportent ensuite facile- ment lepohssage ou le brunissage. L'argent, le platine, le cuivre, le laiton, les objets fondus dits bronzes dans le commerce, le maillechort, l'acier, préalablement dérochés, sont également bien dorés par ce procédé. DORORE DE L'ÉTAIN. Pour l'étain, que fon ne peut dorei- par les moyens actuels, nous trouvons avantageux de le recouvrir d'abord d'une pellicule de cuivre à l'aide d'une solution de cyanure de cuivie dans le cya- nure de potassium. CUIVRAGE, ARGENTAGE. Le cyanure d'argent dissous dans le cyanure de potassium offre pour l'argentage de tous les métaux que nous venons de citer des résultats également avantageux. Les proportions sont les mêmes que pour l'or. Cet argentage présente une solidité égale à celle du plaqué, sur des objets dont la forme compliquée ne permet pas le 168 SUR LES AUTS INSALUBRES. placage, el il otTre siir le fer des résultais Irès-avantageux, en ce sens que l'argenlage n'est pas repoussé par la rouille, ainsi que cela a lieu pour le fer argenté par les procédés connus. Ces deux derniers points sont d'une liante importance pour l'art de la sellerie. Jusqu'ici nous avons employé une pile à courant constant de 5o éléments d'une construction particulière, les éléments ayant environ 5 pouces de hauteur sur l[ de largeur. Les frottements énergiques auxquels résistent celte dorure el cette argenture ne laissent aucun doute sur leur solidité. Nous pouvons, du reste, augmenter à volonté l'épaisseur de la couche d'or ou d'argent. Quant à l'économie, nous pouvons déjà oflrir au commerce une forte réduction sur les prix les plus inférieurs de la dorure au mercure, et nul doute que l'on ne puisse dimi- nuer ces prix en raison de l'importance des travaux; puisque les frais généraux et de main-d'œuvre deviendront de plus en plus faibles, relativement à la dépense totale, un seul homme pouvant en quelques minutes dorer et argenter à la fois un grand nombre de pièces. COULEURS. Nous pouvons aisément produire en employant l'or seul ou en déposant préalablement ime pellicule, soit de cuivre, soit d'argent, les nuances jaune, vert ou rouge que le commerce désire. 11 nous est facile aussi de les entremêler sur la môme pièce , qui peut offrir des parties bronzées, argentées et dorées de diverses teintes. POINT CARACTÉRISTIQUE DE NOTRE PROCÉDÉ. Qu'il me soil permis d'établir les points qui me paraissent carac- tériser ici l'invention : 1" L'emploi de la pile. Le seul savant qui se soit occupé de fapphcation de l'électricité à la dorure, M. A. de la Rive, s'exprime SCP, LES ARTS INSALUBRES 169 ainsi lui-méiiie dans son mémoire {Annales de chimie cl de physique, t. LXXIII, p. 399) : "J'essayai, il y a environ quinze ans, de faire passer le cou- rant d'une forte pile à travers une solution d'or, en mettant au pôle positif un fd de platine, et au pôle négatif l'objet à dorer; mes essais ne furent pas heureux; je ne pus, par ce moyen, dorer que du platine, etc. etc. Quant au laiton et à l'argent, je ne réus- sis point à les dorer. L'action chimique qu'exerçait sur ces métaux la dissolution d'or, toujours très-acide, les dissolvait eux-mêmes, et empêchait l'or d'adhérer à leur surface. » 2° L'emploi pour la première fois des solutions de cyanures d'or et d'argent qui, n'attaquant pas le métal à dorer, détruisent l'obstacle qui avait arrêté l'illustre savant que nous venons de citer, et empêché jusqu'ici l'application delà pile. Dans le cours de toutes nos opérations, il se forme au pôle positif divers produits dont l'étude nous a païu mériter un exa- men particulier et fera l'objet d'un travail que nous comptons avoir l'honneur de soumettre à fAcadémie. Nous termmerons en émettant le vœu que ces essais qui nous ont coûté de longs travaux et des frais considérables puissent être utiles à la science : i°en portant l'attention sur une classe de produits, les cyanures, peu étudiée jusqu'ici, vu leur peu d'ap- plication; 2" en popularisant l'usage de cet admirable instrument, la pile, que nous appliquons pour la première fois à l'industrie, et dont la construction , jusqu'ici arriérée , fera dès lors des progrès rapides. Qui peut prévoir quelles découvertes le hasard même pourrait faire naître de la pile répandue ainsi dans un grand nombre de mains, de la pile devenue un outil.»' RÉSUMÉ. Ce procédé repose sur la décomposition (à l'aide d'une forte pile à courant constant) des cyanures d'or et d'argent, dissous dans une proportion donnée de cyanure de potassium. Le seul i 1 170 SUB LES ARTS INSALUBRES, savant qui se soit occupé d'appliquer rélectricilé à la dorure, M. de la Rive déclare lui-même, dans son mémoire, n'avoir pu réussir avec la pile et y avoir renoncé. Quant aux cyanures d'or et d'argent, ils n'ont été jusqu'ici em- ployés par personne, et rendent praticable l'usage jusque-là iuj- possible de la pile. Considérant enfin que la suppression du mercure ne peut être (jue complète et ne peut avoir lieu partiellement , Le but ne peut être atteint qu'en remplissant les conditions suivantes : 1" Dorer tous les métaux qu'il est d'usage de dorer; 2" Les objets du plus S3o. SUR LES DIPTERES. 175 lements trop restreints des espèces, se recommande par des aperçus d'un piquant intérêt sur les mœurs, les habitudes de ces Diptères et siu- le rôle qu'ils jouent dans la nature. Il est fâcheux qu'on ait à lui reprocher l'absence de presque toute synonymie: c'est là, suivant' moi, un délit scientifique. Mes recherches reposent sur des milliers de vivisections, pra- tiquées sur cent (fuatre-vin(jl-(juin:c espèces choisies dans les princi- paux groupes de l'ordre, en sorte qu'il a été permis de s'élever avec quelque certitude à des généi'alisations. Il importait à ma res- ponsabilité d'auteur, il importait à la science, que ces espèces fussent rigoureusement dénommées, soit pour alléger mon texte des longueurs de descriptions spécifiques, soit dans l'intérêt du contrôle de mes observations. J'ai recouru pour cela à la source la plus sûre, la plus authentique, et M. Macquart a daigné lui- même ou confirmer ou établir la nomenclature d*^ tous les Dip- tères qui ont passé sous mon scalpel. Pour abréger mon texte, sans le rendre moins substantiel, j'ai dû traiter dans des chapitres spéciaux les appareils organiques qui ne se modifient pas assez suivant les familles pour se prêter à des descriptions détaillées, comme les appareils sensitif et res- piratoire, et le tissu adipeux splanchnique. Dans ce même but d'éviter d'oiseuses répétitions et de fixer la valeur de quelques dénominations anatomiques, j'esquisserai à grands traits les or- ganes de la digestion et de la génération. Il résultera de là que l'ensemble de mes recherches se partagera en deux grandes divi- sions : Anatomie générale et analomie parliculière des familles. Mon scalpel , en pénétrant dans ce monde nouveau d'orga- nismes, n'a pas la prétention d'avoir reconnu les formes et les structures, même les plus générales. A peine ai-je défriché la su- perficie du champ. Il y a encore immensément à faire. 176 RFXHERCHES AN ATOMIQUES ET P HYSIOLOGIQLiKS PREMIÈRE DIVISION. ANATOMIE GÉNÉRALE. CHAPITRE PREMIER. APPAREIL SENSrriF. Dans l'exposition du système nerveux des Diptères , je vais prouver combien jusqu'à ce jour on avait des connaissances vagues, des idées fausses sur sa composition et sa structure, et dans combien d'hérésies physiologiques on s'est jeté pour avoir voulu établir des règles générales sur des faits trop peu nom- breux et mal compris. Ainsi , les uns ont avancé que les Diptères avaient neuf ganglions, les autres un seul, et tous, entraînés par une application hasardée de la loi de l'analogie , ont dit que ces ganglions étaient séparés par un double cordon. Il y a dans ces assertions grande inexactitude et erreur llagrante. Oui , il est des Diptères où l'on trouve neuf ganglions, sans y comprendre le cerveau, et d'autres où il n'y en a qu'un; mais ce ne sont pas là toutes les combinaisons, et je vais en faire connaître où ce nombre est de sept, de six, de cinq, de trois, de deux, d'un seul; enfin, il y a des larves où on en compte onze et même douze. Ces centres nerveux sont, dans tous les Diptères, unis et séparés par un cordon inter-ganglionnaire très-simple et non double. C'est même là le trait distinctif de cette chaîne de ganglions avec celle des autres ordres d'insectes. Venons aux faits; voyons si le nombre des ganglions est en harmonie avec la classification établie, et quelle peut être son importance pour celle-ci. M. Macquart a partagé tout l'ordre des Diptères, d'après la con- sidération des antennes, en deux divisions : l'une, les Némocères; l'autre, les Brachocères. Mais, indépendamment de ce que les antennes de plusieurs Brachocères ont, dans le fait, plus de trois SUR LES DIPTERES. 177 articles, l'anatoniie, et surtout la composition du système ner- veux, rendent inadmissible une division aussi absolue, aussi gé- nérale. Dans les deux familles des Culicides et des Tipulaircs, le sys- tème nerveux a un degré, sinon de développement, du moins de composition, qui semble témoigner de la prééminence organique accordée à ces Diptères, il se compose du cerveau avec un bulbe rachidien , de neuf ganglions et des diverses paires de nerfs qui partent de ces centres nerveux. Je vais plus particulièrement dé- crire et figurer cet appareil dans la Tipula ohracea, tout en pré- venant que j'en ai constaté l'identité dans plusieurs grandes et petites espèces, en sorte que ce type d'organisation pourra être considéré comme un attribut de ces deux populeuses familles. Le cerveau ou l'organe des fonctions sensoriales est étroitement enveloppé par la boîte crânienne et formé de deux hémispbères égaux séparés par une profonde scissure médiane, mais réunis, confondus inférieurement par une continuité de substance. Ne sont-ce pas là des traits que le Diptère partage avec les animaux de l'ordre le plus élevé? Décbirez l'enveloppe tégumentaire pour en dégager l'encéphale; les lobes de celui-ci, obéissant à une certaine élasticité ou expansibilité jusque-là maîtrisée, s'é- cartent fun de l'autre et prennent la forme de deux sphéroïdes unis par leur partie inférieure: C'est ainsi que les représente la figure que j'en donne. Ces lobes ou hémisphères n'offrent extérieurement aucune trace de ces plis sinueux, de ces circonvolutions qui carac- térisent ceux des quadrupèdes. Ils sont lisses et blancs, mais leur substance est sensiblement plus pulpeuse que celle des ganglions. Dans leur position normale, un grand segment de sphère de leur surfiice supérieure et antérieure est caché par les rétines oculaires. Les nerfs optiques, dont celles-ci ne sont que l'épanouissement, ont une excessive brièveté et ne sauraient être mis isolément en évidence. Les hémisphères cérébraux se terminent en arrière par deux prolongements fort couris, dans l'intervalle desquels passe l'œsophage : c'est ce qu'on appelle le collier œsopluKjien. La rétine I 1 . 23 178 RECHERCHES AN ATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES oculaire, qui est cnclialonnéc sous la cornée, a un pigment violacé donl la réticulation est parfaitement conforme aux aréoles de cette dernière. Je parlerai ailleurs de la choroïde et des cristallins. Mais, indépendamment de cette rétine, notre tipule m'a offert un fait curieux : il existe au bord postérieur de ciiaquo rétine oculaire un petit nerf optique ocellaire terminé par une l'étine subgiobuieuse à pigment violacé. Ce qui rend ce fait anatomique piquant, c'est que dans la Tipula oleracea, ainsi que dans toutes les espèces du geni'e Tipala tel qu'il a été circonscrit par Meigen ft M. Macquart, il y a absence complète d'yeux lisses, et ce trait négatif est exprimé dans le signalement générique exposé par ces entomologistes. Depuis la découverte de ces nerfs ocellaires, j'ai dirigé les explorations les plus scrupuleuses vers la région de la tète des Tipula, c£ui, dans d'autres tipidaires, est le siège habituel des ocelles; je les ai renouvelées et sur les individus des deux sexes dans l'état de vie, et sur ces mêmes individus peu ou long- temps après leur mort, et la loupe la plus forte ne m'a décelé aucun ocelle. Toutefois, j'observe derrièi-e l'insertion de chaque antenne de notre tipule une fort petite saillie subhémisphérique, simplement tégumentaire. Cette protubérance crânienne est-elle le réceptacle, l'opercule de la rétine ocellaire ? La position respec- tive de ces deux protubérances avec les yeux de la tipule est bien différente de celle où, dans mes dissections, j'ai trouvé et repré- senté les nerfs ocellaires. Mais, comme l'isolement du cerveau ne peut s'opérer que par un grand dérangement de ses parties, il est possible , il est même vraisemblable que les rapports de l'op- tique ocellaire avec la rétine oculaire ont été violés.' J'ajoutei'ai à 1 appui de fidéc qui tendrait à considérer ces éminenccs tégiunen- taires comme les opercules des rétines ocellaires, (ju'il y a con- formité de volume et de configuration entre les unes et les autres. Observez encore une anomalie dans l'existence de ces 'optiques ocellaires, c'est qu'il n'y en a que deux, tandis que dans les Tipu- laires pourvues d'ocelles, ceux-ci- sont presque toujours au nombre (le Irois. Ainsi, il faut envisager les optiques ocellaires et les pro- SLR LES DIPTERES 179 lubérauces crâniennes dont il est question tomme des organes imparfaits dépourvus de fonctions. Ce sont des organes vesti- giaires, des jalons anatoniiques qui témoignent hautement de \;\ gradation qui préside au plan général des créations. Revenons au cerveau de notre tipule. Du boid antérieur de chacun des hémisphères partent deux nerfs bien distincts : l'un . aniennaire; l'autre, buccal. C'est en arrière et en dessous que ces hémisphères confluent ensemble, et à l'endroit de cette confluence existe un troisième lobe ganglioniforme que j'ai cru pouvoir dé- signer par le nom de bulbe rachidien , n'osant pas l'appeler cervelet, quoiqu'il ait une texture identique avec le cerveau. On ne saurait le prendre pour un ganglion, à cause de la continuité directe et large de sa substance avec ce dernier. La chaîne ganglionnaire se compose de ganglions thoracù/ues et (le ganglions abdominaux. Ces ganglions, sauf les cas où il y a^ contiguïté de cjuclques-uns d'entre eux, sont séparés les uns des autres par un cordon nerveux très-simple qui n'en est cju'une atté- nuation. La simplicité de ce cordon est; je le répète, un carac- tère différentiel de l'ordre des Diptères avec les autres ordres d'insectes. Il n'est pas rare de découvrir, le long de la ligne mé- diane du cordon, une tiachéole simple, Cne comme un brin de soie , qui peut en imposer et qui m'en imposa d'abord , pour la trace d'une division en deu\ filets contigus. Son aspect resplen- dissant dissipe fillusion. L'existence de cette trachéole est encore , à mes yeux, un vestige, un léger mais précieux souvenir anato- mique, que la nature a laissé sur son passage,, des créations éche- lonnées. Les ganglions thoracicjues sont au nombre de trois, mais sou- dés, presque confondus en une masse oblongue à trois légers festons latéraux , profondément enchâssée entre les saiUies ou apophyses coriacées qui correspondent aux insertions des pattes, de manière qu'il est fort difiicile de l'isoler dans son intégrité. Ils occupent le centre du thorax. Chacun d'eux émet une paire principale de nerfs cruruui. 180 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES Il y a six ganglions abdominaux arrondis, sublenliculaires, égaux entre eux, à l'exceplion du deinier, qui ici, comme dans tous les insectes en général, a une grandeur presque double des autres. Ces ganglions fournissent chacun une paire de nerfs. Outre celle-ci, le dernier se termine par deux grands nerfs génitaux. Dans les larves du Xyphura et du Pachyrhina , et sans doute des autres grandes Tipulaii-es, le nombre des ganglions est supérieiu- à celui de l'insecte ailé, puisqu'il est de onze, le cerveau non compris. Quelle induction tirer de cette prédominance numérique des centres nerveux dans ce premier âge de l'insecte que l'on s'accorde à considérer, et avec raison, connue un état impai'fait? Je ne puis le dire; mais il y a encore beaucoup à étudier. La corrélation que l'on a cru exister entre le nombre des ganglions et celui des segments du corps ne saurait être prise en sérieuse considération. J'ai prouvé dans mes recherches anatomiques sur les Hémiptères, les Orthoptères, etc. et je prouverai dans le cha- pitre actuel qu'elle est fort loin d'être une règle , puisque , pour le dire en passant , un fort grand nombre de larves de Diptères (jui ont douze segments au corps n'ont qu'un ganglion unique. Quoi qu'il en soit, le cerveau de nos larves de Tipulaires n'est point renfermé dans la tète et est dépourvu de rétines, puisque ces larves n'ont pas d'yeux. Il consiste en deux sphéroïdes con- tigus , confluents par leur partie inférieure et séparés de la chaine ganglionnaire par le collier œsophagien. Après celui-ci, il existe une série de cinq ganglions contigus, arrondis, logés dans cette région de la larve qui correspond au futur thorax, et il est bon de se rappeler que le corselet de l'insecte ailé n'a que trois gan- glions. Les abdominaux sont au nombre de six, émettant de.- paires de nerfs, que la figure indiquera suiïlsammcnt. Malgré son extérieur musciformc, le Bibio, placé aux coiilins des Diptères némocères avec les Brachocères, se rattache, par son .système nerveux, à la famille des Tipulaires, où on l'a col- loque à bon droit; mais il va nous offrir une de ces transitions organiques si intéressantes à mettre en relief, (ict insecte a .six sur. LES DIPTERES. 181 ganglions abdominaux distincts; mais au lieu des trois ganglions thoraciques soudés, propres auxTipulaires légitimes, il n'en existe que deux séparés l'un de l'autre, quoique rapprocliés. Le plus postérieur est grand et arrondi. Ce même nombre existe aussi dans le Sciara, et quoique je ne l'aie pas constaté dans le lihy- phus, l'analogie viscérale et le poste occupé par cette Tipulaire florale dans le cadre entomologique me portent à croire qu'il offrira une semblable disposition. Cette différence numérique des ganglions thoraciques dans les dernières Tipulaires nous con- duit, comme par la main, au groupe qui les suit dans la série. La famille des Tabaniens, qui suit les Tipulaires, a sa cbaîne ganglionnaire de sept ganglions seulement; par conséquent, elle en a deux de moins que ces dernières : je n'en conclus pas ce- pendant que les Tabaniens, insectes robustes et sanguinaires, aient une organisation inférieure à celle des Tipulaires. Leiu' sys- tème nerveux a un développement, une masse cérébro-rachi- dienne et une concentration de la pulpe nerveuse qui pourraient bien balancer avec quelque avantage la multiplicité des centres nerveux. C'est là une question physiologique que je n'entrepren- drai pas de résoudre en ce moment. Je prendrai pour type de ma description le Tab. bovinus, et je ne reviendrai pas sur les divisions et les détails de structure que j'ai exposés dans les Ti- pulaires. Son cerveau, à cause du grand développement des yeux , est , dans sa situation naturelle, presque entièrement recouvert par les rétines oculaires, et il faut le renverser, ainsi que le repré- sente l'une de mes figures , pour mettre ses hémisphères en évi- dence. Comme j'ai eu occasion d'étudier dans cet insecte les parties constitutives de l'œil, j'en dirai deux mots sans prétendre traiter à fond cette question. La choroïde ou Vavée de Swammerdam est un tissu membraniforme violacé, inteinnédiaire à la cornée et à la rétine. C'est un organe comme parencbyniateux, sur lequel Muller nous a donné des notions bien plus positives que ses de- 182 RECHERCHES ANATOMIQLES ET PHYSIOLOGIQUES vanciers; sa configuration est parfaitement ceile de la cornée, dont elle tapisse toute la surface interne. Cet organe se détache si faci- lement, par la macération, des surfaces avec lesquelles il est en contact, qu'on croirait, au premier coup d'œil, que ses connexions se boi'nent à une simple contiguïté; mais une étude attentive prouve que les divisions fragiles et insaisissables du nerf optique, ainsi que les trachéoles nutritives les plus fines, le pénètrent de toutes parts. Sa surface sous-corncenne paraît alors velue, veloutée. à cause de la saillie des cristallins, qui ne m'ont pas paru des cônes, comme les appelle Muller, mais des cylindres hexagonaux étroitement pressés entre eux et en nombre égal à celui des cel- lules de la cornée; sa surface réiinéenne est élégamment brodée par des trachées rayonnantes d'où partent, sans doute, les tra- chéoles nutritives qui se distribuent aux cristallins et au pigment violet. Mes figures me dispensent de m'étendre sur ce point. Après le collier œsophagien vient le bulùc rachidicn, suivi d'un cordon simple assez long, qui fournit trois paires de petits nerfs. Il n'existe qu'un seul ganglion thoraciqae, mais grand, ovale-ellip- tique, émettant sept paires de nerfs et représentant les trois gan- glions soudés des Tipulaires. Le chapelet abdominal n'est que de cinq ganglions, mais le dernier est évidemment formé par la fu- sion de deux , ainsi que le prouve le nombre de nerfs qu'il four- nit. Ce chapelet présente cette disposition singulière, qu'au lieu d'être tout renfermé dans la cavité abdominale, il se trouve en grande partie dans le thorax et à cheval' sur le détroit thoraco- abdominal, de manière que le dernier ganglion ne dépasse pas le second segment ventral. Ces ganglions ovales arrondis sont d'autant plus rapjjrochés entre eux qu'ils sont plus postérieurs; l'avant-dernier et le dernier sont même contigus. Chaque gan- glion abdominal fournit par ses angles postérieurs une paire de nerfs dirigée en arrière. Cette direction est la conséquence de la situation des ganglions abdominaux dans le thorax. Elle prouve la légitimité de leur dénomination , en même temps qu'elle dépose contre l'idée que cette position à cheval entre les deux cavités SUR LES DIPTÈRES. 183 pourrait être accidentelle : je l'ai, d'ailleurs, confirmée dans plu- sieurs espèces de Tabanus. Le dernier ganglion se termine par un cordon médian assez long d'où naissent symétriquement six paires de nerfs. Dans le Pangonia, qui diffère surtout du Tabanus par la longueur de son suçoir, la chaîne abdominale est de six ganglions distincts et séparés, tous renfermés dans la cavité et à égale distance les uns des autres, à l'exception du dernier. Dans la femelle de ce Pangonia, les trois derniers ganglions sont moins distants entre eux que dans le mâle. J'aurai occasion bientôt de signaler des diffé- rences plus remarquables du système nerveux suivant les sexes'. La famille des Stratyomides, dont j'ai étudié le système nerveux, surtout dans YEphippiam, a le même nombre, la même disposi- tion des ganglions racbidiens que le Pangonia de la famille pré- cédente, c'est-à-dire un thoracique et six abdominaux distincts. Dans les Odontoinyia et le Vappu, je n'ai constaté que cinq de ces derniers, le terminal ovalaire plus grand; dans le Chrysomyia, six , dont les trois derniers contigus. On retrouve dans la famille des Asiliques [Lapliria falva , Dasy- pogon panctatus) la même composition numérique de la chaîne ganglionnaire que dans lesTipulaires, savoir : neuf ganglions, dont trois thoraciques contigus, mais non soudés, et six abdominaux bien séparés. Nous avons vu que les larves desTipules avaient deux ganglions de plus que les insectes ailés. La larve d'un Asilique [Laphria alra), dont je réserve pour un mémoire particulier l'histoire des méta- morphoses et de l'anatomie, en a trois déplus. Indépendamment du cerveau, il y a cinq ganglions thoraciques non contigus et sept abdominaux. Je n'ai trouvé dans le Cyrlm que quatre ganglions abdominaux; les deux derniers plus rapprochés. ' J"ai reconnu à l'origine supérieure du ventricule chyiifique Ju Tab. boviims un ganglion lenticulaire qui se rattache au système nerveux stomalo-jaslriquc de Braï]c\i; raaisjen'ai pas des observalions assez précises pour en e.iposer la description. 184 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES Le système nerveux des Bonibyliers a ia plus parfaite analogie avec celui des Asiliques : trois ganglions ihoraciques et six abdo- minaux. Celui des Anthraciens, qui les suivent immédiatement, est semblable à celui des Stratyomides : un ganglion thoracique fort grand et six abdominaux. Que penser de cette famille des Brachystomes, fondée par M. Macquart , avec des types si mal assortis , si antipathiques , tant pour les formes extérieures que pour le genre de vie et l'or- ganisation viscérale ? Peut-on ne pas reconnaître d'invincibles répugnances entre le Thereva, le Dolichopiis, le Syrphus, enfermés dans la même enceinte? L'étude comparative du système nerveux s'oppose formellement à cette alliance. Dans les Thércvides et les Leptides, la série des ganglions est conforme à celle des Stratyomides; mais, dans les premiers, les deux derniers abdominaux sont soudés, tandis qu'ils sont séparés dans les Leptides. La belle famille des Syrphides ne ressemble pas du tout pour la composition de son système nerveux aux deux précédentes. J'ai surtout étudié ce système dans le lolucella, et je l'ai confirmé dans les Eristalis, Syrphus, Rhingia, Cheilosia, etc. Il consiste en trois ganglions racliidiens, un thoracique et deux abdominaux. Le thoracique occupe le tiers antérieur du thorax : il est grand, ovalaire, et émet six paires principales de nerfs el plusieurs pe- tites. Les aic/o/ninaHa; ont leur premier petit, placé sur le troisième segment ventral et ne fournissant qu'une seule paire de nerfs; il est séparé du thoracique par un fort long cordon qui ne m'a paru donner naissance à aucun nerf. Le dernier, prcscpie aussi grand que le thoracique, est situé au tiers postérieur de l'abdomen : il en naît quatre paires de nerfs. Le genre Scenopinas semble avoir été mis au monde pour le tourment et le désespoir des classificateurs : c'est une pomme de discorde lancée dans l'arène entomologique. Il est certainement plus facile de dire là où cet insecte se trouve déplacé que de lui assigner son véritable rang dans le cadre. Il faut encore le con- SUR LES DIPTÈRES. 185 sidérer comme im Diptère à parti prendre, comme une famille errante et nomade. Qu'il me suffise en ce moment d'annoncer que son système nerveux ne ressemble ni à celui des Syrphides, qui le précèdent, ni à celui des Conopsaires et des Muscides, qui le suivent : il aurait plutôt des rapports avec les Thcreva. 11 a cinq ganglions abdominaux distincts (au lieu de six); le dernier, plus grand, à peine un peu plus rapproché de celui qui le précède. La famille des Conopsaires, à laquelle, à l'exemple de Latreilie, je réunis les Myopa, a un appareil sensitif qui justifie pleinement cette union. Indépendamment du nombre fort restreint de ses ganglions racbidiens , cet appareil va nous oifrir un fait bien sin- gulier : c'est que sa disposition et sa distribution sont fort diffé- rentes suivant les sexes. Je décrirai celui du Conops rujipcs; mais j'ai constaté sa conformité dans le Myopa ferraginea. Les conopsaires n'ont que deux ganglions. Le thoracique est, dans les deux sexes, grand, ovalaire, encbatonné au milieu du thorax, et fournit trois paires principales de nerfs. Dans le mâle , le cordon interganglionnaire, thoraco-abdominal, est simple d'un bout à l'autre , et bien plus court que dans la femelle ; celle-ci a ce même cordon pareillement simple dans son trajet du thorax, où il émet deux paires de nerfs; mais, à son entrée dans l'abdomen, il se divise aussitôt en deux longs filets, qui demeurent distincts et séparés jusqu'à leur insertion au ganglion abdominal. Chacun de ces filets fournit vers son tiers postérieur un nerf récurrent assez grand. Dans ce sexe, il part aussi de la partie postérieure du ganglion thoracique, à droite et à gauche du coi'don intergan- glionnaire, un long filet nerveux, non rameux, qui va s'insérer au ganglion de l'abdomen, et qui n'a pas son analogue dans le mâle. Le ganglion abdominal est arrondi , plus petit que le thora- cique : dans le mâle, il est situé avant le milieu de l'abdomen; dans la femelle, tout â fait au bout de celui-ci, à la hauteur de l'origine de l'oviducte. Un coup d'œil comparatif jeté sur les figures de ces deux systèmes nerveux me dispensera de plus de 11. 186 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES détails. J'avoue que je n'ai point des idées arrêtées sur les causes ou les motifs de ces dissemblances de l'appareil nerveux dans les sexes. Dans la famille des OEstrides et dans celle des Muscides calypté- rées, que j'ai composée provisoirement avec cette immense na- tion des Muscides créophiles et anthomizydes de M. Macquart, les centres nerveux se réduisent au cerveau et à un seul ganglion rachidien. Ce dernier est, dans YŒstrm, plus oblong que dans les véritables Muscides , et il offre en arrière comme le vestige d'un autre ganglion soudé, terminé par un cordon simple assez long. Après la description et l'iconographie que j'ai données du sys- tème nerveux des trois morphoses (larve, nymphe et insecte ailé) delà sarcophage, dans un travail dont l'Académie a daigné voter l'admission dans ses mémoires, je craindrais de surchar- ger la science en reproduisant ici ces détails. Pour ne pas me dé- vier du plan adopté, pour ne point laisser de lacune, je me bor- nerai, en choisissant comme objet de comparaison et de contrôle, un autre type dans le même groupe des Muscides calyptérées, la Calliphora vomitoria ou mouche bleue de la viande , à tracer ra- pidement son appareil sensitif. Les hémisphères cérébraux, lorsqu'on les étudie étalés, s'é- panouissent chacun en une masse optique subréniforme couron- née par la rétine oculaire et sa choroïde. Le bord antérieur du plancher inférieur du cerveau a deux petits mamelons qui émettent les deux nerfs buccaux, tandis que les nerfs antennaires naissent au-dessous de ces mamelons. Le nerf ocellaire est simple, mais renflé à son extrémité, qui laisse apercevoir les trois choroïdes des ocelles , sessiles en apparence , mais où une autopsie heureuse m'a permis de distinguer trois courts pédi- celles nerveux. La partie postérieure du cerveau , qu'on serait tenté d'appeler cervelet ou bulbe rachidien, est percée d'une fente oblongue lon- gitudinale pour le collier œsophagien. Le cordon simple qui l'unit au ganglion rachidien émel trois petites paires de nerfs. SUR LES DIPTÈRES. 187 Ce dernier ganglion est unique, grand, ovalaire, thoracique. De ses côtés partent, comme à l'ordinaire, les trois paires de nerfs cruraux, sans compter plusieurs autres d'un petit calibre. Il se continue en arrière en un nerf médian grêle et long, d'où partent des paires symétriques de nerfs digestifs (cinq), et il se bifurque en deux grands nerfs génitaux. Le système nerveux, des Muscidcs acalyptérées n'offre pas, dans les diverses peuplades de ce groupe, cette conformité de composition ganglionnaire observée dans les calyptérées. Nous ve- nons de voir dans celles-ci un ganglion unique , et il est thora- cique; tandis que, parmi les acalyptérées disséquées jusqu'à ce jour, j'ai trouvé tantôt trois de ces ganglions [Ortalis], tantôt deux (Tetanocera, Loxocera, Platysloma), tantôt, enfin, et c'est l'im- mense majorité, un seul. J'avoue que cette dissemblance de com- position dans un appareil de première importance organique ébranle fortement mes convictions sur la légitimité de ce groupe , qu'il faudra, sans doute, diviser en plusieurs familles diverse- ment combinées. Je borne à ces quelques lignes ce qui concerne l'appareil sen- sitif des Muscides acalyptérées. Toutefois, je ne saurais passer sous silence un fait anatomique du plus piquant intérêt fourni par l'hippobosque , un des derniers genres de tout l'ordre des Diptères : je crois ce fait applicable à la généralité" des insectes. Les paires de nerfs qui partent du ganglion rachidien unique de l'hippobosque sont disposées sur deux plans : l'un dorsal , l'autre ventral. Celte disposition porterait à penser que de ces nerfs les uns président au mouvement et les autres au sentiment, comme cela existe dans les nerfs rachidiens des animaux le plus haut placés. 188 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES CHAPITRE II. APPAREIL RESPIRATOIRE. Dans les Diptères, comme dans tous les' insectes à trachées, l'appareil respiratoire semble cumuler deux fonctions , la respi- ration et la circulation. Toute expression dubitative doit même être exclue, et l'on peut alTirmer que le mode de distribution de cet appareil, qui se divise et se subdivise à l'infini, comme les vaisseaux sanguins des vertébrés, rend incompatible une préten- due circulation de liquide avec une positive circulation d'air : celle-ci annule par le fait la première. 1° Stujmates. — 11 y en a le plus souvent deux paires ihora- ciqaes : l'une, mésolhoracùjue , située au-dessous de l'angle anté- rieur du thorax, ayant l'ouverture presque perpendiculaire à l'axe du corps; l'autre, métailioracUjue , occupant un sinus tégumcn- taire au-dessus du trochanter postérieur et ayant l'ouverture très- oblique. Ces stigmates sont ordinairement oblongs, grands, à deux valves taillées en biseau pour se recouvrir mutuellement dans l'acte respiratoire. Ces valves sont glabres sur leurs bords dans les Tipulaires, garnies de cils fournis ou de franges dans les Tabaniens; ces stigmates sont ronds et comme operculés dans ÏEchinomyia, lomenteux dans le Calliphora. La famille des Pupi- pares , la dernière de l'ordre, olTre des singularités pour le nombre de ces stigmates thoraciques : le mélophage, insecte aptère , en a deux paires , et l'hippobosque , ainsi que l'ornithomy e , insectes ailés, n'en ont qu'une. On peut voir dans mon travail spé- cial sur l'anatomie des Pupipares^ l'explication que j'ai donnée de ces différents cas. Elle est déduite des habitudes et du genre de vie de ces divers genres de Diptères. Les stigmates abdominaux sont établis, les uns sur le segment dorsal lui-même, les autres sur la membi'ane souple qui sépare les segments dorsaux des ventraux : de là leur division en stig- ' Études anat. et physiol. sur ks Pupiparcs. {Annales des Se. mit. i' s('rie. i.lU; i8l5.) SUR LES DIPTERES. 189 mates segmeniaires et intersegmentaires. Cette division, aussi impor- tante que naturelle, est applicable aux stigmates abdominaux des insectes des autres ordres. Ces orifices respiratoires, toujours disposés par paires symétriques sur les côtés de l'abdomen, diffè- rent aussi par leur nombresuivant les familles : ceux des Culicides sont, intersegmentaires et au nombre de six, en points ronds. Je n'ai pas découvert, non plus que Réaumur, les stignialcs abdomi- naux des Tipulaires : j'en appelle à de nouvelles explorations. ll.'~ sont pareillement intersegmentaires dans lesTabaniens, Asiliques, Syrpbides, mais au nombre de cinq dans les premiers et les der- niers, de six dans les seconds. Ceux des Muscides calyptérées sonl segmcntaires , aunombx'e de cinq petits et ronds, nicbés au milieu des poils du tégument. Le premier est fort difficile à découvrir, parce cju'il est placé sur un segment rudimentaire de la base de l'ab- domen, et il m'a fallu violer la perspective dans le dessin pour le mettre en évidence. Parmi les Muscides acalyplérées, le Platys- toma les a segmentaires, et ils m'ont semblé au nombre de trois paires seulement, ce qui est fort extraordinaire. Les deux premières sont semblables à de petits points noirs; la troisième, située près de l'oviscapte, est grande, oblongue, elUpsoïdalc. Dans le A«î!o/)0(/«, genre très-voisin du précédent, les stigmates abdominaux sont intersegmentaires et au nombre de cinq paires. Parmi les Pupi- pares, l'bippobosque n'a que cinq paires de stigmates abdomi- naux nicbés sur le tégument; il y en a sept dans le mélopbage. 2° Trachées. J'ai étudié avec un soin scrupuleux leurs diverses formes dans toutes les espèces soumises à mon scalpel, afin de les faire concorder, soit avec la classification, soit avec les autres appareils organiques. En faisant dans mes dossiei's d'observations le relevé statistique de ces formes, j'ai été surpris des résultats curieux et inespérés que j'ai obtenus. Avant d'exposer ceux-ci, il est bon de. dire que les Diptères ont les deux ordres de tracbées qui se rencontrent en général dans tous les insectes, savoir : les lahiilaires ou élastiques, dont l'existence est constante et que je ne m'attacherai pas à décrire , 190 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES el les vésiciilaircs ou membraneuses, qui ne sont pas indispen- sables. Ces dernières servent exclusivement au vol, et l'animal, suivant les besoins de cet exercice aérien , peut à volonté les enfler à divers degrés. Je distingue, dans les tracbces vésiculaires, trois lormes parti- culières : i" les ballons ou aéroslals, vastes réservoirs logés à la base de la cavité al^dominale, s'anastomosant d'une part avec les ulricules thoraciques, de l'autre avec les canaux bronchiques ou les grandes trachées latérales. Le plus ordinairement, il n'y en a qu'une paire, et quelquefois ils manquent entièrement; 2° les atricules thoraciques, réservoirs de moyenne grandeur, parfois même très-petits, mais ne manquant presque jamais; 3° les bulles céphaliques, vésicules d'une petitesse extrême et prodigieusement multipliées dans le crâne, où, en même temps qu'elles servent d'édredon au cerveau, elles facilitent, en diminuant la pesanteur de la tête, la direction des mouvements généraux. En parcourant la série des familles, je signalerai celles qui sont pourvues ou privées de ballons trachéens. Nous trouverons des faits piquants d'une explication parfois embarrassante. Il existe une paire de ces ballons dans les Culicides, les Tipu- laires et les Tabaniens. On connaît le sifflement aigu des premiers et le bourdonnement nourri des derniers. Quant aux Tipulaires, dont le vol est peu bruyant, mais assez actif après le coucher du soleil, leurs ballons sont aussi beaucoup plus petits. Dans la fa- mille des Stratiomydes , YEphippium et les Straliomys ont deux aéros- tats, tandis que les Sargas, Chrysomyia, Vappo, qui terminent ce groupe, n'en ont pas; mais les allures paisibles et le vol silencieux de ces trois derniers genres justifient cette privation. Les Asi- liques , chasseurs robustes qui se précipitent comme un trait sur leur proie, qu'ils entraînent dans les airs, ont tous deux ballons, et les Empides, leurs voisins, n'en ont pas, tandis que le Cyrius, qui succède à ces derniers, en est pourvu. Et que penser de l'ab- sence complète des aérostats dans les Bombyliers, dont j'ai dissé- qué sept espèces? Comprenez-vous une privation aussi absolue SUR LES DIPTERES. 191 dans des insectes dont la vie si agitée est toujours aérienne , et dont le bourdonnement aigu, origine de leur dénomination, est susceptible sous un soleil ardent de toutes les modulations? La nature ne nous doit pas compte de ses infractions à nos lois. Pas- sons outre et déclinons encore notre compétence devant les An- thraciens. Diptères tout aussi bien aéricoles que les précédents, mais bien moins vifs et nullement bourdonnants , qui, cependant, portent dans leurs flancs deux grands ballons arrondis. Les Théré- vides, prompts au vol et danseurs aériens, en ont aussi deux, et les Leptides, qui les suivent, en sont dépourvus. Les Dolichopodes, aussi rapides à la marche qu'au vol, et les brillants Syrphides, qui partagent leur existence entre la corolle qu'ils effleurent, et leurs danses amoureuses, leurs équilibres aériens, sont munis d'aéros- tats parfaitement conditionnés. Le Scenopiniis, jeté par l'imperfec- tion de nos méthodes entre deux grandes nations de Diptères aérostatiques, vient témoigner de la privation des locomotives atmosphériques par ses habitudes sédentaires, sa marche lente et monotone, son peu d'aptitude à mettre en exercice des ailes toujours ployées et comme collées sur son corps. Les OEstrides, re- marquables par le bourdonnement aigu et la prestesse du vol , et cette longue série des Muscides calyplérées, des Dexia, Echynomyia Musca, Lucilia, Anthomyia, etc. tous Diptères essentiellement actifs, turbulents et bruyants dans leurs exercices aériens, ont une paire de ballons :je l'ai vérifié sur quarante et une espèces. La catégorie non moins populeuse des Muscides acalyptérées, depuis le Sepedon jusqu'au Sphœrocera, de ces petites mouches qui habitent ou les rivages solitaires, ou les plantes marécageuses, ou les lieux ombra- gés, qui ont une démarche grave et compassée, un vol paisible et rtiuet; ces Diptères, dis-je , dont j'ai disséqué quarante-six es- pèces, sont tous, sans exception, déshérités d'aérostats comme de cueillerons aux balanciers. Enfin, YHippoboscu, qui termine la chaîne diptérologique , confirme l'absence de ballons pai- son mhabileté à un vol soutenu et par sa vie parasite passée dans les régions les plus abritées du cheval. 19-2 RP:CHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES APPAREIL RESPIRATOIRE DES LARVES. Pour compléter, autant que le permettent nos connaissances actuelles, ce qui concerne l'appareil respiratoire des Diptères, je vais exposer succinctement mes recherches sur celui des larves Je ces insectes en prenant pour types de ces organes de la respi- ration ceux qui offrent des combinaisons diverses fournies par le nombre des stigmates. Ce nombre , jusqu'à présent , se borne à une, à deux ou à huit paires. Dans la famille des Tipulaires , on trouve les deux extrêmes de la combinaison. Dans les larves hémicéphalées terricoles, il n'y a qiiuiie seule paire de stigmates, et il y en a huit dans les fongi- vores. Ces stigmates, dans la larve terricole du Tipula liinala, sont postérieurs et logés dans la caverne stigmatique du bout de l'ab- domen. Ils se présentent au dehors sous l'aspect de deux plaques orbicidaires a.ssez grandes, rapprochées, noires, avec un limbe moins foncé. Quelles qu'aient été et l'inspection la plus scrupu- leuse et mes expérimentations sur la larve tranquille ou violentée, à sec ou immergée, je n'ai jamais pu saisir le moindre mouve- ment qui pût se rapporter au jeu, au mécanisme de la respiration. Après avoir isolé le stigmate , après avoir soigneusement raclé le pigment qui forme la couleur noire du disque, après avoir, dans une cird^stance , détaché avec bonheur un grand lambeau de ce pigment sans offenser la trame sous-jacente, je l'ai soumis à la plus puissante lentille de mon microscope et j'ai cru y reconnaître de petits points ou des trous disposés sans ordre, de manière que je comparais cette membrane à un crible. Quant au limbe moins foncé, on y reconnaît de fines lignes transversales subgéminées sur un fond presque diaphane. Cette dernière texture rappelle celle, plus facile à constater, des stigmates en fer à cheval des larves de Coléoptères lamellicornes [Eclonia, Orjcles). Les trachées de notre larve de Tipule forment, par leur en- SUR LES DIPTÈRES. 193 semble , un système vasculaire complet , d'une parfaite symétrie , et établissant ainsi , non-seulement une circulation , mais presque une double circulation acrifère. Les canaux bronchiques latéraux s'insèrent au centre des stigmates et conservent le même calibre jusqu'à la partie antérieure du corps; là, ils s'atténuent pour s'a- nastomoser entre eux, soit par des arcades, soit par des conduits traversiers antérieurs ou postérieurs. Dans leur trajet, les canaux bronchiques plus ou moins sinueux fournissent des trachées nu tritives assez symétriques : la figure dira le reste. Toutefois, je décrirai en peu de mots le petit système trachéen qui revêt la face interne des stigmates. Il y a à celle-ci une houppe orbiculaire, une sorte de parenchyme formé par une immense quantité (des centaines) de trachéoles blanches bien nacrées, d'une finesse qui surpasse celle du brin le plus délié de la soie, et dont le micro- scope met en évidence les subtiles ramifications. En déchirant cette houppe, cette curieuse ébauche de poumon, j'ai bien aperçu les souches trachéennes où elle prend sans doute naissance; mais je n'ai pas constaté son mode de connexion avec le stigmate. Les larves céphalées fongivores des Tipulaires [Mycefophila iner- mis) ont huit paires de stigmates sous la forme de très-petits points noirs situés à nu sur les côtés du corps, savoir : une thoraci(/ve . plus grande au premier segment après la tête, et sept abdominales aux sept segments qui suivent le troisième. Les canaux bron- chiques paraissent naître directement des stigmates thoraciques et régnent parallèlement de chaque côté de la région dorsale en émettant un grand nombre de branches nutritives. Elles reçoi- vent de chaque stigrnate abdominal un conduit simple et court , et communiquent ensemble par autant de canaux traversiers qu'il y a de segments. Quel système circulatoire trouverez-vous plus symétrique , plus élégant, plus parfait que celui-là? Un regard sur son por- trait suppléera à une description détaillée. Voyez comme ces nombreux canaux ti'aversiers sont aptes à favoriser la circulation de l'air et à obvier aux embarras que les vicissitudes de la vie n- 25 194 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES pourraient faire éprouver à l'un ou à rautre des canaux bron- chiques ! Si dans la larve terricole où l'appareil trachéen se réduit à une seide anse continue dont les bouts sont les deux stigmates, l'ins- piration et l'expiration ont évidemment lieu par ceux-ci, le grand nombre des orifices respiratoires de la larve fongivore peut nous laisser des doutes sur ce point. Peut-être bien que c'est par les stigmates antérieurs, qui sont les plus grands, qu'a lieu la prise d'air et que sa sortie s'effectue par les stigmates abdominaux. Les larves acéphalées des Muscides ont deux paires de stig- mates ;fune, postérieure, simple; l'autre, antérieure, à plusieurs digitations et à plusieurs ostioles respiratoires. Dans un mémoire qui est encore entre les mains de l'Académie, qui traite et de la prétendue circulation et des métamorphoses organiques dans les trois états de la mouche vivipare ou sarcophage, j'ai fait connaître le système respiratoire de la larve de celle-ci : ce sont les stigmates postériem's qui inspirent l'air, et les antérieurs qui l'expirent. Dans les trois formes différentes de respiration que je viens de signaler, le phénomène physiologique est toujours le même. CHAPITRE III. APPAREIL DIGESTIF E.N GÉNÉRAL. Les Diptères, par la slructure de leur bouche, sont destinés à pomper, à sucer, à lécher un ahment liquide ou pulvérulent. Quelques-uns d'entre eux, comme Asilus, Scatophaga, etc. peuvenl saisir une proie vivante , la déchirer, la broyer, soit avec leurs griffes, soit avec quelques parties de leur bouche, et la disposer ainsi à être sucée ou avalée. On appelle suçoir ou trompe leur bouche. Ce suçoir a des formes une composition qui varient de- puis celle du Bombylius, qui, toujours en évidence et inolfensive, a la longueur du corps, jusqu'à celle du Tabanus, qui est un ins- SUR LES DIPTÈRES. 195 trunient vulnérant, et à ceile du Musca, propre à lécher, rétrac- tile el invisible clans le repos. L'appareil de la digestion se compose des glandes salivaires ei du tube alimentaire avec ses annexes. Les glandes salivaires existent dans tous les Diptères et soni toujours simples , c'est-à-dire formées pour chaque côté par un seul vaisseau ou boyau blanchâtre ou diaphane, suivant le degré d'élaboration de la salive, tantôt plus ou moins long et capil- laire, flexueux, reployé ou pelotonné, tantôt en bourse ovalaire ou oblonguc. Ces vaisseaux sont sécréleurs par leurs parois, ré- servoirs par leur cavité. Ils aboutissent en avant à un col efférent, et les deux cols se confondent dans la tête en un seul conduit excréteur capillaire, qui verse dans la bouche le produit de la sécrétion. Cette composition, cette explication, sont communes à tout l'oi'dre. Le tabe alimentaire présente, relativement à son étendue, de curieuses différences depuis le Culex, où il n'a que la longueur du corps jusqu'à YHippobosca, où cette longueur a huit à neuf fois celle de l'insecte. Cette progression croissante à mesure que l'or- ganisation est moins élevée est un fait aussi piquant que rigou- reusement établi. Les contenta de ce tube peuvent éclairer sur le genre de nourriture des insectes. Cet organe se compose, en suivant l'ordre de leur position, de Yœsophage, de la panse, du ventricule chylifique, des vaisseaux hépatiques et de l'intestin. Dans quelques espèces, il est aussi le siège d'une glande odorifique (Sepsidées). Uœsophage est, en général, fort court et d'une grande ténuité. Je me dispenserai de le mentionner désormais dans l'histoire de.s familles , à moins qu'il ne présente quelque particularité. Lu panse, qui, à quelques exceptions près [Asilas, Pupipares), ne manque jamais dans les Diptères, est constamment placée au côté gauche du tube digestif, l'insecte étant posé, quant à l'œil de l'observateur, dans l'attitude de la marche en avant. On dis- tingue à cet organe : i° un col tubulcux et grêle, inséré à la 25* 196 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES terminaison rie l'œsophage; 2" un réservoir, le plus souvent logé à la base de la cavité abdominale, dont la configiualion est tantôt simplement ovoïde, tantôt, et c'est le plus ordinaire, bilobée ou en bissac. Cet organe, ainsi que le prouve son insertion avant l'o- rigine du ventricule cliylifique, est le premier réceptacle de l'ali- ment et paraît favorable à la rumination. Le ventricule chylifique forme la plus grande longueur du canal alimentaire, et c'est lui qui se reploie en circonvolutions. C'est dans cet organe que l'aliment mélangé, combiné avec la bile, reçoit les conditions qui le rendent propre à l'assimilation. Son oi'ifice a , dans les grandes divisions de l'ordre , une configuration et une structure fort différentes. Ainsi , il est simple dans quel- ques Tipulaires çt dans les derniers genres des Diptères. Il s'ac- compagne dans les Tabaniens, Asiliques, Stratiomydes, Bomby- liers, Rhagionides, Dolichopodes, Scénopiens, de deux bourses vcntriculaircs simples. Ces bourses ne sont que des prolongements latéraux, des boursouflures régulières et permanentes des parois de l'organe ; elles sont destinées au séjour, à l'élaboration de la bouillie alimentaire : elles sont doubles ou appendiculées dans tous les Syrpbides. 1^'orifice du ventricule est formé d'un godet ou bourrelet orbiculaire et ombiliqué, dans les Conopsaires et les deux familles des Muscides. Les vaisseaux hépatiques ou biliaires, presque toujours au nombre de quatre, rarement de cinq (Culcx), ont leurs extrémités flot- tantes, excepté dans les grandes Tipulaires, où ils forment deux anses très-rcployées, mais à quatre insertions. Ils ne s'insèrent jamais au rectum , en sorte que leurs fonctions ne sauraient être ambiguës; mais à l'extrémité postérieure du ventricule chylifique, quelquefois par quatre points isolés, le plus souvent par deux canaud cholédoques, dont chacun est faboutissant de deux vaisseaux, rare- mentpar un seul canal commun aux quatre vaisseaux (Stratiomydes). Vintestin, distinct du ventricule chylifique par une valvule qui correspond à Yiléo-cœcale des grands animaux, est d'abord grêle et filiforme. Avant de se terminer à l'anus, il se renfle en un rec- SUR LES DIPTERES. 197 tum ovale ou oblong où se voient ordinairement quatre boutons charnus ou orbiculaires ou conoïdes. Ces boutons , au moins dans plusieurs Diptères (les Pupipares surtout), sont des muscles papil- liformes, dont la base est fixée aux parois de l'organe et visible à l'extérieur, tandis que le reste est comme pendant dans la cavité du rectum; ils ne sont pas étrangers à la défécation. CHAPITRE IV. APPAREIL GÉNITAL EN GÉNÉRAL. i" Appareil génital mâle. — Il se compose, comme dans les insectes des autres ordres, et même comme dans les animaux en général, de testicules, de conduits déférents, de vésicules séminales, du canal éjaculatear et de la verge, qui est renfermée dans Varmure copulatricc. Les testicules, placés vei'S la fin de la cavité abdominale, sont des organes binaires, et chacun d'eux est toujours simple, c'est-à- dire unicapsulaire; ils sont libres, indépendants l'un de l'autre, excepté dans quelques Asiliques, où les deux sont renfermés dans une enveloppe commune accessoire, un véritable scrotum. Leur configuration varie à l'infini depuis l'ovalaire ou l'oblonguc jusqu'à la filiforme, plus ou moins enroulée ou agglomérée; leur couleur est blanchâtre dans lesTipulaires, Tabaniens, etc. d'un brun plus ou moins intense à l'extérieur dans les Asiliques, Muscides, etc. Les conduits déférents, le plus souvent grêles comme un fil , ont une longueur différente suivant les genres ; quelquefois, on ne les distingue pas du testicule, dont ils ne semblent que la continua- tion. Ils sont parfois d'une extrême brièveté et presque nuls. Ce n'est que fort rarement qu'on leur trouve des renflements ou des replis particuliers qui simulent un épididymc. II n'existe ordinairement qu'une seide paire de vésicules sémi- nales. Les conduits déférents s'y insèi-ent immédiatement avant qu'elles confluent pour la formation du canal éjaculateur. Dans cl 108 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQT'ES quelques Muscides acalyptérées, ces vésicules sont doubles de chaque côté , et dans plusieui's genres des calyptérées [Mtisca, Cur- lonevra, etc.) elles n'existent pas du tout. Leiu' forme se diver- sifie suivant les I;uullles, depuis celle d'un réservoir ovalaire jus- qu'à celle d'un filet tuLuleux, dont la longueur, tantôt égale à peine celle du testicide, et tantôt se reploie en agglomérations inextricables; quelquefois, il existe une de ces vésicules impaire. Le canal éjaculateiir, ou le tronc commun de tout f appareil sé- créteur et conservateur du sperme, a aussi ses diversités de formes. Il est parfois excessivement court (Cidicides), et dans d'autres familles, fort long et reployé. Dans les Syrphides, il offre, comme un trait propre à cette famille, un réservoir spennaùciiie . Dans les espèces où les vésicules séminales manquent [Musca, etc.), sa longueur et ses flexuosités les remplacent. Uarmiirc copulatrice, réceptacle de la verge, est une machine des plus compliquées, destinée à se porter hors du corps lois de l'union des sexes. Les nombreuses pièces plus ou moins symé- triques, cornées ou coriacées qui la composent, combinent leur action, soit entre elles, soit avec les organes externes de la femelle pour consommer l'acte de la fécondation. Elle varie sui- vant les espèces et constitue , par sa configuration comme par sa structure, la garantie de l'inviolabilité des types spécifiques. 2° Appareil génital femelle. — Les organes qui entrent dans sa composition sont : les ovaires, Yovidacte, la glande séhifir/ue avec les réservoirs séminaux, les œufs et Yoviscapie. Les ovaires sont constitués chacun par un faisceau de gaines nvigères courtes ou longues, en nombre déterminable ou innom- brable, uni ou pluriloculaires; leur étude peut déjà décider de l'abondance de la progéniture. L'ovaire a un calice ou central, ou mférie'ur ou postérieur, où les œufs à terme peuvent s'accumuler pour être au besoin transmis par un col à l'oviductc. Dans les Diptères vivipares, les œufs passent des ovaires dans des réservoirs particuliers où ils sui)i.ssent une incubation et une éclosion, de manière que ces réservoirs peuvent renfermer à la fois et des SUR LES DIPTERES. 199 œufs et des larves : je les ai appelés pour cela ovo-laivigères. Il est aussi des Diptères qui ne mettent au monde m œufs ni larves, mais des chrysalides ou pupcs : ce sont les Pupipares. Dans ce mode singulier de parturition, la mère ne donne le jour qu'à une seule chrysalide. ].''ovidactc est le tronc commun des ovaires, comme le canal éjaculateur est celui des organes spermifiques ; il présente de nombreuses modifications de longueur et de structure. Dans les Muscides vivipares, il se développe poiu- devenir le réceptacle des œufs et des larves; son orifice extérieur es) la vulve, et s'ac- compagne le plus souvent de deux appendices unis ou biarticu- lés que j'appelle les tentacules viilvaires. Ils ont pour fonction ou de servir de grandes lèvres lors du coït, ou de diriger, de coHo quer les œufs au moment de la ponte. Mais l'oviducte ne sert pas seulement à l'acte copulateur comme un vagin et à éconduire le produit de la gestation. Les œufs à terme , c'est-à-dire parvenus au dernier degré de leur croissance, n'ont pas encore reçu dans leurs gaines ovigères l'imprégnation prolifique, quoicpi'ils aient sans doute été mis en éveil par la commotion coïtale. A leur trajet dans l'oviducte, ils doivent re- cevoir d'un ensemble d'organes inséré sur celui-ci l'ablution sémi- nale et un enduit conservateur. Depuis plus de vingt ans, j'avais donné le nom de glande sèbifiqae à cet ensemble d'organes, dont les uns sont évidemment sécréteurs et les autres simplement réser- voirs. Aujourd'hui , qu'une étude plus approfondie de cet appareil complexe et que les découvertes importantes de Von Siebold et M. Loevv sont venues, sinon déchirer, du moins soulever le voile de ses attriliutions physiologiques , il convient de modifier une dénomination dont la signification est trop restreinte et trop par- tielle. Celle (Vappendices de l'oviducte de M. Loevv me semble peu physiologique, et j'adopterai, au moins provisoirement, la double désignation de résetvoir séminal et de çjlande séhifiquc. Ces deux organes ont une forme, une composition fort variables , suivant les familles, et je réserve pour l'étude anatomique de ces 200 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES familles l'exposition de ces curieuses dilTérences; je me bornerai actuellement à indiquer les fonctions respectives et la nomencla- ture des diverses parties de cet appareil. Quoique les auteurs précités aient diminué les incertitudes physiologiques sur ces or- ganes, ils sont loin d'avoir entièrement dissipé les miennes, ainsi qu'on le verra dans l'anatomie des familles. Les organes dont il est question ont, pour la plupart, leur insertion à la paroi supérieure de l'oviducte et à la moitié anté- rieure de ce conduit. Le réservoir séminal précède presque tou- jours la glande sébifique, et cette position respective est consé- quente aux attributions physiologiques de ces deux organes. S il est vrai, comme je le crois, que les œufs, au moment d'être pondus, sont enduits par un vernis conservateur fourni par la glande sébifique, il est de toute rigueur qu'auparavant ils soient fécondés par le baptême prolifique du réservoir séminal. Mais il existe entre mes dénominations techniques et celles de iVI. Loew une grave et singulière dissemblance, qui tient à la manière d'envisager les fonctions des organes. Ce savant appelle 'jlandc du mucus mon réservoir séminal, et receptaculum seininis ma glande sébifique. Il est tombé, je crois, dans un véritable (juipro- quo physiologique, et c'est en renversant les rôles qu'on arrive au vrai. Quoi qu'il en soit, je désigne sous le nom de réservoir séminal un organe presque toujours binaire ou pair, composé de deux bourses semblables, de configuration très-diverse, inséré en avant de la glande sébifique, et quelquefois muni d'un col com- mun fort court. La glande sébifique consiste, dans le plus gi-and nombre des Diptères, en trois vésicules suborbiculaires à centre plus ou moins noir, éminemment sécrctoires, que je nomme orhicclles el M. Loew capsules glanduliformes; ces orbicelles sont, en général. munis d'un conduit eférent subcapillaire, droit ou fléchi, ou flexueux ou roulé sur lui-même. Je ne com.prends pas comment M. Loew, après avoir reconnu dans cet organe tous les traits SUR LES DIPTÈRES. 201 propres à un appareil sécréteur, à une glande , a pu se laisser en- traîner à la dénomination si insignificative du recepiaculum seminis. Les œufs des Diptères sont ou ovales, ou oblongs ou allongés et parfois hémisphériques; la plupart sont blancs ou jaunâtres, mais il y en a de noirs comme du charbon (Tipules). IJoviscapte est un organe destiné à introduire, lors de la ponte, les œufs dans un milieu plus ou moins résistant; il varie singu- lièrement suivant les familles; quelquefois, il consiste en un ins- trument corné et à deux lames, toujours en évidence au bout de l'abdomen (Tipulaires) ; dans un très-grand nombre deDiplères, il se compose de plusieurs tubes rentrant les uns dans les autres, comme les tuyaux d'une lunette d'approche, et leur ensemble est rétractile au gré de l'insecte. CHAPITRE V. ■riSSD ADIPEUX SPI.ANCllNIQLK. Dans mes diverses publications entomotomiques , j'ai presque donné l'importance physiologique d'nn organe à ce tissu; il rem- plit, en effet, une fonction nutritive secondaire, en même temps que, peut-être, il contribue à concentrer autour des viscères la chaleur vitale. On sait que son abondance est en raison inverse de l'activité du genre de vie. Ce tissu existe en proportions variables dans les Diptères; mes nombreuses autopsies m'ont fourni, à ma vive surprise, des faits très-piquants sur sa quantité et sa nature suivant les habitudes des espèces. On conçoit quel soin scrupuleux il faut apporter pour recueiUir avec exactitude les résuhats si faiblement nuancés de semblables dissections; mais ces nuances n'en sont jjas moins des vérités. Les Cuhcides, insectes qui fuient la lumière du soleil et (jui sont exposés à des jeûnes plus ou moins prolongés ont, sous les viscères, une couche adipeuse grisâtre, assez fournie. Les Tipu- 202 RECHERCHES A.N ATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES laires, qui marchent peu et volent mal, ont, dans les grandes espèces , une pulpe graisseuse , blaûchâtre , formée de sachets ovalaires ou parfois de lambeaux éguenillés, grêles, entre-croisés, et enlaçant les viscères : cotte pulpe est prescjuc nulle dans le Ceroplalas. Ce ne sont que des granules libres, mais abondants dans les Macrocera, Sciara, Mycetophila. Le Rhyplius a une grande quantité de sachets oblongs. La graisse est moins considérable dans le Bibio, insecte plus diurne que les autres. Les Psychoda, qui vivent dans les réduits obscurs des fossés, ont de nombreuses granulations ovales ou arrondies. Les larves des Tipulaires terricoles, animaux voraces, aveugles et cachés dans les entrailles du sol , sont pourvues d'une assez grande abondance de tissu adipeux : celui-ci se présente sous la forme de napjoes ou de larges tabliers épiploïques blanchâtres, criblés de trous arrondis ou de réticulàtions comme une dentelle. Dans la larve du Xyphura, ce sont des lanières fort étroites, croi- sées en mailles lâches et irrégulières; celle du Ceroplatas a des lambeaux grisâtres , filiformes, flottants; celle du Mycetophila a de longs rubans déchiquetés où les granides sont disposés sur un même plan. Dans les Tabanicus , dont les femelles sanguinaires ont une vie très-active sous un soleil ardent, mais qui, dans les temps cou- verts et frais, sont retirées et souvent forcées à un régime austère, on trouve constamment autour du ventricule chylifique im grand châle épiploïque blanchâtre , formé de sachets enchevêtrés de trachéoles, et indépendamment de cela, si la dissection est heu- reuse, une membrane hyaline péritonéale, plus ou moins collée contre les parois abdominales. Parmi les Stratiomydes, YEphippium, de mœurs assez paisibles , a des granules adipeux libres et des .cachets grands assez fournis, tandis que les Slraliomys, plus actifs, n'ont presque pas de réserve graisseuse. Le Vappo et le Beris, assez sédentaires, ont, au-dessous des viscères, des gramdos détachés assez grands. Dans les Sargiis, qui n'ont pas beaucoup de vivacité, on trouve des sachets polymorphes abondants, formant avec les SUR LES DIPTÈRES. 203 ti-achées des espèces de grappes ou de guirlandes. Le Cyrtus a des granules libres nombreux; les Empis, assez volages, ont à peine quelques rares lambeaux d'une graisse jaunâtre; les Asiliques, chasseurs vigilants, le plus souvent en faction, d'un vol brusque, rapide, mais non prolongé , ont le châle ventriculaire des Taba- niens et de larges nappes sous-viscérales recouvertes de sachets. Les Anthraciens et les Bombyliers, dont l'existence aérienne est plus ou moins agitée, ont sous les viscères quelques lambeaux de nappes graisseuses; mais les premiers, incontestablement moins vifs, ont des granules détachés qui ne s'observent pas dans les seconds. Ces nuances ne sont futiles qu'en apparence. Les Dolicho- podes, lesThérévides, les Rhagionides, tous Diptères d'une vie assez active, ont à peine quelques follicules polymorphes et rarement des granules libres; les Syrphides , presque toujours suspendus en l'air et bourdonnants, ont quelques guenilles adipeuses rares; le Scenopinas, au contraire, d'un caractère morose et d'habitudes sédentaires, a abondamment une pulpe granuleuse blanche et des grains détachés, les deux formes du tissu adipeux qui an- noncent par leur réunion les propriétés vitales les moins éner- . giques. Nous ne connaissons pas bien les habitudes des Conop- .saires; mais à en juger par l'abondance des granules adipeux pul- vériformes, ils ne doivent pas être fort actifs. Les OEstrides m'ont offert dans le Cephalcmjia une enveloppe péritonéale aranéeuse, dans YŒstriis quelques granules libres : je parierais que le pre- mier a une vie plus agitée. Les Muscides calyptérées, qui, en gé- néral, se font remarquer et par la prestesse de leur vol bourdon- nant et par la rapidité de leur marche, ont une pulpe adipeuse médiocrement abondante sous la forme ou de granules libres, ou d'ime couche pariétale, ou de grumeaux; mais leur graisse est tou- jours blanche ou grise. Les Muscides acalyptérées, où les espèces sont presque toutes d'une humeur paisible et sédentaire, peu ha- biles au vol et à la course, ont une quantité assez considérable de tissu adipeux. Mes procès-verbaux de dissection m'ont donné des résultats singuliers. Les espèces des 5e/)ec/o/!, Tetanocera, Loxocera, j6' 204 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES genres riverains ou habitants des plantes marécageuses, ont au- dessous des viscères une couche pariétale d'une graisse fauve, chocolat ou blonde, et, outre cela, une pulpe grumeleuse blan- châtre située sur les organes; les Scalophafja et les Sfl/)ro/nj.'a, dont le genre de vie est bien différent, ont des flocons adipeux uni- formément blancs; les Helomyza, amis de l'ombre des forêts, mais non riverains , ont des lambeaux graisseux et des granules libres; le Tephritis, que j'ai souvent rencontré dans les bois pon- dant ses œufs sur les champignons parasites, a sous les viscères une couche pariétale chocolat, quoique l'espèce ne soit pas rive- raine : sa vie privée est encore à étudier. Le Platysloma, habitant grave et sédentaire des troncs d'arbres ombragés, a ime abon- dance singulière de granules adipeux sphériques, libres, blan- châtres, qui rappellent ceux que j'ai signalés dans les Ichneumons et autres Hyménoptères. Le Calobala et VUlidia, qui vivent sur les végétaux des bords ombragés des fossés, ont, le premier, une couche sous-viscérale fauve, le second, un ruban de cette couleiu' le long des flancs et des granules libres, blancs, pulvériformes. Le Lanxania a le ruban latéral de YUlidia, mais blond et sans gra- nules; le Lonchœa, genre contigu au précédent, a une couche sous-viscérale épaisse, blanche, et par-ci par-là quelques lam- beaux ferrugineux; VOchtera, malgré sa vie toute riveraine, n'a qu'une pulpe adipeuse grisâtre, et le Notiphila, cohabitant du même rivage, a des sachets ovalaires blancs suspendus aux tra- chées, .le n'ai aperçu dans le Teichomyza, domicilié des écuries, que des lambeaux polymorphes d'une graisse sid)diaphanc ; !'/.,'- phydra-ripicole , des lieux ombragés, a une pulpe abondante cho- colat, et aussi quelques sachets gris; le Sphœrocera, qui se plaît dans les crottins des forêts, a des grumeaux abondants, blancs, et une couche sous-viscérale roussâtre; enlin, les Phora, agiles i\ la' course et presque cosmopolites, n'ont que des granules libres. Parmi les Pupipares, dernier groupe de l'ordre, YHippobosca a des granules adipeux ronds, souvent contigus en séries moniU- Ibrmes, et quelques guenilles clair-semées. SUR LES DIPTERES. 205 DEUXIÈME DIVISION. ANATOMIE PARTICULIÈRE DES FAMILLES. FAMILLE DES CULICIDES. Par le seul fait de son habitation importune dans nos demeures, le cousin, insecte si frêle, mais si redoutable, est devenu l'objet de l'étude sérieuse des plus recommandables auteurs depuis Aristote et Pline, jusqu'à Swammerdam, Leuvvenhoeck, Réaumur, de Géer, Latreille, etc. Réaumur, le modèle des observateurs, .semble avoir épuisé tout ce qui est relatif aux formes extérieures, aux mœurs, au genre de vie, aux métamorphoses de ce Dip- tère; il ne manquait, pour compléter son histoire naturelle, que de porter le scalpel dans ses viscères, que de mettre en évidence les ressorts secrets des divers actes extérieurs : je viens offrir à la science ma part de matériaux pour atteindre ce but. Les Culicides disséqués se bornent aux suivants : 1. Culex animhilus. F.iUB. 2. liitesccns. F. 3. Anophèles bifurcalus. Meig. La première espèce étant la moins petite et la plus répandue dans la contrée que j'habite, c'est celle-là dont j'ai plus particu- lièrement étudié et représenté l'anatomie. CHAPITRE PREMIER. APPAREIL DIGESTIF. Tout le monde sait que les cousins s'abreuvent du sang des animaux, mais tout le monde ne sait pas que les femelles seules sont sanguinaires. Quelques auteurs avaient émis l'idée qu'à dé- faut de sang, ces insectes suçaient les fleurs ou les humeurs des feuilles, et Réaumur l'avait combattue. L'anatomie avait droit de 206 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES résoudre la question. Elle a constaté dans l'estomac des femelles l'existence du sang, et dans celui des mâles un aliment incolore. Ce lait, tout extraordinaire qu'il est, n'est pas isolé en entomologie, et les Tahanus nous en fourniront bientôt un autre exemple. La trompe longue et menue du cousin se termine par un bou- ton bilabié et n'est que le fourreau d'un suçoir de cinq pièces sétiformes, dont les deux centrales, munies d'aspérités, font l'of- fice d'instruments vulnérants, de dards, et les autres de lancettes et de sonde cannelée. Les glandes salivaires des cousins ont une liuesse capillaire et atteignent à peine par leur bout libre le tiers postérieur de la cavité thoracique. J'avoue que je ne vois pas sur quoi se fonde l'opinion de ceux qui avancent que le cousin envenime la piqûre en y insérant un liquide irritant; je ne trouve nulle part, dans l'intérieur de cet insecte, la glande ou l'organe spécial d'un semblable virus. Cette glande n'existe pas davantage dans le stomoxe, le taon et autres Diptères à morsures douloureuses, tandis qu'on la rencontre sous des formes très-variées dans tous les Hyménoptères, qui pro- duisent des piqûres envenimées au moyen d'aiguillons rétractiles placés à la région de l'anus et recevant des glandes spéciales véné- nifiquesune liqueur irritante. La considération de la structure du dard du cousin, dont les dents acérées sont si favorablement dis- posées pour déchirer le tissu, et celle du mouvement de succion me paraissent suffisantes pour se rendre raison et de la douleur et de la formation sidjite d'un exanthème inflammatoire. Il est donc plus conforme aux faits anatomiques, il est plus physiolo- gique de penser que la liqueur salivaire se mêle au sang lors de la morsure comme à tout liquide alimentaire pour en rendre la digestion plus facile. Le tube alimentaire ne dépasse que peu ou point en longueur celle de l'insecte; il est par conséquent A peu près droit. Dans le Ciilcx lulescens, j'ai trouvé l'œsophage un peu renllé à son inser- tion vcntriculairc. Lu panse a son réservoir simple, globuleux ou » SUR LES DIPTÈRES. 207 ovoïde quand il est plein de liquide; oblong, plissé sur ses bords dans le cas contraire. Je n'y ai jamais rencontré qu'un liquide incolore ou à peine ambré, même lorsque le ventricule chyli- fique était gorgé de sang. Ce fait semble, au premier abord, inexplicable; cependant, en analysant pbysiologiquement ce qui se passe lors de la piqûre du cousin, la solution est moins em- barrassante. J'avais d'abord pensé que, pendant la déglutition, il l| se faisait, par une chimie organique encore mal comprise, vm départ de la matière colorante, qui, plus essentiellement nutri- tive, franchissait seule l'orifice ventriculaire, tandis que le sérum gagnait le réservoir de la panse comme aliment plus grossier pouvant être utilisé dans les temps de disette ; mais l'explication suivante est tout aussi admissible et doit peut-être se combiner avec l'autre. L'insecte, avant d'avoir déterminé par sa piqûre la fluxion sanguine dans les vaisseaux capillaires du tissu cutané, a dû sucer de la lymphe pure, et c'est celle-ci qui est tenue en réserve dans la panse, soit pour être ensuite rejetée par le vomissement, soit pour servir aux besoins dont j'ai parlé. Le ventricule chylijique offre constamment à son origine une paire de bourses ventriculaircs ovoïdes, plus ou moins pédicellées. et de volume variable, suivant la quantité de liquide ou de bulles d'air qu'elles renferment'. Ce liquide est ordinairement ambré. Le ventricule est plus ou moins renflé, en une poche ellipsoïdale, dès qu'il a atteint l'abdomen. On voit parfois à son origine une sorte de renflement qui semble annoncer une tendance à se bi- lober comme dans les dernières Tipulaires. Je l'ai trouvé ainsi dans le Lutescens. Cet organe , quand il est gorgé outre mesure de sang, prend, aussitôt qu'on a ouvert les parois abdominales, un développement énorme. Suivant M. Poiicbet [Compte rcnilii de l'Académie des sciences, octobre ISiT) , la larve du cousin aurait huit estomacs vc'siculiforMies. Cet auteur appelle estomacs ce que depuis long- temps j'ai désigncî sous le nom de bourses rcntricuhiires dans les Orloptdres, quelques Névrop- tères et le cousin ailé lui-même. Ces bourses, plus ou moins verticillées à l'origine du ven- tricule chylifique, ne sont qu'au nombre de quatre dans les grandes larves des Tipules, comme on va le voir. 208 BECIIEP.CIIES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQI ES Les vaisseaux hépatiques, courts comparativement à ceux des autres Diptères, sont au nombre de cinq seulement, et ce chiffre impair est fort rare dans les insectes. Cette exception pour les cousins a été constante dans les nombreux individus soumis à mes dissections. Ces vaisseaux se fléchissent en anse pour se di- riger toujours en arrière. Ils sont grêles, atténués un peu vers ^ leur origine, tantôt assez uniformément blanchâtres, tantôt dia- phanes, avec des mouchetures blanches, qui ne sont que les flo- cons intérieurs de la bile coagulée, et qui peuvent en imposera des yeux peu scrupuleux pour des boursouflures ou des varico- sités. Leur bout libre est parfois renflé en massue. .L'intestin, moins long que le ventricule, est d'abord fdiforiuc; puis il se renfle en im rectum ovalaire, où se voient deux paires de boutons charnus orbiculaires. CHAPITRE II. APPAREIL GÉNTTAI... Les Culicides donnent plusieurs générations par année : six ou sept, suivant Réaumur. Leur accouplement se fait en l'air, le soir ou la nuit , ainsi que l'a constaté de Géer. Les femelles déposent a la surface des eaux stagnantes leurs œufs réunis en un petit tas. Les larves éclosent deux ou trois jours après la ponte et sont aquatiques toute leiu- vie. ARTICLE I". APPAREIL GÉNITAL MALE. Les testicules du cousin, placés vers le tiers postérieur de la cavité abdominale, sont deux glandes oblongues, cylindroïdes, blanches. Les conduits déférents, plus longs qu'eux, capillaires et presque droits, se renflent en arrière en une poche oblongue , ((ui tient lieu d'e/^iV/îV/yme. Ces deux poches sont si contiguës, qu'un œil peu exercé pourrait croire qu'elles confluent ensemble. SUR LES DIPTÈRES. 209 Les vésicules sémiiutlcs, confinées au bout de l'abdomen et dif- ficiles à mettre en évidence , se présentent sous la forme de deux grosses utricules ovoïdes ou ventrues, confluentes en arrière, où a lieu l'insertion des conduits déférents. Le canal cjaculatcar est fort court et étroit. Varmiire cnpulatncc du C. annulatus a un forceps, toujours vi- sible au bout de l'abdomen, dont les branches conoïdes, velues en dehors et terminées par un crochet articulé, corné, glabre, presqiie de leur longueur, sont susceptibles d'un grand écarte- ment et ressemblent aux mandibules des araignées, comme l'avait aussi observé de Géer. A la base inférieure du forceps est une vohelle, invisible quand on envisage le bout de l'abdomen par sa face supérieure, et composée de deux petits crochets cornés, noi- râtres, courbés en hameçon. ARTICLE II. APP.iREIL GÉNITAL FEMELLE. Les ovaires, dans un état de fécondation avancée, constituent deux grappes oblongues ou allongées, finissant par occuper toute la capacité abdominale , garnies dans leur périphérie de (jaines ovujères, uniloculaires, courtes, oblongues ou subglobuleuses, suivant l'époque de la gestation, blanchâtres, extrêmement nom- breuses (plusieurs centaines), tantôt pressées entre elles sans ordre, tantôt paraissant affecter une disposition par séries longi- tudinales. Ces gaines, pour ainsi dire sessiles, sont dépoui'vues de ligament propre. Le calice de l'ovaire, par le fait même de l'in- sertion périphériale des gaînjes ovigères, est central. Le col est court, ainsi que Voviducte, qui est cependant plus long que lui. Les œufs à terme sont blancs, ovalaires, ou parfois en courte massue. La glande sébific/ue se compose de trois orbicelles à large centre noir, à col efférent, capillaire, flexueux. Contre la règle générale, 11. ,, 210 RECHERCHES ANATO.MIQIJES ET PHYSIOLOGIQUES le réservoir séminal est assez gros, ovalaire, subdiaphane, un peu atténué vers son insertion et unique. Nous trouvons dans la glande sébifiqiie l'organe sécréteur de cette matière gluante dont parle Réaumur, et qui, au moment de la ponte, sert à coller les uns contre les autres les œufs si élégamment disposés dans une atti- tude verticale, pour former un berceau flottant. IJoviscaptc est excessivement court, et l'on ne peut en bien constater l'existence qu'en examinant à ime forte loupe le bout de l'abdomen, soumis à une compression expuisive graduée. En procédant ainsi, on met en évidence une pièce centrale, cornée, lancéolée, velue, composée de deux lames contiguës, dont Réau- mur ne parie pas. On voit aussi deux tentacules vulvaires biarti- culés, bruns, dont l'article terminal, plus grand et en forme de cueilleron ovale, velu en dehors, est bien propre, par leur ac- tion combinée, à saisir doucement les œufs pom- les colloquer d'une jnanière si régulière. F.\MILLE DES TIPULAIRES. Cette populeuse famille, (jui, il y a un demi-siècle, ne formait que le seul genre Tipula, se trouve aujourd'hui, par l'accroisse- ment successif des espèces et par les progrès de la classification, divisée en cinq grandes tribus et en plus de soixante genres. Lati'eille, Meigeu, M. Macquart, et la plupart des savants qui se sont occupés de classer les Diptères, ont colloque lesTipulaires et les Culicides à la tête de cet ordre d'insectes, quoiqu'ils n'aient londé leurs caractères que sin- l'étude de la structure extérieure. En leur assignant, d'un commun accord, ce poste avancé, ils ont consacré pour ces familles une prééminence que l'anatomie con- firme , et dont le système nerveux nous a déjà fourni une preuve bien remarquable. Les Tipulaires qui ont servi à mes dissections sont : SUR LES DIPTERES. 211 ). Clcnophoin peclinicornis. Meig. 11. Mjcetophila kiluris. DvF. 2. hwiacidala. Meig. 12. Ceroplaius dispar. Dur. i. Xypliura alrala. Brul. 13. tipuloules. Bosc. U. Tipula oleracea. F. 14. Sciophila striata. Meig. 5. — liinala. L. 15. Sciiiru ingenna. DcF. 6. Pachyridna crocala. Macq. 16. Psychoda ocdlaris. Latr. 7. nmculosa. Macq. 17. Irifiisciala. Latr. 8. Amsoloma nigm. Latr. 18. Rhyphus fenestrulis. Meig. 9. Macrocera hybrida. Meig. 19. Biliio marci. L. 10. Mycetophila amahilis. Dit. 20. Mycelobia pallipcs. Meig. J'ai pris pour type de mes descriptions anatomiques la Tipula oleracea, commune dans toutes les contrées, et déjà illustrée par Réaumur, qui nous a fait connaître en détail et ses habitudes et ses métamorphoses [Méi]i. t. V, pi. 2 et 3). 1. M. Macquart, dans son excellente Histoire des Diptères, ne donne que treize articles aux antennes du genre Tipula. Il en existe quatorze dans Voleracea. ainsi que dans beaucoup d'autres espèces: ces articles, mal étudiés jusqu'à ce jour, sont veloutés au micro- scope , ce qui les rend très-aptes à la fonction tactile ; ils sont ren- flés et comme bulbeux en arrière, et c'est sur ce bulbe et non dans l'articulation que s'implantent les quatre soies verticillées qu on y voit; le dernier, ou l'article apical, bien plus court que les précédents, est turbiné. 2. Le dernier article des palpes a aussi dans cette espèce et autres une organisation, une structure, qui méritent d'arrêter notre attention. Cet article, plus long à lui seul que les trois autres pris ensemble , a une flexibilité spéciale , déjà signalée par M. Macquart, qui peut se rendre sensible dans l'animal vivant, soit en la mettant enjeu par le toucher, soit en constatant pen- dant l'irritation de l'insecte les diverses contractions partielles qui lui donnent souven-t de la diff'ormité. Soumis à un fort gros- sissement microscopique, cet organe offre de fines raies trans- versales plus ou moins flexueuses, couvertes d'un duvet velouté ou en brosse, et faisant l'oflice de demi-articulations. Cette sou- 212 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES plesse le fait s'accommoder d'une manière très-immédiate aux surfaces des corps pom- pratiquer le palper; elle lui permet de se ployer sous la tète, soit pour abriter la bouche, soit pour y introduire les aliments, soit enfin pour exercer avec le secours des poils qui le hérissent une action préhensive. J'ai déjà fait connaître des structures de cette espèce dans les palpes des phryganes' et dans les appendices caudales d'autres insectes. CHAPITRE PREMIER. APPAREIL DIGESTIF. On ne nous dit pas quelle est l'espèce de nourriture des Tipu- laires; mais la forme et la structure de. leur bouche indiquent assez c[ue celle-ci n'est propre qu'à lécher, qu'à humer un ali- ment liquide ou très-pulvérulent, et mes dissections ne m'ont jamais fait découvrir dans leur canal digestif qu'une liqueur peu abondante, incolore ou avec une teinte verdàtre. Fidèle à la maxime de suum cuiquc^e dois dire que Piam- dohr'^ a public, il y a environ trente ans, la figure et la descrip- tion du canal alimentaire des Tip. lunata et olcracea. C'est le seul auteur à ma connaissance qui ait porté le scalpel dans les en- trailles des Tipulaires, et il s'est exclusivement borné à l'organe digestif. J'exposerai aussi, à la lin du chapitre, mes recherches sur l'ana- tomie de leurs larves. Les glandes salivaires ont dans les Tlpiila et les Bibio la forme d'une utricule ovoïde oblongue avec un col capillaire; elles sont grêles dans les Clenophora, Pachyrhimi , lîliyplms, bien plus lon- gues dans le Macroccra, où elles pénètrent bien avant dans la cavité abdominale, presque capillaires dans le Mycclopitila. Les dissec- tions les plus attentives ne m'ont pas permis de constater leur ' /îfc/irrc/i. anal, ci pliys. sur les Orlkojjl. llymén. \éiropl. (Méiii. de l'iiislil, iS/i i, |). 352.) ^ Abltiindi ub. die Vcrd. der In.^. p. 179, pi. 20, lig. 1. SUR LES DIPTERES. 213 existence dans les Psychoda; la petitesse et l'extrême fragilité de ces insectes les auront vraisemblablement dérobées à ma vue. Le lube alimentaire est à peu près de la longueur du corps dans les espèces du genre Tipula de Geoffroy ; il est un peu plus long dans les Macrocera, Mycetopliila, Ceroplatus, lihjphus. Celui du Sciopliila et du Bibio, genre qui semble faire le passage des Né- mocèrcs aux Brachocères de M. Macquarl, a près de deux fois la longueur de l'insecte : dans le premier, c'est le ventricule chyli- fique, et dans le second les ilexuosités de l'intestin qui forment ce surcroît d'étendue comparative. Le réservoir de la panse a une configuration qui varie et suivant les espèces et suivant quelques conditions digestives : dans les Tipula il est ou oblong ou avec un étranglement plus ou moins ridé ou ijoursouflé ; il est grêle et courbé en liameçon dans les Ctcnopliora ellesSciopliilu, tandis que dans le Xyplmra il est oblong et droit, ainsi que dans les Pachy- rliina, Ceroplatus et Sciara ; celui des Maerocera et Mycetophila est grêle et droit; il est au contraire large et bilobé dans le Rltyphus, ovoïde dans le Psycliodes. Le ventricule cliylifique est séparé de l'œ- sophage par une valvule intérieure analogue au cardia des grands animaux; dans la plupart des Tipulaires, il est simple et arrondi à son origine. Celle-ci, dans le Ceroplatus, a deux bourses ventri- culaires conoïdes, et elle est échancrée, presque bilobée, dans le Bhypitus. Les vaisseaux hépatiques présentent de notables différences sui- vant quelques genres. Dans les Tipula, Ctenopltoru, les I\icltyrliina. Anisomera, ils sont capillaires plus longs que tout le canal digestif, très-flexueux, d'un jaune sale ou parfois brunâtres, implantés par quatre msertions isolées, et au lieu d'avoir des bouts llottants, ils constituent deux 'grandes anses reployées comme ceux des carabiques dans les Coléoptères; ils sont moins longs et avec quatre bouts libres et borgnes dans la plupart des autres genres. Ceux des Psychoda se renflent à leur origine en une sorte de vé- sicule biliaire ovale ou oblongue, qui rappelle celle que j'ai décrite dans ffuelques Ciniex. Dans plusieurs autopsies de ces frêles Dip- 21U RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES tères, j'ai constaté l'existence de cinq vaisseaux hépatiques, comme dans les cousins, presque aussi souvent que celle de quatre, que je regarde comme le nombre normal. Dans le Rhypims et le Bihio, ils sont plus gros dans une bonne étendue de leur partie moyenne et ils renferment une bile brune ou violacée. L'jn/es/m présente dès son origine dans les Tipula, Aiiisomera, Pachyrhina, Rhjphas et Bibio, un renflement plus ou moins pro- noncé, dont la texture semble plus serrée. Le rectum a quatre boutons charnus oblongs; il y en a cinq ou six dans le Bibio, et ils sont presque nuls dans les Ceroplatas, Rhyphus, Psychoda. APPAREIL DIGESTIF PE QUELQUES LARVES DE TIPULAHIES. Quoique les larves ne soient qu'un âge, un état de l'insecte ailé, elles présentent néanmoins, tant sous le rapport de leur confor- mation extérieure que sous celui de leur anatomie viscérale, une si énorme différence, qu'on peut presque les considérer comme deux êtres distincts. Je prendrai pour types de cette exposition anatomique les larves terricoles de la T. lunata et de la Pachyrh. maca/o,w, qui sont de grande taille. Les glandes salivaires ont une conformation différente de celles du Diptère : diaphanes et d'une texture très-délicate, elles sont tel- lement engagées, enchevêtrées dans les mailles des tabliers adi- peux , qu'elles éludent facilement les yeux peu familiers avec ces sortes d'investigations. Dans le Pachyrhina. ce sont deux longs boyaux filiformes à circonvolutions agglomérées, dont le conduit excréteur a une finesse plus que capillaire; elles sont aussi fili- formes dans la T. lunata, mais bien moins fongu-es et simplement flexueuses; celles du Xyphiira ont en outre des boursouflures gra- nideuses sur. leurs bords. Ces larves terricoles ne se filant pas un cocon pour leur métamorphose en nymphe, leurs glandes sali- vaires se bornent exclusivement à la sécrétion de la salive pour l'acte digestif; il n'en est pas ainsi dans les larves fongivores, dont SUR LES DIPTÈRES. 215 plusieurs s' enferment dans une cofjue: cet organe peut remplir à la fois les fonctions de glande saiivaire et de glande sérijujuc. Ainsi, dans la larve du Ceroplalus, celte dernière est filiforme et plus longue que tout le corps'; elle a celte même longueur dans celle du Mycetopitila , avec une disposition pinnatifide intérieure à sa partie postérieure'-. Le Iule alimenlaire a pour sa longueur la plus parfaite analogie avec celui de l'insecte ailé, mais il diffère beaucoup pour sa com- position et sa structure : l'œsophage, excessivement court dans la Tipule, se prolonge dans la larve, bien au delà de la tête, sans être capillaire; celui du ver de la lunata aboutit à un organe qui n'a pas d'analogue dans l'insecte ailé : c'est une poche globu- leuse qui a tous les caractères d'un gésier, car il est revêtu inté- rieurement de colonnes charnues assez serrées, conniventes, soit en avant , soit en arrière pour former deux valvules. La panse n'existe pas; le ventricule chylijique est un tube membraneux, ex- pansible, droit, embrassé à son origine par quatre bourses venlri- culaircs allongées, blanchâtres, collées contre les parois de l'or- gane et dont les deux «inférieures sont plus courtes; ces bourses n'existent pas du tout dans finsecte parfait. Les vaisseaux licpaliques ont leurs quatre bouts flottants, tan- dis que dans la Tipule ces bouts doivent se souder ensemble. L intestin, séparé du ventricule par une constricture annulaire, pré- sente à une petite distance de son origine, et toujours au côté droit, un cœcum latéral oblong, qui est destiné à disparaître dans l'insecte ailé. Le rectum est allongé, plus ou moins ridé, mais sans boutons charnus. Il n'y a dans la Pachyrhina ni gésier, ni bourses ventriculaiies; l'œsopliage se dilate en arrière en un jabot ovoïde; le ventricidc chylifique, renflé à son origine, présente là quatre tubercules ' Voir mon mémoire sur les Cewplatus (inual. des sciences naC. avril iSSg). ' Voir mon mémoire sur les métamorplioses des larves fongivorcs des Diptères (IhUt ■839). 216 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES charnus qu'il faut considérer comme les rudiments des bourses do la larve précédente; le reste est comme dans celle-ci. Dans la larve de la Xyphura, il existe aussi un jabot sans gésier; mais son trait anatomique dillércntiel est une double rangée de quatre bourses ventriculaires allongées égales entre elles, l'une à l'origine . l'autre presqu'à la terminaison du ventricide. Les bourses de la première rangée sont dirigées d'avant en arrière et celles de la seconde d'arrière en avant. Nous allons trouver dans le canal digestif de la larve si singu- lière du Cerophilus, dont j'ai publié l'histoire dans le mémoire pré- cité , des traits organiques qui ne se rencontrent ni dans l'insecte ailé , ni dans les larves terricoles ; ce canal a près de trois fois la longueur de la larve. L'œsophage se renfle en un jabot allongé, à parois plissées en travers; il s'implante par un col à un çjésier ovalaire à parois calleuses et rénitentes. Le ventricule chylifique, allongé etboiu-souflé, reçoit im peu après son origine deux bourses ventriculaires sous la forme de boyaux grêles, presque aussi longs que le ventricule. Les vaisseaux hépatiques, remarquables par leur grosseur, qui égale celle de l'intestin, et par leur médiocre lon- gueur, s'unissent par paires en deux canaux cholédoques assez longs; l'intestin est filiforme et se reploie sur lui-même; il n'y a ni cœcum latéral, ni rectum marqué. Le tube aHmentaire de la larve du Mycetophita est à peine plus long que le corps. L'œsophage s'implante brusquement et sans jabot à un gésier ovoïde à parois calleuses; le ventricule chyli- fique a, dès son origine, deux bourses semblables à celles de la larve du Ceroplatus, mais un peu plus grosses et comme feston- nées sur les bords; les vaisseaux hépatiques sont flottants par un bout avec quatre insertions isolées. o SUR LES DIPTÈRES. 217 CHAPITRE H. APPAREIL GÉNITAL. ARTICLE I". APPAREIL GÉNITAL mAlE. La petitesse, la fragilité et les connexions insolites des diverses parties de cet appareil en rendent la dissection et l'isolement d'une difficulté extrême. Les testicules sont ovoïdes, subdiaplianes , situés vers le milieu des flancs abdominaux, enchevêtrés et comme perdus dans le tissu adipeux. Le conduit déférent, d'une ténuité capillaire, est six ou sept fois plus long que le testicule, et présente en arrière un renflement ellipsoïdal constant, souvent revêtu d'une tunique adipeuse jaunâtre. Ce renflement est un épididyme analogue aux épldidymes vésiculaires que j'ai fait connaître dans plusieurs hy- ménoptères. Les vésicules séminales sont confondues, en appa- rence, eu un seul cordon filiforme courbé en une crosse spiroï- dale d'un jaune plus ou moins foncé, parfois safrané. Cette cou- leur est fournie par une tunique adipo-membraneuse. En arrière, ce cordon, cjui n'est qu'un fourreau, reçoit les deux conduits dé- férents qui s'engagent sous sa tunique; en avant, il se termine par trois vaisseaux simples dont la constatation exige une patience éprouvée. De ces trois vaisseaux , les deux latéraux , égaux entre eux et fort longs, sont la continuation des vésicules séminales, et l'intermédiaire, plus court, doit être considéré comme le canal ojaculateur. Ces vaisseaux latéraux sont très-reployés , parfois même agglomérés d'une manière inextricable et se terminent par un bout flottant; quand on est assez heureux pour dépouiller le cor- don de son enveloppe adipo-membraneuse, on se convainc que les deux conduits déférents, pou après leur entrée dans cette en- veloppe, se dilatent un peu pour constituer les vésicules sémi- 11. j8 218 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES nales : ces dernières sont étroitement adhérentes dans leur gaîne, comme s'il existait entre elles une membrane. Le canal éjaciilateur a encore plus de capillarité que les vési- cules séminales, mais il est plus court qu'elles et je ne l'ai jamais trouvé revêtu d'une tunique adipeuse; à l'endroit où ce canal se dérobe au scalpel pour s'enfoncer dans l'appareil copulateur, il y a des pièces insoliles dont les attril)utions sont encore mysté- rieuses pour moi, et qui rappellent la complication de l'organe génital mâle de l'abeille à miel. Ce qui frappe d'abord la vue est un blet brun, comé, élas- tique, sétiforme, courbé presque en cercle, libre par un bout, im- plante par l'autre derrière ou au-dessous d'une vésicule centrale dont je parlerai bientôt. Ce singulier filet, que sa texture et sa couleur rendent évidemment destiné à sortir du corps pour l'acte copulatif, est le fourreau de la verge. Une large membrane pellu- cide, que son excessive minceur rend presque imperceptible, l'u- nit dans la plus grande partie de sa longueur avec la vésicule cen- trale; le bout libre du fourreau, observé à la plus forte lentille de mon microscope, est tricuspidé; les pointes latérales sont lé- gèrement arquées au dehors, celle du milieu est une sorte de stylet ou d'aiguillon droit, renflé vers sa base et terminé par une soie. La vésicule centrale, assez grande, brunâtre, cornéo-membra- neuse ou comme scarieuse , approche pour sa forme des deux tiers d'un sphéroïde ; elle est fixée au corps par une base calloso- charnue où l'on aperçoit, comme enfoncés dans les chairs, six crochets à peine cornés, dont deux plus grands sont les seuls apparents lorsqu'on n'a pas arraché cette base, et les quatre autres plus petits, mais de même nature, restent cachés. Ces six crochets m'ont paru avoir une base commune, et il est vraisendjlablc que leur principale fonction est de donner attache aux muscles. C'est la troncature du bout de l'abdomen qui est le réceptacle de ï armure copulalrice, et il sufiit d'y exercer une compression expulsive pour déterminer l'exsertion et le développement, l'épa- SUR LES DIPTÈRES. 219 nouissement de ses pièces constitutives. Avant moi, Réaiimur avait décrit et figuré cette singulière machine copulatrice; mais nous n'attachons pas peu d'importance à confirmer les faits rap- portés par ce profond observateur, et à signaler les erreurs ou omissions qui rendent ses figures défectueuses. Les pièces copulatrices sont, les unes latérales, les autres cen- trales : les latérales, au nombre de quatre pour chaque côté, sont établies sur ime base ou souche commune, de manière à former un faisseau. En procédant du dehors au dedans, ces pièces sont: 1° un forceps formé de deux grands crochets cornés, glabres, de couleur ambrée, plus foncée vers leur extrémité, arqués, en alêne pointue, tellement dirigés que, dans le repos de l'appareil, leur pointe regarde en haut; 2° deux sortes de raquettes d'un ambré pâle, glabres, dilatées et comme écliancrées; 3° une vol- selle de deux lames cornées, en sabre coiube, à tranchant avec quelques cils microscopiques près de sa pointe, à dos garni d'une série de soies roides; 4° deux stylets noirs en lame subaiguë, roide, naissant de la base interne du sabre , non signalée par Réaumur. On voit aussi, près de l'écliancrure du bout de l'abdomen, un pin- ceau de soies rousses et roides inséré sur un talon charnu. Les pièces centrales se bornent à une tige subcornée trifide, avec les tiges latérales plus courtes terminées par un mamelon , séparées par un sinus marqué de l'intermédiaire dont le bout est couoïde. Par ime compression expulsive, j'ai fait sortir de celui-ci un long brin blanchâtre , qui est suivant moi la verge, dont le four- reau était resté à l'intérieur. A une forte lentille microscopique, la verge se termine, d'un côté, par une pointe im peu arquée en dehors, de l'autre par une légère éminence : ce serait là une sorte de gland. La consistance de la verge est élastique; il y a un canal intérieur où j'ai aperçu des gouttelettes. Cet organe n'avait pas échappé à R^éaumur, mais il n'en avait saisi ni la structure ni les attributions, et il le prenait pour un filet de sperme. Je n'avais pas surpris à l'œuvre le filet corné, que sa position, sa texture et ses connexions me déterminèrent à désigner sous 28 ' 220 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES le nom de foarreaa de la verge, mais l'observation suivante vient lever tous les doutes. Dans le mois de mai, j'ai fréquemment trouvé dans mon jar- dni les sexes de la Pachyr. maciilo.sa accouplés et s'envolant de concert. Si on les saisit avec précaution dans ce moment, et qu'on les détache l'un de l'autre, on voit que le pénis sort de la vulve sous la forme d'un lilet brun élasticjue, plus fin que le plus fin cheveu d'enfant, et que sa longueur égale presque celle de l'in- secte. Ce niet, une fois dégagé du corps de la femelle, s'enroule, et si vous ne blessez pas le mâle, il rentre peu à peu dans le corps et disparaît entièrement. Disséquez ce même mâle et vous retrouvez dans la cavité abdominale ce filet ployé sur lui-même, à peu près comme une de ces longues cravaches de cocher, dont on ramène le bout flexible vers le manche. La tige, qui corres- pond à ce dernier, se dirige d'arrière en avant, elle filet revient d'avant en arrière. Une membrane hyaline occupe l'intervalle entre la tige et le filet, comme dans la T. oleracea. La pointe de celui-ci offre au microscope une ouverture latérale dépassée par un prolon- gement pointu qui fait l'office de prépuce :c est par cette ouverture que sort la véritable verge. L'appareil génital de la P. crocata est organisé sur le même plan que celui de ïoleracca, mais moins compliqué. Les testicules sont ovales ou ovoïdes; les conduits déférents, fort longs et grêles, n'offrent pas dans leur trajet le renflement épididymique, mais ils s'engagent pareillement dans un fourreau jaune qui ici fiiit deux ou trois circonvolutions; les vésicules séminales sont les mêmes. Celui du sciopitila est infiniment plus simple, ses testicules ovales-conoïdes, très-pointus, ont un conduit déférent grêle plus court qu'eux. Il y a deux paires de vésicules séminales, les laté- rales, allongées et courbées en crosse; les intermédiaires, sidjglo- buleuses , pédicellées; le canal éjaculateur est long, filiforme. Dans l'accouplement, les abdomens sont unis bout à bout, et la femelle remorque le mâle. Les testicules du Macrocera sont ovoïdes, le conduit déférent SUR LES DIPTERES. 221 est capillaire et deux fois plus long qu'eux; il n'y a qu'une paire de vésicules séminales filiformes. Malgré l'extrême petitesse des Psjchoda, j'ai pu constater cet organe de la génération dans YOcellaris. Il est d'une grande sim- plicité; les testicules ovoïdes, assez gros, presque sessiles, se ter- minent par une espèce de bouton globuleux ou par une pointe, suivant le degré de leur turgescence séminale; il n'existe pas de conduit déférent. 11 y a deux paires de vésicules séminales , l'une cen- trale, plus grande, cylindroïde, plus longue que le testicule qu'elle reçoit à sa partie postérieure, et externe; l'autre, comme riulimen- taire, oblongue, insérée au-dessous de l'insertion du testicule. Le canal éjaculateur est fort court. L'armure copulatrice se compose de deux paires de crocbels, l'une plus infériejre en hameçons cor- nés, noirs, à concavité de l'arc, supérieure, très-garnie d'un duvet gris; l'autre, supérieure et latérale, de deux articles, le basilaire, court, gros et velu, le terminal en stylet droit, glabre, pointu, se fléchissant sur l'autre. Au centre des crocliets, est une lame lan- céolée plate, qui appartient sans doute au fourreau de la verge. Les testicules du Rhyphiis sont assez gros, conico-ovoïdes, d'un brun chocolat, atténués en arrière, rapprochés. Le conduit dé- férent est du même brun, grêle, mais renflé en arrière. ARTICLE II. .\PPABEIL GÉNITAL FE.MF.LLE. Les ovaires de la T. oleracea occupent, dans un état avancé de gestation, une grande partie de la cavité abdominale et frappent à l'instant la vue par leur couleur noire, comme charbonnée, où la loupe attentive aperçoit des granulations blanches formées par la saillie des gaines ovigères. Chacun d'eux consiste en un sac ovale-conoïde, dont les parois molles et expansibles, entou- rées et pénétrées d'un riche lacis d'arbuscules trachéens, recèlent une quantité innombrable de gaines ovifjères oblongues, unilocu- laires, tellement disposées dans toute la périphérie, que leur ori- fice correspond à une cavité centrale, qui est le calice. Il se ter- 222 RECHERCHES ANATOMIQOES ET PHYSIOLOGIQUES mine en avant par im ligament propre qui s'unit à son congénère pour la formation du ligament suspenseur commun, fixé dans rinlérieur du thorax. Les gaines sont enfoncées dans les parois de l'ovaire jusqu'à leur bout libre ou ovulaire, qui est seul snrsail- lant. Lorsque les calices renferment tous les œufs des gaines, celles-ci, vides et flétries, sont tellement collées contre la face interne du calice ou tellement ratatinées, cpi'il est impossible d'en constater fexistence malgré la minceur, la diaphancitc des pa- rois. Mais dans la condition contraire, si on ouvre l'ovaire et qu'on en renverse les jiarois, on voit la face interne de celles-ci hérissée par les gaines, qui y sont comme pendantes. Dans d'autres circonstances, peut-être dans un cas patholo- gique, une espèce d'hypertrophie, les ovulaires ou les bouts sur- saillants des gaines deviennent fort gros, globuleux, et on les dirait remphs, distendus par une gi-aisse compacte, une matière sébacée. Cet état insidieux en imposerait d'autant plus facilement pour des œufs blancs, qu'il ne s'observe guère qu'après la ponte, lorsqu'il n'y a plus d'œufs noirs dans le calice, lorsque toute fonction utérine a cessé. 5( licct parvis coviponerc macjna , l'état de ces ovulaires est comparable aux engorgements des ovaires qui surviennent chez la femme à l'époque critique. Les aufs, au nombre de plusieurs centaines, sont oblongs, subcylindroïdes, remarquables surtout par leur couleur très-noire et luisante. Contre l'assertion de Réaumur, je ne les ai jamais ren- contrés courbés en croissant. Ils ne deviennent tels qu'en se dé- formant par la dessiccation. h'oviducte est court, mais assez large- La glande sébifiqae con- siste en trois vésicules ovoïdes d'un brun foncé , plus ou moins masqué par une enveloppe adipeuse blanche. Ces vésicules ne sont pas, comme les orbicelles du cousin, noires seulement au centre : chacune d'elles a un col cjjércnl capillaire , reployé , élas- tique, blanc, excepté vers son origine, où il a une teinte rem- brunie. Les trois cols aboutissent à un seul conduit exaéteur aussi fin qu'eux et un peu moins long. Les réscitoirs séminaux SUR LES DIPTÈRES. 223 sont deux boyaux en massue courbée en crosse, d'un blanc opa- loïde, terminée brusquement en arrière en un col court et fin, presque imperceptible. Ces deux cols contigus, mais non con- fondus, s'insèrent à une espèce de bulbe olivaire ou oblong, im- planté sm- l'oviducte au même point que le conduit excréteur de la glande sébifique. Lorsqu'on saisit avec une fine pince le bulbe, et qu'on l'arrache avec précaution, on entraîne toujours le con- duit excréteur. Ce fait semblerait indiquer une connexion anato- mique de la glande sébifique et du réservoir séminal, et, par conséquent, une communauté d'attributions physiologiques; mais abstenons-nous encore, jusqu'à nouvelle confirmation d'une sem- blable dépendance. En voyant la coideur très-noire des œufs de notre Tipule, j'avais d'abord pensé qu'une partie de l'appareil en question pou- vait bien être destinée à la produire; mais en voyant que ces œufs sont noirs dans !e calice même et avant d'aborder l'oviducte, j'ai dû renoncer à cette idée assez séduisante. Il me reste, pour terminer l'anatomie de la T. oleracea, à dé- crire la structure singulière de Voviscapte. Celui-ci, ou l'instrument propre à introduire les œufs dans un milieu résistant, est placé au-dessous des pièces dorsales du bout de l'abdomen contre lesquelles il est appliqué dans l'inac- tion, mais dont il peut .s'éloigner dans l'exercice de ses fonctions. Il représente en petit celui des sauterelles. Il est essentiellement constitué par deux lames allongées , effilées, cornées, brunes, glabres , creusées en gouttière superficielle à leur face interne ; leur base dilatée se fixe par des muscles nombreux et puissants au bout de l'abdomen. Réaumur (/. c. vol.V, p- 19) nous a fait connaître la manière dont les Tipules procèdent k la ponte de leurs œufs; j'ai été témoin de cette opération dans la Xyphura : elle enfonce presffue tout l'abdomen dans le terreau et renouvelle fi-équem- ment sur divers points cette insertion, en sorte qu'il est présu- mable qu elle ne pond qu'un œuf à la fois. Les ovaires ont la même forme générale, la même structure et 224 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES des œufs à terme pareillement noirs dans les Pachyrhina, Ctenophora et Arpltura; dans ces deux derniers genres, l'organe sécréteur de la glande sébifique se compose de trois orbicelles à centre brun. Les réservoirs séminaux ont dans la Xyphura un col plus long qui s'insère directement, et non au moyen d'un bulbe commun, à l'ovlducte. Les ovaires du Ceroplatus [dispar] sont allongés avec des gaines ovigères unilocidaires, innombrables; le calice est central, le col fort court, i'oviducte aussi et bulbeux à son origine, les œufs sont spbériques et blancs, au moins dans les ovaires. Après une macération peu prolongée dans l'eau, ils ont pris une couleur noire, comme ceux des Tipulaires terricoles, ce qui me fait pré- sumer qu'ils deviennent peut-être noirs après avoir été pondus. La glande sébillque diffère beaucoup des précédentes, les vési- cules sécrétrices sont ovalaires, blancbes, à parois épaisses el au nombre de deux seulement; leur col, plus court qu'elles, est brus- quement capillaire, et chacun d'eux s'insère isolément; les réser- voirs séminaux sont deux boyaux fusiformes presque aussi longs que les ovaires, et pellucides. Uoviscapte , qui repose sur la con- cavité du dernier segment ventral de l'abdomen, est formé de deux lames subtriangulaires aiguës, susceptibles de déduction, hérissées de quelques poils et articulées à l'cchancrure d'une pièce basilaire; les /en/acafes ra/Daire^ sont arrondis, subcoriacés, brièvement ciliés, d'une seule pièce. La brièveté de l'oviscapte me porte à croire que le céroplate doit déposer ses œufs , non dans l'intérieur de la terre, mais simplement dans les anfractuo- sités des bolets parasites qu'habite sa larve. Les ovaires du Macrocera ont la forme de ceux du céroplate , mais les gaines ovigères sont quadriloculaires, disposées sur deux rangées unilatérales, assez lâches, et les œufs, ovales-oblongs , sont blancs, même à terme; les vésicules séci'étrices de la glande sébilique ne sont qu'au nombre de deux, ovales, noires presque sessiles; il y a deux réservoirs séminaux oblongs, cylindroïdes, diaphanes. SUR LES DIPTERES. 225 Les gaines ovigères dans le Mycetopliila (imabilis n'occupent que la paroi supérieure de l'ovaire, en sorte que le calice esl inférieur; les vésicules de la glande sébifique sont doubles, sphé- roïdales, diaphanes, longuement pédiceilées, et il n'y a pour réservoir qu'un boyau allongé. Les gaines ovigères du sciara sont disposées comme dans le Mycctophila, elles sont uniloculaires et sur quatre rangées longi- tudinales. La glande sébifique semble se composer de deux paires de Jjourses ovalcs-oblongues, diaphanes, atténuées en arrière en un col capillaire de leur longueur; l'antérieure, du double plus petite, est l'organe sécréteur; la postérieure serait le réservoir séminal. Les ovaires du Psjchoda [irifasciaia] sont grands, vu la taille de l'insecte, ovales, obtus, déprimés, garnis dans toute leur pé- riphérie de gaines ovigères uniloculaires, courtes et grosses, pressées en séries longitudinales; les œufs sont globuleux et blancs. Les gaines ovigères ont la même disposition dans le Rliyphus et le Bihio. La glande sébifique de ce dernier a trois orbicelles à centre noir longuement pédicellés. FAMILLE DES TABANIENS. Les taons, par leurs habitudes sanguinaires, se sont fait re- marquer aux époques les plus reculées, et, au rapport de Latreille [Cours d'entom.), ce sont les Myops et les Astros d'Aristote , les Tahani et Asili de Pline. Ils offient un trait singulier, sur la trace duquel nous avaient déjà mis les cousins. Non-seulement le mâle et la femelle ne partagent pas le même genre de vie, puisque ce dernier sexe est le seul qui blesse les animaux pour s'abreuver de leur sang, remarque déjà faite par de Géer [Mém. t. VI, p. 2 1 4), mais leur suçoir se compose d'un nombre différent de pièces, de sept dans la femelle et de cinq seulement dans le mâle; de plus, les palpes de ce dernier sont plus courts et redres- 226 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES ses, tandis que ceux de la femelle sont longs et couchés sur la trompe. La position de la famille des Tahanieus à la suite des 'J'ipu- laires, malgré leur énorme dissemblance à l'état parfait, est aussi justifiée par la forme et le genre de vie de leurs larves; celles-ci, dans le Tabanus , sont héniicéphalées, cylindriques, à une seule paire de stigmates logée dans une caverne du bout postérieur du corps, et vivent dans la terre. Les espèces qui ont servi à mes vivisections sont : 1. Pangonia marginala. F. f). Tabanus Iropwus. L. 2. Tabanus bovinus. h. (j. bmmius. L. 3. morio. Lath. 7. Hœmalopola plavialis. Meig. 'i- fuhas. Meig. 8. Chrysops cœcatieiis. Meig Après les savantes recherches de M. Macquart sur les Pan- gonies {Annal, de la soc. cnt. t. VL p. 429, et Dipt. exol. l. L p. 93) tant indigènes qu'exotiques, ce n'est pas sans hésitation que j'aborde ce sujet, lorsque surtout je n'ai à parler que d'une seule espèce déjà connue. On ne nous a encore rien appris sur leurs habitudes. J'ai étudié la P. marginala, soit en Espagne, soit dans le midi de la France ; j'ai remaïqué que cet insecte se plai- sait sur les collines voisines des cours d'eau , ce qui me porte à croire que sa larve doit se trouver, comme celle des Tabanus. dans les terres humides du littoral. Dans les jours chauds de juin et de juillet, je l'ai souvent aperçu bourdonnant dans les airs, non avec le timbre aigu du bombyle, mais plutôt avec celui du taon; tantôt il demeure suspendu et presque immobile, comme le syrplie et le bombyle, tantôt il change brusquement de place, ou pour éviter un danger ou pour poursuivre sa femelle, tantôt, enfin, on le voit s'abattre et disparaître dans les buissons; d'au- tres fois, il se pose sur les fleurs, et sa trompe s'enfonce dans les corolles tubuleuses pour en sucer le nectar. J'ai trouvé un liquide sanguin dans le canal digestif d'une femelle. Je crois rendre service à la science en exposant avec quelque sur. LES DIPTERES. 227 détail la structure de la trompe de la pangonie et en raccom- pagnant de figures qui m'ont paru mieux répondre aux exigences actuelles que celles de Meigen'; le rapprochement de cette struc- ture de celle du taon , en même temps qu'il confirme cette der- nière, justifie de la contiguïté de ces deux genres dans la série entomologique. La trompe de la Pangonia, comme celle du Tabamis , se com- pose de sept pièces dans la femelle, et de cinq seulement dans le mâle, savoir : un fourreau et im suçoir qui est l'assemblage de six ou quatre lames cornées. Ce fourreau est noir, coriace, souple, et s'ouvre par une fente dorsale longitudinale destinée à favoriser le jeu du suçoir; mais cette fente ne se continue pas jusqu'au bout du fourreau. Ce bout, qui a la forme d'un gland ovalaire , a une organisation spé- ciale ; une ligne médiane, élargie en arrière, le partage en deux moitiés égales formant une bouche à deux lèvres. Une loupe très- attentive constate à celles-ci, sur l'insecte vivant, de légers mou- vements vermiculaires , et le microscope y reconnaît des plissures transversales : c'est évidemment un organe destiné à palper et à presser. Il est séparé du corps du fourreau par une demi- arti- culation qui lui permet des mouvements propres de totalité. Le corps du fourreau, soumis au plus fort grossissement, offre une texture bien propre à expliquer sa souplesse; ce sont des séries transversales fort serrées de points opaques tégumentaires sur vm fond submembraneux. Quand on comprime expulsivement ce fourreau par sa base, lorsqu'il renferme les lames du suçoir, on peut en provoquer à volonté, par la fente dorsale , l'issue et le développement. C'est dans ce dernier état que j'ai figuré le .suçoir pour l'intelligence de sa composition. Les six lames du suçoir sont toutes de même longueur et linéaires. D'après leurs attributions, on peut les diviser en deux valves, deux lancettes, une lançjue et un hypoglosse. ' luesvalves sont les deux lames externes du faisceau, qui tendent ' Uipl. curop. tab. i3, fig. 3, i, 29- 228 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES à presser entre elles, dans le repos, les autres pièces du suçoir; elles sont fort acérées, d'un brun foncé et marquées d'une ner- vure médiane. Je me suis bien assuré que ciiacune d'elles s'in- sère et adhère à la base interne du palpe, de manière que le mouvement de ce dernier peut se combiner avec celui de la valve. Latreille avait aussi remarqué cette insertion. Les lancettes, situées au côté interne des valves, sont plus minces que celles-ci et d'une couleur plus claire , mais dépour- vues de nervure médiane et à double tranchant; elles accompa- gnent la langue, qui est logée entre elles. Ces lancettes sont les lames qui manquent dans le suçoir des mâles, et elles jouent un rôle principal dans Taclion de piquer ou d'inciser le derme des animaux. La langue, plus fine et plus pâle que les autres lames, a une nervure médiane à peine sensible, qui s'efface avant sa pointe. L'hypoglosse, situé à la partie inférieure et centrale du faisceau et d'un brun foncé, est creusé en dessus en gouttière, ou canali- culé, et terminé par une sorte de capuchon. Les bords de la gout- tière ont une nerviu-e, et celle-ci conflue avec sa congénère pour border l'entrée du capuchon; le fond ou la cavité de la gouttière a quatre nervures, dont les deux intermédiaires, un peu plus saillantes et connivcntes à leur extrémité , semblent plus particu- lièrement destinées à servir de coulisse ou de sonde cannelée à la langue, tandis que les latérales, facilitant le jeu des lancettes, se continuent avec la marginale du capuchon. Le mécanisme de la succion est des plus simples. Le fourreau, qui répond à la coulisse charnue de Réaumur, en même temps qu'il sert de régulateur et de point d'appui aux lames du suçoir, s'oppose aussi à l'extravasatlon du liquide alimentaire. Ce sont évidemment les lancettes qui dardent la peau, qui l'incisent plus ou moins profondément; aussi manquent-elles dans le mâle, et ce trait négatif eût seul sufli pour nous faire penser que ce sexe ne pouvait pas être sanguinaire. Les lancettes sont aidées dans leur fonction par la pression des valves, qui, elles-mêmes, sont SUR LES DIPTEBES. 229 soumises à l'action des palpes; la langue s'insinue alors comme un instriunent piquant dans la blessure, elle aspire le sang, qui glisse dans les rainures et entre les lames pour gagner le pharinx. Observez bien que la texture érectile du bout bilal^ié du four- reau lui permet de faire l'office d'une ventouse. Quelle admirable organisation ! CHAPITRE PREMIER. APPAREIL DIGESTIF. Je ne connais , sur la splanchnologie des Tabaniens , que la description du canal alimentaire du T. tropicus, par Piamdohr', et celle que j'en ai donnée, il y a plusieurs années, dans le T. bovinus-. L'étude comparative des contenta du canal digestif des deux sexes de plusieurs espèces de Tabaniens m'a mis à même, d'une part, de m'assurer que jamais les mâles n'avaient sucé du sang, et de l'autre, de confirmer le fait énoncé par Réaumur (/. c. t. IV, p. 280), que des taons femelles, conservés dans des poudriers, s'accommodaient d'un aliment sucré. J'ai effectivement rencontré, dans mes vivisections, des individus de ce dernier sexe, où l'es- tomac renfermait un liquide qui n'était pas du sang, quoique je les eusse pris suçant des animaux. J'en avais conclu que les taons pouvaient bien parfois ne sucer que les liquides incolores de la peau ou la lympbe, comme je l'ai déjà dit en parlant des cou- sins, et j'expliquais l'effet de leur piqûre par celui d'un vésicant ou d'une brûlure qui déterminent sur notre peau des ampoules de sérosité ou des pblictènes. De ces faits et d'autres observa- tions, j'ai tiré cette double conséquence, 1° que les femelles des Tabaniens peuvent se nourrir, tantôt de sang, tantôt d'un aliment liquide incolore; 2° que les mâles ne sucent jamais le sang des animaux, que leur bouche est, anatomiquement parlant, inhabile ' Ouvr. oit. p. 181, tab. 31, flg. 1, 2. ' Jonrn. de phys. Mai 1820. 230 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES à percer, à inciser des téguments, et qu'ils s'alimentent souvent du pollen des fleurs. Cette induction est aussi applicable aux Pangonia, même aux espèces à très-longue trompe, puisque, je le répète à dessein, j'ai constaté du sang dans l'estomac de la femelle de la P. marginata. Les glandes salivàires des Tabaniens sont grêles, fdiformes, re- ployéesdans le T. bovinas en une agglomération assez lâche, moins longues et presque droites dans le T. iropicasei leT.falvus, courbées en hameçon dans le T. hromias, beaucoup plus courtes et atteignant à peine la base de l'abdomen dans VHœmatopola, presque aussi courtes et terminées par un léger renflement oblong dans le Chry- sops. Celles de la Pangonia présentent cela de particulier, que le boyau sécréteur forme dans l'abdomen une agglomération comme dans le T. bovinas, tandis que le col, bien plus long que dans ce dernier, traverse tout le corselet avec un diamètre capillaire. Le tabe alimentaire a deux fois environ la longueur de l'insecte, comme dans les derniers genres des Tipulaires. L'œsophage n'est un peu renflé ou turbiné que dans la Pangonia; le réservoir de la panse est bilobé; le ventricule chylifcjue débute par deux bourses conoïdes, terminées par un fin ligament, granuleuses comme la portion thoracique de l'organe. Les granulations de celui-ci sont arrondies, souvent disposées en séries longitudinales, et s'effacent en arrière dans le T. bovinas, tandis qu'elles se continuent jusqu'à l'abdomen dans le T. /royjicos. En entrant dans la cavité abdominale, le ventricule offre un renflement sphéroïdal, conoïde ou allongé, suivant quelques circonstances digestives. On observe à ce ren- flement quelques papilles subglobuleuses isolées et clair-seniées qui n'existent ni dans X Hwmatopota ni dans la Pangonia. Les vaisseaux hépatiques s'implantent par quatre insertions isolées et se terminent par autant de bouts flottants; je ne les ai trouvés variqueux que dans YHœmatopola et le Chrysops. Ordinaire» ment blancs dans le T. bovinas , ils passent aussi au jaune vif, sui- vant le degré d'élaboration de la bile; ceux de YIIœmatopo,la sont violacés. SUR LES DIPTERES. " 231 Vinfestin commence par mie dilatation qui égale celle du ven- tricule, puis il devient filiforme, fait une circonvolution et se termine par uii rectum ovalo-conoïde, relevé par quatre ou cinq boutons charnus orbiculaires et subomblliqués en dehoi's, mais conoïdes dans l'épaisseur de l'organe. CHAPITRE U. APPAREIL GÉNITAL. ARTICLE I". APPAREIL GÉNITAI, MÂLE. Les testicules du T. ater sont conico- ovoïdes ou pyriformes, suivant leur degré de turgescence; les conduits déférents sont ^\ns longs qu'eux, capillaires et flexueux; les vésicules séminales, plus ou moins sphéroïdales et contiguës, reçoivent les conduits précé- dents à leur bout antérieur et s'atténuent en arrière en un col fort court; le canal éjacalateur, moins long que les conduits déférents, est grêle et à peu près droit. Tous ces organes ont la même configuration, la même struc- ture dans le T.fulvus. Le testicule de la Pangonia est sphéroïdal, mais le conduit déférent est celui des T. tabanus. Quant aux vési- cules séminales , elles m'ont paru faire défaut. Les conduits dé- férents s'insèrent au-dessous de la dilatation en crosse du canal éjaculateur; cette dilatation, qui remplace les deux vésicules sé- minales du T. faèana^ serait-elle divisée en deux!' Je ne le pense pas, car cette dissection est très-facile. \J armure copulatrice du Tater est, dans le repos, presque entiè- rement cachée sous le bout de l'abdomen. Le forceps , grand, robuste et corné, a ses branches cylindrico-conoïdes, brunes, glabres, terminées par un crochet grêle , presque droit, fléchi et appliqué contre elles quand il ne fonctionne pas, et dont l'extré- mité a deux pointes divergentes : l'une aiguë, l'autre obtuse. ■232 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES Entre ces branches , on voit saillir, et souvent les dépasser, une paire de pièces conliguës biarticulées, coriacées, noirâtres. L'ar- ticle basilaire est subquadriiatère et glabre , tandis que le termi- nal est en forme de raquette ovale-arrondie et velue; quand on arrache cette pièce sur l'animal frais, on trouve qu'à l'article ba- silaire s'implante une sorte de tige cornée grêle, qui se porte obliquement vers la racine du forceps. Le fourreau de la verge est lancéolé, coriacéo-membraneux , avec la pointe un peu échan- crée sur un côté. L'armure copulatrice de la Pangoitia a un forceps en fer à che- val, corné, d'un roux ambré, à bouts obliquement tronqués, ar- més chacun de deux crochets qui font la pince, soit entre eux, soit avec ceux du côté opposé, comme les chélifères des Crusta- cés. Je n'ai aperçu entre ces branches rien qui soit analogue aux pièces biarticulées du T. labanus. Le fourreau de la verge a deux baguettes écartées à leur base et confluentes à leur extrémité. ARTICLE n. APPAREIL GÉMTAL FEMELLE. hesovaires desTabaniens (T. bovinas) ont la môme organisation générale que ceux des Tipulaires. Ils sontforméspar deux grappes ovoïdes d'innombrables ^a(He5 oDr^èr■■ 258 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES charnus ronds, à paires assez distantes, et se termine dans les femelles par un col plus long. CHAPITRI': 11. APPAREIL GÉNITAI.. ARTICLE l". APPAREIL GÉMTAL MÂLE. Les testicules, plus ou moins rapprochés et ensevelis dans la pulpe adipeuse sont ovoïdes ou sphéroïdes, blancs dans le Leptis, d'une teinte i-oussàlre dans les Thereva. Le conduit déférent est presque nul dans ces derniers, où il ne semble que le col du testicule; il a dans leLeptis une ténuité capillaire et une longueur qui surpasse sept à huit fois celle de ce dernier organe : il offre dans cet insecte une disposition anormale fort difficile à consta- ter. D'abord, collés sous les vésicules séminales, ces conduits sont récurrents et s'unissent en un col commun fort court, qui s'abouche ou conflue avec l'extrémité antérieure de ces vésicules; celles-ci, couchées sur la ligne médiane, sont droites, courtes, grêles, adossées l'une à l'autre : la ligure exprime assez bien cette disposition pour ne pas y insister. De plus habiles que moi décou- vriront peut-être que la confluence antérieure des vésicules n'est qu'une simple contiguïté. Les vésicules séminales des Thereia sont simples, fdifornies, blanches, et reçoivent les conduits déférents, comme à l'ordinaire , avant leur réunion pour former le canal éja- culateur : celui-ci est aussi long et plus grêle que les vésicules dans le Thereva, court dans le Leptis. \S armure copulatrice du Thereva, à peine apparente dans la profonde échancrure demi-circulaire du dernier segment de l'ab- domen, est fort compliquée. On y distingue : i°une pièce basi- laire formée de trois plaques coriacées, velues , dont les latérales sont terminées en pointe pilifère, et rintermédiaire oblongue; SUR LES DII'TLRES 259' 2° un forceps corné à branches atténuées et fortement crochues en dedans; 3° deux stylets cornés, bruns, tronqués, terminés par des soies roides; li° une vohelle de deux pièces ovales-oblongues : à° le fourreau de la verge, placé au centre de l'armure et obiong. La pièce basilaire du Leptis 3st une plaque unique, noire, cornée, en forme de large triangle; le forceps a des branches conoïdes, noires, avec un crochet terminal articulé, peu arqué, brun, semblable à celui de la mandibule d'une Arachnide; le fourreau de la verge est assez petit; la voiselle, tout à fait infé- rieure, se termine par deux tentacules articulés, ovales, ciliés en dehors. ARTICLE II APPAREIL GE-MTAL FEMELLE. Les ovaires sont deux grappes oblongues ou ovalaires, blan- châtres, de gaines ovigères innombrables et triloculaires dans plu- sieurs Tkereva, au nomljre de neuf ou dix seulement et sur deux rangées dans la T. confinis, suJjbiloculaires dans le Leptis, où elles sont moins serrées et parfois disposées d'une manière distique; le calice est central; le col et Voviducte sont fort courts dans le premier genre, assez longs dans le second; les œufs sont ovales- olilongs, blancs. La glande sébiftque des Thereva a trois orbicelles dépourvus de centre noir et globuleux. Je n'en ai vu que deux clans la T. confinis, espèce qui offre au centre de fappareil une bourse ovoïde, naem- braneuse, comparable à la poche copulatrice dAudouin. Les cols efférents sont capillaires et f intermédiaire est presque nul ; les réservoirs sont deux boyaux allongés en massue , terminés en arrière par un col brusquement capillaire plus court qu'eux; la valve est flanquée à droite et à gauche par un panneau coriace, hérissé en dehors de piquants et de soies roides. Cette même glande présente dans le Leptis des différences mar- quées. Les orbicelles sont remplacés par trois courtes digilations 33 • 260 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES blanchâtres, disposées en li'iangle, el tout aussitôt conHuentes pour donner naissance à un long conduit eflerent unique, capil- laire; les réservoirs sont deux boyaux filiformes aussi longs que le corps de l'insecte et remplis d'une pulpe blanche comme de l'amidon : ils s'atténuent en arrière pour s'insérer sur l'oviducte. Les trois derniers segments de l'abdomen , à cause de leur lar- geur décroissante , semblent faire l'olBce d'oviscaple ; les tenta- cules vulvoires se composent, pour chaque côté, de deux articles : l'un, basilaire ovale-oblong; l'autre, terminal globuleux, comme brièvement pédicellé. FAMILLE DES DOLICHOPODES. Cette famille , fondée par Latreille et conservée par Fallen et Meigen, est une des plus naturelles de l'ordre. Les espèces disséquées sont : 1. Dolichopas niiidas. Meig. 2. chalybœus. id. 3. Porphyrops diaphanas. T. CHAPITRE PREMIER. APPAREIL DIGESTIF. Il est des Dolichopodes qui semblent ne se nourrir que des sucs excrétés par les feuilles et d'autres qui font la chasse aux pe- tits insectes pour les sucer. Les glandes salivaires, d'une petitesse presque rudimentaire, mais parfaitement organisées, sont ovoïdes et débordent à peine dans leur position normale le contour occipital du crâne , en sorte qu'il faut briser celui-ci pour les mettre en évidence : leur col est plus court qu'elles. Le tube alimentaire n'est guère plus long que l'insecte; le réser- voir de la panse est trilobé ou à trois poches : celles-ci ne sont SUR LES DIPTERES. 261 pas toujours faciles à constater. J'ai souvent trouvé l'une d'elles vide et affaissée, de manière qu'alors le réservoir ne semblait que bilobé. La représentation de ces divers états me dispense d'autres détails. Le ventricule chylifiqae débute par une configu- ration, une composition Intéressantes à constater, parce quelles forment la transition, le cbaînon des familles précédentes aux suivantes. Tout en conservant les bourses ventriculaires , il ofire à son origine un godet orbiculaire , comme les Muscides. Ces bourses sont allongées, opposées, plus ou moins arquées; le ventricule se continue ensuite en un tube filiforme. Les vaisseaux hépatiques, dune finesse extrême, sont ici. comme dans les,Leptides, à quatre bouts flottants et à insertions isolées. L'intestin est d'abord grêle; le rectum n'a que trois boutons charnus : ils sont arrondis et entourés d'un cerceau comme car- tilagineux. CHAPITRE IL .\PPABEIL GÉNITAL. ARTICLE I". APPAREIL GÉNITAL iM.iLE. Les testicules sont assez gros , vu la petitesse de l'insecte , sub- globuleux ou ovoïdes, distincts, quoique rapprochés, tantôt châ- tains, tantôt à peine lavés de brun; le conduit déférent est plus court que le testicule et plus ou moins boursouflé ; le canal éja- Cttlatear, aussi court et plus fin que ce conduit, s'insère un peu latéralement à l'armure copulatrice : il y a ime paire de vésicules séminales filiformes plus ou moins reployées. \J armure copulatrice, simplement couchée sous l'abdomen et pouvant être facilement mise en évidence, a été depuis longtemps décrite par De Géer dansle D. ungulatus. Lesdiptérologistes mo- 262 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES dernes ont fondé sur son existence et sur ses configurations des caractères propres à la distinction des espèces. Le • corps de l'ar- mure est, dans le D. nitidas, de texture tégumentaire , c}lin- droïde, glabre, noirâtre. Un œil scrupideux le trouve composé de deux pièces étroitement unies: l'une , basilaire , bien plus courte, arrondie , convexe , enchâssée obliquement ou latéralement dans l'autre; celle-ci écbancrée en arrière et débordée par deux lamelles ovalaires, blanches, de texture scarieuse ou sèche, garnies au bord externe, qui est convexe, de cils noirs, longs, plus ou moins courbés, les uns simples, les autres (postérieurs) divisés en deux dès leur base, qui est une souche plus ou moins prononcée : le bord interne de ces lamelles est presque droit et garni d'une courte villosité microscopique. ARTICLE II. APPAREIL GÉNITAL FEMELLE. Les ovaires se présentent sous l'aspect de deux grappes ova- laires et déprimées de gaines ovigères sid^biloculaires, au nombre d'ime trentaine environ, insérées à la paroi supérieure seu- lement, de manière que le calice est inférieur: le col, qui est tubuleux, et Voviducte, sont de la même longueur. Los œufs sont ovales-arrondis, blancs. La glande sébifique a une structure ti-ès-différente de celle des familles précédentes; elle consiste en une seule vésicule ovoïde terminée en arrière par im col efférent capillaire, dune longueur démesurée , enroulé en nombreuses circonvolutions , quatre ou cinq fois plus long que le corps de l'insecte, et renllé avant son insertion à l'oviducte. Les verres amplifiants font reconnaître dans ce col un vaisseau inclus roussâtre, avec quelques légères dilata- tions. Les réservoirs séminaux sont, comme dans les familles pré- cédentes, deux boyaux cylindroïdes, plus ou moins courbés en anse et atténués en un col capillaire moins long qu'eux. L'oviducte s'engage dans un oviscapte compose de quatre tuyaux SUR LES DIPTÈRES. 263 engaînés, d'autant plus étroits qu'ils sont plus postérieurs; le dernier offre, au microscope, une série pectinée de dix d.ents cornées, et en dessous deux tentacules vulvaires d'un seid article obiong, droit, noir : ce peigne ou râteau de l'oviscapte annonce une manœuvre particulière pour enfoncer les œufs. De Géer nous apprend que c'est dans la terre que vivent les larves du dolichope. {Mém. vol. VI, p. 194.) FAMILLE DES SYRPHIDES. J'ai disséqué les espèces suivantes : 1. Chrysoloxum arcuatum. Meig. 9. Milesia crubronij'ormis. T 2. Volucella zonaria. Id. 10. Syrphus pyrus'tri. T. 3. Eristalis arbustoram. T . 11. rosaram.T. 4. lena^i:. T. 12. nectareus. T. 5. sepulchralis. T. 13. Sphœrophora lœniala. Mek^- 6. Xylota segnis. Meig. 14. CheUosia mutuhiUs. Mac(,i. 7. Syritia pipiens. ^KC(). 15. scBîei/a(a. Meig. 8. Bhingia rostratri. T. 16. Chrysogaster metallica. Id. CH.4PfTRE PREMIER. APPAREIL DIGESTIF. Les Syrphides se nourrissent tous du»pollen et du nectar des fleurs, ainsi qu'il conste de l'étude de leurs habitudes et de celle des contenta de leurs organes digestifs. Les glandes salivaires, plus développées et .surtout plus longues que dans. les trois familles précédentes, sont fdiformes, plus ou moins reployées, généralement de la longueur du corps, mais plus courtes dans le Syrph.pyrastri; elles s'étrécissent plus ou moins brusquement en un col capillaire qui, dans quelques espèces, et notamment dans le Volucella, a une certaine longueur. Le tube alimentaire a deux ou trois fois là longueur de l'insecte dans les Chrysotoxum, Er. sepulchralis, Xylota, Syritta, Rhinyia, 26a RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES Syrph. pyrasiri et rosarum, Spliœroplioria, Cheilosia, Chrj'sogasler, quatre fois environ dans lès Vohcella , Er. ienax et arhusiorum, Mile- sia, Sjrph. neclareus. ha. panse a son réservoir en bissac; ses poches peuvent être égales ou inégales, séparées par un profond sinus ou presque confondues en une seule, distendues ouplissées, ou fes- tonnées, quelquefois, comriie dans le Spharophoria , formées d'un groupe de vésicules arrondies; le col de la panse est, dans le Rliincjia, proportionnellement plus gros et un peu renflé à son in- sertion à l'œsophage. L'origine du ventricule chjUftque a constamment deux bourses appendicnlées , c'est-à-dire formées chacune d'une grande et d'une petite digitation : ces bourses sont oblongues ou allongées, plis- sées ou festonoées, ou granuleuses, suivant certaines conditions digestives. C'est la plus antérieure des deux digitations qui est ordinairement la plus courte , et elle est d'une petitesse rudimen- taire dans le Syrph. pyrasiri et le Xylota ; je ne connais qu'une seule espèce où les deux soient presque égales entre elles, c'est le Rhin- gia. Quant à leur mode d'insertion, il a lieu de chaque côté de l'origine du ventricule par un col parfois d'une telle brièveté, qu'il est impossible de le constater, et les bourses paraissent alors sessiles, comme dans l'^'r. Ienax. Il m'a semblé cjue dans les Vola- cella, Er. sepulchralis et arhusiorum, et Rhimjia, le col des bourses s'implantait à la terminaison de l'œsophage, et non à l'origine du ventricule ; mais je sens^a nécessité de diriger des investigations plus scrupuleuses sur ce point d'anatomie. Le plus souvent, il y a continuité ou communication directe entre les digitations du même côté, qui ne sont séparées que par un étranglement. Ramdohr (/. c. p. 77) s'est encore mépris sur la nature et les fonctions de ces bourses, qu'il a prises pour des vaisseaux sali- vaires, tout en disant qu'ils s'insèrent à l'origine de l'estomac, circonstance anatomique évidemment contraire à la l'onction connue des glandes salivaires. Le vcniricule chylijique, long, cylindroïde, glabre, étranglé au détroit thoraco-abdominal, présente à peine quelques légères mo- SUR LES DIPTERES. 265 difications, suivant les espèces; il est sensiblement plus court et simplement flexueux clans les Syrpinis, tandis que dans les autres il se reploie en une circonvolution ou en une grande anse. Celui du Rliingia et du Chrysotoxiim se fait remarquer par une grande dilatation ovoïde à l'entrée de l'abdomen, sans préjudice de la cir- convolution : cet organe débute ordinairement par un godet orbi- culaire mal circonscrit, qui n'existe pas dans le Rhingia. Les vaisseaux hépatiques sont unis ou variqueux, diaphanes, blanchâtres, grisâtres, jaunes, bruns ou même noirâtres (£r. tenax) : leur insertion a lieu ou par deux canaux cholédoques fort courts, ou isolément, comme dans les Syritta et Xylola. \J intestin a d'abord une portion grêle filiforme, flexueuse ou reployée; le rectum s'atténue en un col plus ou moins long : il a le plus souvent quatre boulons charnus, ronds ou conoïdes. Le ï'olucella est jusqu'à ce jour le seul Syrphide où je n'aie trouvé au- cune trace de ces boutons : je ne saurais me rendre raison de ce trait négatif exceptionnel. CHAPITRE II. APPAREIL GÉNITAL. ARTICLE I". APPABEIL GÉNITAL MÂLE. La composition de cet appareil s'éloigne peu, quant aux par- ties principales, de celle qui s'observe dans les familles que nous venons de passer en revue ; toutefois , nous allons trouver dans la plupart des Syrphides un organe qui n'a pas d'analogue dans ces dernières, et qui constitue un des faits anatomiques les plus ca- ractéristiques des Syrphides, c'est l'existence d'un réservoir sperma- tiqae distinct des vésicules séminales. Exposons d'abord cet appareil dans le Volucella , l'un des plus gros Syrphides de nos contrées. II. •2(56 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES Les testicules, petits relativement à la taille de l'insecte et revê- tus d'une tunique brune, ont une configuration singulièrement diverse, suivant leur degré de turgescence séminale : ainsi, vous les trouverez tantôt oblongs, cylindroïdes ou comprimes au milieu , tantôt ovoïdes ou pyriformes. Les conduits déférents, bruns aussi, capillaires et un peu moins longs que les testicules, deviennent, avant leur terminaison, tellement contigus l'un à l'autre, qu'un œil peu pratique de ces dissections délicates croirait qu'ils ne for- ment là qu'un seul et même conduit court; mais le secours de la lentille microscopique dissipe tous les doutes : ils s'insèrent à forigine inférieure du canal éjaculateur. Les vésicules séminales, une pour chaque côté, sont filiformes, flexueuses ou reployées, trois ou quatre fois plus longues que les testicules; elles confluent en arrière pour la formation du canal éjaculateur. Celui-ci, loin d'avoir, comme à l'ordinaire, des parois fibreuses et un diamètre filiforme, a une texture vésiculaire , une forme allongée, cylindroïde , et une grosseur insolite : il renferme un fluide prolifique dont l'abondance modifie beaucoup sa configu- ration. Cet organe est, à mes yeux, un type précieiix de transition qui nous prépare à trouver mieux circonscrit ce réservoir sperma- tif/ue que j'ai dit être un trait anatomique des Syrpbidcs. U armure copulatrice de la volucelle rappelle par sa composition, et sujrtoutpar son étui articulé, celle de la pauorpe; mais au lieu d'être replié en dessus, comme dans cette dernière, cet étui est, dans l'état de repos, ployé et reçu dans une excavation particulière du bout inférieur de fabdomen : il est roux, (noir dans le V. inanis), composé de quatre articles assez gi-ands, ovalaires ou subquadrila- tères, velus et mobiles les uns sur les autres, comme des vertèbres caudales, he forceps, qui termine l'étui, a ses branches cornées, brunes, velues, courbées en crosse à leur extrémité, qui est un peu épaissie et faisant la pince : entre ces branches, se voit une sorte de volselle, mi-partie coriacée et membraneuse, très-velue et partagée en deux portions égales par un intervalle linéaire. Le fourreau de la verrje. placé au-dessous de la volselle, est corné et SUR LES DIPTERES. 267 d'une couleur rembrunie, dont la nuance varie; les iîaguettes, qui sont glabres , se dilatent en une raquette arrondie armée en dessous d\m crochet à double grifi'e se rattachant à une tige ap- pliquée contre la baguette ; la base interne de cette tige a trois ou quatre dents mici'oscopiqucs, et son milieu une isolée. Tout à fait au-dessous de tout l'appareil, il y a une pièce cornée, noi- râtre, glabre, profondément échaucrée à sa base et munie, au centre de son extrémité tronquée, d'une apophyse fourchue. Cette pièce inarticulée est l'analogue de celle que j'ai appelée hypotome dans les Hyménoptères. Cette complication du forceps de la volucelle fait supposer dans l'acte de la copulation des manœuvres curieuses, dont la constatation directe est destinée, je crois, à demeurer bien long- temps un mystère pour nous. Les testicules du Chrysotoxiim sont subglobuleux, d'un brun pâle, un peu plus gros que ceux de la volucelle; les conduits déférents, capillaires et bruns, sont distincts jusqu'à leur insertion à un conduit commun droit, plus gros mais aussi long qu'eux et pareillement brun. Ce dernier conduit, qui semblerait l'analogue du réservoir spermatique, loin d'être formé par la confluence des vésicules, serait au contraire reçu dans l'embranchement de celles-ci. Cette disposition anormale, ce mode de connexion, la teinte et l'aspect non vésiculaire du conduit, me font naître des scrupules sur ses attributions, et incliner à croire que je n'ai pas assez multiplié les autopsies. Les vésicules séminales, au lieu d'être lonsues et flexueuses comme dans la volucelle, sont allon- gées, droites, plus ou moins fusiformes; le canal éjaculateur se- rait fort court, le forceps n'est pas précédé d'un étui articulé, et ses branches se terminent par une pointe droite. Les testicules de Tj^. sepidclwalis sont assez gros, ovoïdes, d'un brun rouillé, les conduits déférents, aussi longs qu'eux, sont jau- nâtres et non bruns, droits, bulbeux à leur origine; en appro- chant du point de leur insertion au réservoir spermatique , ils de- viennent contigus et adhérents, ce qui rend encore plus fondés 268 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES les scrupules et les doutes émis à l'article du Chiysoloxam; ils s'implantent à la partie postérieure et inférieure de ce réservoir. Les vésicules séminales, semblables à celles de la volucelle, et par leur forme et par leur longueur, s'insèrent à côté dés conduits déférents; le canal éjaculateiir est grêle, fdiforme, auSsi long que le réservoir, dont il n'est que le col tubuleux. Le bout de Tabdonien du mâle de notre cristale est très-obtus, convexe, velu, et se courbe un peu en bas pour devenir le récep- tacle ou le couvercle de l'armure. Celle-ci est transversalement ovalaire, non symétrique, beaucoup plus bombée du côté droit, glabre. Les branches du forceps sont presque di-oites, brunes, comprimées et se terminent par deux dents bien prononcées, dont l'interne est plus courte. Le plus vulgaire des Erislalis, le E. tenax, va encore nous offrir dans les formes et les connexions de cet appareil des traits spé- cifiques d'anatomie i les testicules, fort petits et relégués sous le rectum , sont ovales , bruns , sessiles ou presque sessiles sur les bords du résenoir spermatiqiie, de manière que le conduit déférent semble nul. Ce réservoir utriculeux est ovalaire et du volume du testicule; il ne reçoit pas, comme dans l'espèce précédente, les insertions des vésicules séminales, et il ne forme pas directement le canal éja- culateur; il s'insère à la paroi supérieure de celui-ci après la con- fluence des vésicules; ces dernières, moins longues que dans le jB. sepulchralis, forment au-dessous du réservoir le canal éjaculateur. Nous trouvons dans le E. arbusiomm le même plan d'organisation que dans le E. tenax, mais avec des modifications; les testicules, oblongs, subcylindroïdes et bruns, sont en partie cachés par le réservoir spcrmatiquo, à la face inférieure et postérieure duquel ils s'insèrent par des conduits déférents incolores, lins et si courts, qu'ils ont à peine le quart de la longueur de ces glandes; les vé- sicules séminales, en massue allongée, s'implantent distinctement en arrière des conduits déférents sous le réservoir; celui-ci est sphéroïdal, et se continue en un conduit tubuleux, grêle, fili- forme, qui n'est que le canal éjacalateur. SUR LES DIPTÈRES. 269 Dans la plus grande espèce européenne de Milesia , les testi- cules, remarquables par leur longueur filiforme, sont reployés et ordinairement un peu renflés en massue à leur bout libre; ils sont d'un brun chocolat. Les conduits déférents, colorés de même et plus courts qu'eux , s'adossent ensemble avant leur implantation au bout antérieur du réservoir; les vésicules séminales, grêles comme un fd, reployées et de la longueur de f insecte, s'insèrent à côté et en dehors des conduits déférents. Le réservoir spermatique a une configuration bien différente de celle des Eristalis : il est allongé, fusiforme, et son bout antérieur, replié en crosse, reçoit à la con- vexité de celle-ci les insertions des organes précédents. Le canal éjaculateurne serait ici, comme dans beaucoup d'autres Syrphides, que le col de ce réservoir. L'étude de ces organes dans le Xylota va nous fournir une des nombreuses preuves des ressources inépuisables de la nature dans leurs formes et leiu-s combinaisons, pour remplir un même but. Les testicules, en massue oblongue, arquée et brune, dégénèrent brusquement en conduits déférents colorés de même, fins comme un cheveu, et s'unissant bientôt, ou plutôt s'adossant, pour ne former en apparence qu'un cordon unique , bien plus long que leur portion dégagée, reployé ou llexueux, s'insérant en arrière et en dessous du réservoir spermatique. Les vésicules séminales sont longues, capillaires, reployées ou agglomérées et se fixent à côté des conduits déférents; le réservoir spermatique est en massue allongée; le canal éjaculateur n'en est non plus ici que le col atténué. Uarmure copulatiice du Xylota est précédée , comme dans la volucelle, d'un étui articulé mais composé seulement de deux articles d'un noir violet, velus, fléchis l'un sur fautre, et dont la convexité du premier termine fabdomen; le second, courbé en bas et en dedans, abrite sous sa voûte les divers instruments copulateurs; ces derniers sont : i" deux écailles basilaires dont l'une est le réceptacle, l'opercule de pièces qui ne s'observent pas dans rautre;2° un forceps à branches brunes inégales, se croisant 270 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES dans leur jeu, l'une plus grosse et velue; 3" en dehors du forceps, un corps moins corné, obtus, velu, d'iui gris sale : c'est peut-être \e fourreau de la vercjc; !x° niie sorte de vnhelle compliquée dont je n'ai pas assez étudié les pièces constitutives. Les testicules du Syritta ressemblent à ceux du Milesia , par leur gracilité fdiforme, mais ils sont un peu moins longs; les con- duits déférents, fins, courts et parfois boursouflés, s'insèrent isolé- ment , et non adossés, au tiers antérieur et inférieur du réservoir spermatique; les vésicules séminales, grêles comme Ifes testicules,- mais moins longues et incolores, ont leurs insertions à côté de celles des conduits déférents. Le réseri'oir spermatique, allongé et subfusiforme oflre, à son tiers antérieur, une légère contracture où s'implantent les organes précédents; il s'atténue en arrière en un filet capillaire qui est le canal éjaculatcur. ISai'murc copula- trice a, comme celle du Xylota, un étui biarticulé; larticle l)a- silaire, plus grand, i-eçoil latéralement le canal éjaculatcur; les branches du forceps et le fourreau de la vergeTont comme dans la volucelle. Le Rhingia offre des formes très-insidieuses dans cet appareil; il faut une certaine habileté dans ces vivisections et avoir bien présente cette composition anatomique dans les genres voisins pour s'y reconnaître. Les testicules, d'un brun rougeùtre, petits, globuleux, contigus entre eux, sont sessiles sur l'aire du réser- voir spermatique; lorsqu'on cherche à les isoler pour en saisir les connexions, on leur découvre mi col d'une extrême brièveté, qu'd faut regarder comme un conduit déférent rudimentaire. En arrière et un peu au-dessous des testicules, une loupe attentive aperçoit une paire de très-petits globules subdiaphanes et ses- siles : ce sont les vésicules séminales. Le réservoir spermatique est une grande utricide sphéroïdale qui supporte, comme je viens de le dire, tous les autres organes; le canal éjaculatcur est aussi le col du réservoir. Uarmure copulatrice est précédée, non pas de deux articles comme dans le Xylota, mais d'un scid placé obliquement à l'axe du corps et velu. Les branches du forceps, robustes et cam- SUR LES DIPTERES. 271 brées, sont formées de deux pièces unies par une articulation linéaire transversale et sont tronquées au bout. Si nous consultons ce même ordre d'organes dans le Syq)h. ro- sarum. où 11 n'existe aucune trace de réservoir spermatique, et où l'armure copulatrice débute par un étui de quatre articles, nous verrons que le genre Syrphus doit, dans la série générique, être plus rapproché de la volucelle et même la précéder. Les testicules de ce diptère sont globuleux, d'un brun clair; les conduits défé- rents, à peu près de leur longueur et capillaires, s'insèrent; non pas au réservoir spermatique, qui n'existe pas, mais aux vésicules séminales, qui sont allongées et atténuées en avant; le canal cjacu- lateur, qui résulte évidemment de la confluence de ces dernières, est grêle et assez court. Les deux espèces du genre Cheilosia manquent aussi de réser- voir spermatique. Les testicules du C mutabilis, petits, subglobuleux et d'un fauve vif, ont des conduits déférents grêles, fauves aussi, et s'adossant, avant leur insertion, de manière à simuler un con- duit unique; les vésicules séminales sont globuleuses, bien plus grandes que les testicules, et confluentes pour la formation d'un canal éjaculateur filiforme, plus long qu'elles; les testicules du C. scutellala sont, au contraire, beaucoup plus grands que les vési- cules et munis d'un conduit déférent bi^ plus court qu'eux; les vésicules séminales sont ovoïdes. ARTICLE IL APPAREIL GÉNITAL FEMELLE. Il n'y a pas autant de variétés ou de modifications organiques dans l'appareil de ce sexe que dans celui du mâle. Je me bornerai à décrire en détail celui du Volucclla. Les grappes qui constituent ses ovaires sont ovales ou ovales- oblongues, blanchâtres, garnies de gaines ovigères modérément pressées, blloculaires, terminées par un petit ligament: le calice est ■272 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES" central, et si, lorsqu'il renferme beaucoup d' œufs, on renverse l'o- vaire, on aperçoit un ruban médian plus ou moins large, dégarni de gaines, mais inégal ou bosselé par la présence intérieure des œufs; dans la condition de virginité, le ruban est remplacé par une fine rainure linéaire, de laquelle semblent partir à droite et à gaucbe les gaines ovigères, disposées obliquement comme les foHoles d'une feuille pinnée. Le col est court, mais distinct; \ovi- dacte, tubuleux; les œufs sont ovales dans la gaîne, oblongs dans le calice. *" L'appareil sébifique (et séminal) se compose : i" de trois orbi- celles à centre noirâtre, groupés en triangle, munis d'un très- long col efférent capillaire; 2° de deux réservoirs séminaux sous la forme de deux bovaux filiformes atténués à leur insertion à loviducte. L'oî;i,$ea/)fe, cacbé dans l'état de repos, est à découvert lors de la ponte, et on peut le mettre en évidence par une com- pression expulsive ménagée : on se convainct alors qu'il se com- pose de trois tuyaux engaînés et rétractiles , dont les deux pre- miers sont bordés de jaune et dont le dernier, pins petit, ovale- triangulaire, se termine par deuyitentacales valvaires ovales-oblongs, velus, d'un seul article. Les ovaires des autres Syrphidesne diffèrent guère , que par le nombre deslocules, de^gaînes ovigères; il y en a quatre dans le E. tenax, six ou sept dans le Sphœrophoria , etc. Les réservoirs séminaux présentent dans le £^. tenax une forme, une structure dont, jusqu'à ce joiu-, les Diptères ne m'ont ollert d'exemple que dans la famille des Pupipares [Ilippobosca); au lieu des deux boyaux simples, ordinaires, on trouve, dans cette espèce, deux arbuscules très-rameux, blancs, surtout dans une gestation avancée, à rameaux capillaires recourbés ou entortil- lés, aboutissant à un tronc pareillement capillaire, qui s'insère àl'oviducte, conjointement avec les cols des orbicelles. Ces arbus- cules rappellent, par leur configuration seulement, les glandes vénénifiques des Hyménoptères, notamment celles du JLarra', et ' Bechtrch, anal. Hc. {Mém. detliulit. i84i, pi. 8, fig. 106. i SUR LES DIPTÈRES. 273 aussi les organes des sécrétions excrémentitielles de quelques carabiques. FAMILLE DES SCÉNOPINIENS. Déjà , aux chapitres des appareils nerveuv et respiratoires, j'ai parlé de l'espèce d'anomalie que forme, dans les Diptères, le Scenopinas, et de l'embarras qu'il cause pour son poste définitif dans le cadre entomologique. Latreille, qui, le premier, en forma un genre particulier, le coUoqua d'abord dans la famille des Muscides, entre les genres Ochtera et Pipancalas ; plus tard, il le refoula dans les Dolichopodes, après le Platypeza. Meigen jugea mieux l'originalité de ce genre en créant pour lui seul la famille des Scénopiniens, que M. Macquart plaça comme tribu à la tête de l'indigeste famille des Athéricères. Stepliens [Sysl. catal. of Brit.) le rejeta encore bien plus loin dans la série des genres, en le plaçant entre le Chlorops et le Mosillus, dont il a un peu les habi- tudes tranquilles. La composition de son système nerveux, qui a cinq ganglions abdominaux, la longueur de son canal digestif, qui dépasse peu celle du corps ; l'existence des bourses ventriculaires ; enlin , la forme et la structure de ses antennes doivent rapprocher le Scenopinus des familles qui ont un rang plus élevé dans l'ordre, et, comme je l'ai déjà insinué, il offre plusieurs liens de parenté avec les Thérévides. La seule espèce que j'aie disséquée est : Scenopinas fenestruUs. Latr. CHAPITRE PREMIER. APPAREIL DIGESTIF. Quelle est la nourriture des Scénopiniens? On ne nous l'a pas encore appris. L'espèce qui a servi à mes recherches passe sa 11- 35 274 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES paisible existence sur les vitres de nos maisons, où, sans doute, elle vit, comme la mouche domestique, de quelques atomes mu- cilagineux ou sucrés, ou d'imperceptibles immondices répandus çà et là. J'ai aussi rencontré abondamment sur les fleurs de persil un Scenopinas, peut-être le 5c. niger, qui se nourrissait du pollen. Les glandes salivaires sont capillaires, simples, et ne franchissent pas le détroit thoraco-abdominal. Le tube alimentaire est à peu près droit; la panse a un réservoir simple et ovoïde quand il est distendu , festonné ou lobé quand il est vide : son col est assez gros, comparativement à celui d'autres Diptères. Le ventricule chylifujue a deux bourses ventriculaires oblongucs : il se renfle à son entrée dans l'abdomen pour s'étré- cir de nouveau. Les vaisseaux hépatiques, plus gros et moins longs que dans la plupart des genres voisins, sont capillaires, d'un jaune blanchâtre, se rapprochent par paires, et confluent à leur insertion, mais sans canal cholédoque; il y a là ime souche ses- sile, ainsi que l'exprime la figure. Ceux qui se portent en avant m'ont paru plus longs que ceux dirigés en arrière; V intestin est grêle; le rectum est ellipsoïdal avec deux seuls boutons charnus orbiculaires à sa partie antérieure et supérieure. CHAPITRE IL APP.4BEIL GÉNITAL. — • ARTICLE I". APPAREIL GÉNITAL MÂLE. Les testicules, rapprochés et assez grands, vu la petitesse de l'insecte, et d'un brun chocolat, sont ovoïdes, un peu atténués en arrière, et presque sessiles sur la vésicule séminale; le conduit dé- férent est, par conséquent, nul, et il faut bien considérer comme rudiment de ce conduit rétrécissement du testicule; les vésicules SUR LES DIPTÈRES. 275 séminales sont deux longs boyaux capillaires qui confluent eu arrière pour la formation du canal éjaciilafeiir, ïjui est pareille- ment capillaire et plus long que le testicule. Uarmiire copalatrice, au lieu d'être enchatonnée sous l'abdo- men, comme dans les Syrphides et les Muscides, est placé après le dernier segment dorsal qui lui sert d'opercule. Par une com- pression expulsive, on voit s'étaler, comme par ressort, quatre larges panneaux ovalaires ou obtusément quadrilatères noirs , velus, bordés, au côté interne, qui est légèrement échancré,de longs cils roussâtres : les panneaux supérieurs font l'office de forceps et les inférieurs celui de volselle; à leur centre, on découvre une pièce plus petite qui n'est, sans doute, cjue le fourreau de la verge. ARTICLE II. APPAREIL GÉNITAL FEMELLE. Les ovaires du Scenopinas sont deux grappes oblongues de gaines ovigères innombrables, tri ou quadriloculaires, terminées par un ligament; le calice est central, le col assez long, l'oviducte à peine de sa longueur; les œufs à terme sont ovalaires, rous- sâtres ou d'un blond foncé. La structure et la composition de l'appareil séhifiqne et séminal ont aussi leur trait d'originalité. Je ne saurais m'empêcher de considérer comme les analogues des orhicellcs deux capsules, une de chaque côté, ovales oblongues, oviformes, d'un gris obscur, entourées, au microscope, d'une tunique hyaline , adhérentes par leur bout antérieur à la vésicule du réservoir séminal; cette adhé- rence , qui n'est certainement pas accidentelle et qui ne peut se rompre que par un certain effort, est destinée à fixer ces grosses et lourdes capsules pour les empêcher de ballotter et de se meur- tnr : c'est là une explication des plus rationnelles. Au bout pos- térieur de chacune de ces capsules s'implante brusquement un conduit ejf'èrent, fin comme un brin de soie, élastique, enroulé 35* 276 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES en boucles nombreuses, et d'une longueur qui dépasse dix ou douze fois celle du corps de l'insecte ; soumis à la. plus forte len- tille du microscope, il offre un tube inclus, comme les conduits excréteurs en général, et avant son insertion à l'oviducte, il se dilate un peu. Le réservoir séminal, car il n'y en a qu'un, mériterait tout aussi bien, je crois, le nom de poche copiilatrice; c'est une vési- cule subglobuleuse, à parois pellucides, située au centre de l'ap- pareil, terminée en arrière par un col capillaire qui se fixe à l'extrémité postérieure de l'oviducte. Uoviscapte est presque nul : il y a deux tentacules vulvaircs d'im seid article oblong, un peu arqué, velu. ' Quelques mois sur le Lonchoptcru et le Plalypc:a. Pour me conformer à la série générique de M. Macquart, que j'ai adoptée, je vais exposer ce que des dissections trop peu mul- tipliées m'ont appris sur le Lonchoptera fossarain^ et le Plalypeza liolosericea , Meig. deux genres contigus dans cette série. 1° Lonchoptera. Avant d'aborder l'anatomic , voici les obser- tions que m'a mis à même de faire l'étude de trois ou quatre espèces de ce genre de Diptères paludicoles. Tête subglobuleuse et non large et déprimée, comme l'avance M. Macquart, bien détacbée du corselet et bérissée en dessus et en dessous de soies rares et longues; ocelles petits disposés en triangle sur une èminence arrondie; yeux ronds" subhémispbéri- ques, séparés par un très-large front; antennes courtes subturbi- nées, dirigées en avant. Le troisième article, presque globuleux et non comprimé, encbalonné dans le second, soit apical, long, ' Espèce nouvelle, voisine, mais distinete, des /,. riparia et lacuslris, Miiio. En voiei le .signalement : Capitc albido-flavesccnlr^ snhsericfOj nigro-piloso , rcgione ocellari antcniiis palpommquc apici- bus niyns; ihoracis palliili fascia tlonuU aliaqttc latcrali abbrcviafa ni(irisf sciitrUo pallldo , dorso iiiffro; abdomine supra in(jrn , latvribus snbtitsijiie pallido: pcdibits pailidU, tarsis anticis fii^ris. Hab. infossis. Lonrj. 3 milUm. SUR LES DIPTERES. 277 villosulc : palpes allongés et relevés, comme clans les Tabanus; balanciers, remarquables par leur forme en massue allongée, bien saisie par Meigen. Par la forme de ses glandes salivaires, par la longueur de son canal alimentaire, par fabsence de bourses ventriculaires , carac- tère anatomique d'une grande valeur, par ses vaisseaux hépa- tiques à deux canaux cholédoques; enfin, par la privation de ballons trachéens dans l'abdomen, le Lonchoptera appartient à la grande famille des Muscides acalyptérées, et se rapproche singu- lièrement des genres Telanocera et Helomyza, dont il partage les habitudes et la physionomie. 2° Plaiype:a. La présence de deux bourses ventriculaires, la longueur du tube digestif, qui dépasse à peine celle de l'insecte , les insertions isolées des vaisseaux hépatiques, sont autant de traits anatomiques importants qui éloignent le Platypeza du Lon- choptera, pour le rapprocher du Scenopinus , et pour le colloquer avec ce dernier dans le voisinage des Théré vides. J'ai décrit et figuré la larve fongivore et les métamorphoses du Platypeza holosericea. [Annal, des se. nat. mars i8/(o.) FAMILLE DES CONOPSAIRES. Je me suis déjà expliqué au chapitre du système nerveux sur la fusion des Conopsaires et des Myopaires en une seule et même famille : la splanchnologie est toute à l'appui de cette fusion. Les espèces dont j'ai étudié l'anatomie sont : 1. Conops Jlavipes. L. 4. Myopaferi'uçjinca. !■'. 2. rnfipes. T. 5. Stachynia meridionuUs. Macq. 3. lacera. Meig. 278 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES CHAPITRE PREMIER. APPAREIL DIGESTIF. On trouve souvent les Conopsaires sur les fleurs, et il est vrai- semblable qu'ils se nourrissent du pollen. Les glandes salivaires présentent des configurations différentes suivant les genres : dans les Comps, elles sont uniformément ca- pillaires et assez longues pour pénétrer dans la cavité abdomi- nale; elles revêtent dans le Mjopa la forme de bourses conoïdes, effilées en arrière, avec un côl efférent capillaire, moins long qu'elles et brusquement inséré à leur gros bout ; celles du Sta- chynia ressemblent à une capsule ovale oblongue suspendue à un col qui a trois ou quatre fois au moins sa longueur. Le tube alimentaire a une fois et demie à deux fois la longueur de l'insecte; le réservoir de la panse, logé dans le bout renflé de l'abdomen, est simple, ovoïde ou globuleux dans le cas de sa distension. Le ventricule chylifique n'offre plus ici la moindre trace de bourses ventriculaires; il débute constamment par im godet, sphéroïdal dans les Conops, orbiculairc et ombiliqué dans les Myo- paires. 11 est droit et cylindroïde. Je lui ai trouvé dans le Stachynia quelques dilatations ou boursouflures, sans doute accidentelles. Les vaisseaux hépatiques assez gros, médiocrement longs et à bouts flottants, sont gi'isàtres ou blanchâtres et confluent de chaque côté par paires à un canal cholédoque, assez long dans le Conops, plus court dans le Myopa et encore davantage dans le Stachynia. Vintestin est filiforme et flexueux. Le rectum est remarquable par l'épaisseur et la consistance calleuse de ses parois. Il est glo- buleux dans le C. rufipes où j'ai constaté l'existence de quatre boutons charnus à sa moitié antérieure, oblong dans le lacera et dans les autres genres , sans que j'aie pu y découvrir aucun indice de ces boutons. SUR LES DIPTÈRES. 279 CHAPITRE II. APPAREIL GÉNITAL. La configuration bizarre de l'abdomen des Conops devait faire supposer des manœuwes singulières pendant l'acte copulateur. J'ai été assez heureux pour être témoin oculaire, en juillet i838 de l'accouplement du Conops rafipes, dont j'avais renfermé dans un bocal de verre plusieiirs individiLS pour mes dissections. Le mâle monte sur le dos de la femelle , qu'il tient embrassée par le corselet. Il l'excite par des attouchements, par de petits coups répétés de ses pattes. En même temps il fait glisser en se reculant, son abdo- men sur celui de la femelle , il le recourbe en bas en agitant alors et la trompe et les palpes, et en faisant frémir ses balanciers. La femelle , d'abord assez froide , finit par répondre à ce prélude de caresses et se met à l'unisson de l'orgasme sexuel. Elle déroide son abdomen, de manière qu'au lieu d'être courbé en dessous il se relève en dessus pour s'unir çt s'emboîter étroitement avec celui du mâle. Il se fait aussitôt une rétroversion du mâle comme font les chiens, et les deux abdomens sur une même ligne semblent n'en former qu'im seul. J'ai représenté cette union des deux ab- domens. Le couple demeura ainsi attaché pendant un quart d'heure. Il parait que plusieurs assauts ou plusieurs copulations doivent avoir lieu pour une complète fécondation, ou qu'il y a des pontes successives, car, en disséquant une femelle qui venait de s'accoupler sous mes yeux, j'ai trouvé les gaines ovigères et même les cols des ovaires avec des œufs à terme. Cette femelle était certainement à même de pondre. 280 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES ARTICLE I". APPAREIL GÉNITAL mAlE. Les testicules des Conops [lacera), placés à la partie postérieure fie la cavité abdominale, sont formés chacun par les circonvo- lutions agglomérées d'un seul vaisseau spermifique filiforme, brun (roussâtre dans le raftpes), plus long, quand il est déroulé, que le corps du Diptère. Ces organes s'insèrent directement aux points de confluence des vésicules séminales; ainsi, il n'y a pas de con- duit déférent proprement dit, et on ne peut considérer comme tel que la partie postérieure du vaisseau testiculaire. Les vésicules séminales, filiformes comme ce dernier, mais moins longues, sont subdiaplianes et reployées. Le canal éjacukileur encore plus fin, mais du double plus court, semble un peu bulbeux à son ori- gine. YJ armure copulatriceàyiC. /accra est logée sous la voûte du bout de l'abdomen, hc forceps est no.ir, velu, court , épais, avec l'extré- mité des branches très-obtuse. Dans l'intervalle de celles-ci, on voit saillir un petit bouton, comme pédicellé, qui paraît s'ouvrir dans son milieu, et que je soupçonne être une volscllc. Une com- pi'ession expulsive détermine l'exsertion au delà du forceps d'une pièce oblongue brune, hérissée, au microscope, de piquants très- courts, et sur un de ses côtés une petite écaille oblongue appli- quée sur sa base. C'est peut-être là un fourreau de la venje d'une structure insolite. Les testicules du Stachynia sont aussi filiformes, reployés en deux ou trois boucles, roussâtres, moins longs et plus épais que ceux des Conops, manquant pareillement de conduits déférents. Les vésicules séminales sont allongées, plus ou moins boursouflées et ployées sur elles-mêmes. Le canal éjaculaleur ne difl'ère pas de celui du Conops. Ces organes ont la même forme, la même structure dans le SUR LES DIPTERES. 281 Mjopa; seulement, les testicules, avant leur insertion aux vésicules séminales, sont adhérents entre eux, comme dans quelques Syr- phides. Varmurc copidatrice du Slachynia offre une particidarité remar- quable de structure, he forceps en fer à cheval, très-courbe et presque l'ond, est noir, velu. Entre ses branches est une masse oblongue, blanchâtre, charnue, dont l'axe intérieur paraît être une tige cornée, manifestée au-dehors par un trait médian noi- râtre, longitudinal. Sa base est flanquée à droite et à gauche par un fdet brun recourbé, et de son extrémité sort une lame longue et élastique, plus ou moins reployée, bordée dun fdet corné noirâtre, rappelant la langue des Apiaires, et finement ve- lue en dessous. Cette lame, qui est vraisemblablement un fourreau de la verge analogue à celui des grandes Tipulaires et aussi à ce- lui de quelques Muscides acalyptérées, égale en longueur la moitié du corps de l'insecte. De son bout on voit saillir par ime com- pression expulsive une sorte de boyau charnu . qui est peut- être le pénis. ARTICLE IL APPAREIL GENITAL FEMELLE. Les ovaires des Conopsides diffèrent de ceux des familles pré- cédentes surtout par le nombre déterminé de gaines ovigères et par l'absence de calice propre; ceux du Myopa sont deux fais- ceaux conico-turbinés, d'une douzaine seulement de gaines ovigères allongées, multilocutaires, assez lâches, convergentes au ligament suspenseur. Le col est tubuleux, aussi long que l'ovaire et peut renfermer trois ou quatre œufs à terme, ce qui supplée le calice. h'oviducte est tout aussi grêle ; mais plus court. Les œufs sont al- longés, blancs. La glande sébifigue a cela de particulier qu'il y a quatre orhicelles à centre noir rapprochés et contigus par paires. Chacune de celles- ci a un seul col efférent capillaire. Les réservoirs consistent, 11- 36 282 HECHERCHES ANATOMIQLES ET PHYSIOLOGIQUES comme à l'ordinaire, en deux fdets lubulcux, plus ou moins boursouflés. Le dernier segment de l'abdomen est grand, brun , ovale, velu, suivi d'une pièce étroite, débordée au milieu par deux tentacules vulvaires uni-articidés, oblongs , terminés par un pinceau de poils. Les ovaives et la glande sébilique du Conops rujipes ressemblent en tout à ceux du Myopa. FAMILLE DES ŒSTRIDES". Les OEstrides , Diptères qui attaquent nos bestiaux, et dont les larves vivent dans leurs viscères ou dans leurs divers tissus , exci- taient puissamment mon intérêt et ma curiosité; mais la difEculté de se procurer pour les dissections des individus ailés vivants m'a forcé à laisser dans l'exposition de mes recliercbes anatomiques quelques lacunes ; je ne désespère pas de les combler dans le cou- rant de la campagne actuelle. L'existence d'un seul ganglion racbidien et de deux ballons tra- cbéens à l'abdomen place irrévocablement les OEstrides dans cette nation sans bornes des Atbéricères de Latreille, et en parti- cidier à la tête de cette première division que M. Robineau Des- voidy a appelée les Myodaires calyplcrées. N'est-il pas bien conso- lant de voir que, par un accord sid)lime des caractères anatomiques intériem'S avec les traits fournis par l'étude de la configuration et de la structure extérieures, ces Diptères doivent conserver le poste qu'ils occupent dans la série générique de la plupart des méthodes entomologiques ? Mais, à l'époque où en est la science, on ne sau- rait se borner à les considérer, ni comme des genres de la famille (les Muscides, ni comme une tribu des Atbéricères. Ils doivent ' Dejiuis que mes recherches anatomiques sur les Olislriclps ont éiù déposées .1» secrétarial (le l'Académie des sciences, et pendant l'intervalle septennal qui s'est écoulé iusqu'i\ leur pu- lilicatiou , la science n'est pas demeurée stationnaire. Un mémoire fort rcniarquahie de M. le professeur Joly, de la Facullc des scieuces de Toulouse, a été livré au monde savant en i846. Pendant la correction de ces épreuves (novembre 1846). je mettrai à prolit les faits fournis par l'babiie scalpel de ce professeur. SIJR LES DIPTÈHES. 283 constituer une famille à part, ainsi que l'ont bien jugé Meigen, Leach, Slephens, etc. Les OEstrides ailés dont j'ai fait la dissection sont précisément du nombre de ceux auxquels les entomologistes , tant anciens que modernes, ont refusé une bouche, par conséquent la faculté d'ava- ler des aliments et de se nourrir, par conséquent im canal digestif et forcément un anus. Mai.s, grâce à Dieu, cette sentence n'est pas sans appel, non plus que celle qui avait condamné le Fourmilion a ne pouvoir pas expulser le résidu de la digestion ', non plus que l'assertion de Ramdohr, (jui dénie h plusieurs insectes un tube ali- mentaire que j'ai trouvé parfaitement organisé. D'un autre côté, tout